‹ Double règneChapitre 119 sur 137 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

» — Roger, proscrit et mallieureux, ré- )» pliqiie Enguerrand, m'a vivement inté- » ressé. Le castel suzerain doit aide et se- » cours à la maison forte. Mes soldats , ce » matin même , au Val des Ombres , par » mon ordre , ont vaincu Dulac et sa bande. » J'aime à défendre Topprimé : Roger peut » compter sur Coucy.

» — C'est juste, continue Raymond d'une » voix creuse et entrecoupée : j'ai pu er- » rer — pardonne! — j'approuve. Vop- » primé peut compter sur toi : ne sont-ce » pas là tes paroles ? Eh bien ! par la » même raison , moi aussi , proscrit , mal- )) heureux, j'ai des droits à ton intérêt. Tu » défendras le pauvre Raymond ; il est plus » à plaindre qu'un autre. Et puis il est » jeune , Enguerrand ; tu l'as choisi pour .') frère d'armes j il n'a , lui, commis aucun » crime ; il t'a voué son existence ; il t'ad-

» mire, il mourrait pour toi. Tu Faimeras » aussi, n^est-ce pas? »

Le visage du comte de Toulouse avait en ce moment cette expression ineffable et touchante que Tame seule peut donner.

Coucy lui a tendu la main.

« — Voyons, inexplicable jeune homme!

» tu as quelque aveu à me faire , quelque » grâce à me demander ; parle : je les ac- » cueille d'avance. Je ne m'éclaircis pas tes » idées , je me perds dans mes conjectures , » mais je m'intéresse à tes peines. Le dé- » sordre de ton amour a la naïveté des vieux » âges. J'aime qu'au printemps de la vie » on se montre tel qu'on est . imparfait , » bizarre , fougueux , mais libre , franc » et naturel ; on arrive toujours assez tôt à » l'artifice et aux calculs. Je l'avoue, tu

Page 1