CHAPITRE I
— Frères! je puis vous être utile: dis- » posez de moi, j'y consens. Aucun homme .. ne m'intimide ; et, s'il le faut, comme in- ). terprète, j'irai au Val des Ombres avec )> vous. )>
Cette offVe, faite avec franchise, avait été accueillie avec transport ; et les gens du hameau s'étaient acheminés, le soir même, vers la demeure de Roger.
Le jeune pèlerin , bien que paraissant inattentif et distiait, n'avait rien perdu de tout ce qui s'était dit autour de lui, tant au logis du laboureur , qu'au chemin de la maison forte. Arrivé à ce dernier lieu, il s'arrête avec intérêt et curiosité devant ses étranges ruines. Son œil s'enfonce avec une sorte de charme sous les larges déchirures des murailles et les sombres cavités de l'édifice. Son imagination y cherche sans doute quel-
ques-unes des apparitions merveilleuses dont il a ouï parler au village. Il reste un instant immobile.
Le soleil s''était couché derrière la montagne à laquelle était adossé le Val des Ombres; et rhabitation ténébreuse, placée derrière des fossés bourbeux à demi remplis dVau stagnante, s'offrait comme frappée d\inathème, tant son aspect était lugubre. Aucun bruit ne s'y faisait entendre, hors le croassement des corbeaux et le ramage des grenouilles. Quel nom donner à Tédifice? ses appartemens d'en bas, selon le bruit public, s'ouvraient sur des galeries souterraines, et c'étaient d'immenses cavernes ; son donjon, léger bâtiment , semblait tenir à peine au castel, tant sa base était élancée, c'était un pavillon aérien. La maison forte était donc un singulier composé de toutes sortes de demeures, moitié manoir et moitié ferme ,