CHAPITRE X
rappelle à la fois les désastres de son pays et la chute de sa maison. Il sent rouler sous sa paupière , non de ces pleurs de joie qui soulagent, mais de ces larmes de douleur qui sortent brûlantes et qui glacent.
({ — Mon fils î dit le révérend père , Dieu » a exaucé mes prières. Maintenant qu'il n me prenne à lui ! Je suis content , je t''ai » revu.
» — Que tu as dû souffrir, bon Eu- » trope !
» — Ma vie n'*a été que supplices. Elevé
» par les soins généreux du fameux vicomte
» de Béziers , oncle de ton père , j'étais
» prêtre de sa chapelle lors du sac de sa
» capitale, et je vis massacrer sa famille.
» Mon premier protecteur ! . . . le vicomte ! . . ,
» lui, si vaillant, si noble, si juste! —
320 1X)UBLE REGNE.
» avoir péri empoisonné!... seul — sous » les murs d'un noir cachot ! . . . sans secours » de Dieu ni des hommes I — Oh ! ce » jour- là , je fus coupable : j'étais prêtre... n je blasphémai.
» — Hélas ! indigné comme toi , a répli-
)) que le fils des Raymond , j'injuriai aussi
» TEternel. J'eus tort, je ne saurais le nier.
» Mais mon pays ravagé , mon père pros-
» crit , ma sœur livrée en otage , mes amis
» é^orffés , les solennités de l'extermination
)) exécutées comme œmTes pieuses , toutes
)) ces horreurs , toutes ces iniquités ne s'é-
» taient-elles pas faites au nom de Dieu?
» Eutrope! et Dieu le permettait !
). — Est-ce à l'homme à juger le ciel ? ). répond le vénérable prêtre. Rome fut sé- ). vère, mon fils! mais crois-tu qu'un pays