‹ Double règneChapitre 128 sur 137 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

» suit le chapelain du manoir, trahirait le fils » de nos rois, Tenfant merveilleux régnera. » Son nom, déjà écrit dans les cieux, sera une )> des gloires du monde ' . Oui , messires !

» tout le prédit , l'héritier de Phihppe-Au- » guste , illustrant la terre des preux , éclai- )) rera les nations; et, au loin, vainqueur » deTabîme, il sera le Michel de TEurope. » C'est toujours du sol de la France qu'on )) voit se lever, radieux, les phares domi- )> nant les siècles. >»

Enguerrand n''a rien répliqué.

<( — Coucy ! a repris la comtesse , ose- » rais-je vous répéter les calomnies parve- » nues jusqu'à moi ! On a dit, j'en frémis de

' Saint Louis.

)» honte, que les rebelles de la ligue vous

» avaient insulté de leur choix quMls

» vous avaient oflert la couronne !

» — Qui mieux que lui pourrait la porter ! » s^écrie le comte de Toulouse : il y a des » droits légitimes. Les Coucy régnaient sur » la Gaule avant Jules-César et Clovis ' . Si » la race des Capets est sur le trône , c''est » que les Coucy ont dédaigné de s^ as- » seoir \ Ils portaient le premier des scep- » très , le plus beau , celui de la gloire : et » leur devise est là qui le prouve :

» Je ne suis roi ni prince aussi a Je suis le sire de Coucv-

' Lallouette, Histoire de la maison de Coucy, I. 2, p. 78 et suiv.

* « Par la vertu et magnanimité d'un seigneur » de Coucy , le sceptre royal est venu en la race de 1) Hugues Capel. » Lallouette, Histoire de ta maison de Coucy, argument du t. 2, et 1. 2, p. 91.

CIIAPITRi: X. 3ir.

)> — J'admets , répond la châtelaine , les fabuleuses traditions; mais vieux récits sont titres douteux; j'y vois des vanités de naissance , et non des droits de royauté. Supposons néanmoins que les aïeux d'Enguerrand aient en effet ceint la couronne : du moment où les pères y ont renoncé dans les vieux âges , les fils , après une série de siècles écoulés , ne sont plus aptes à la reprendre. Qui sait si Amaury de Mont fort n'établit point aussi, par transmission de souvenirs , que , sous les enfans de Clovis, ses aïeux , régnant à Toulouse , étaient les rois des Visigoths ! »

Encore ce nom abhorré I Cette fois , Raymond ne se contient plus : les flols de sa haine débordent ; il leur faut un libre passase.

316 DOUBLE MGNE.

« — Montfoii! répète-t-il avec violence, oh! de quelques rois qu'il descende, quelque pouvoir qui le protège , une vengeance inexorable atteindra ce monstre et les siens. Je les ai tous voués à la mort. Sanglant génie attaché à leurs pas , je les poursuivrai jusqu'aux enfers. Qu'Amaury soit enfant de noble , ou qu'il soit issu de vilains , lui et sa race périront ! »

Un gémissement sourd et plaintif interromjit le jeune guerrier. La captive du Val des Ombres , que sans doute la longueur d'un trajet non interrompu , et la fatigue de toute une nuit sans repos , ont complètement abattue , vient de tomber en défaillance.

Yoland a quitté son siège; elle court au-

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