CHAPITRE
„ -^ Maxime admirable ! jeune homme.
)» Mais quand un souverain pense ainsi , la » couronne lui hoche au front. D'abord , )) ce sont les clercs qui Tinsultent : puis , » viennent les truands qui le chassent \
» —Or donc, à votre idée, noble sire! nul » n'est vrai roi, s'il n'est tyran. Eh bien ! en » ce cas, selon moi, mieux vaudrait l'exil )» que le trône.
)» — D'accord, répond Roger d'un ton » sec. Les historiens du passé , sortes de )) prophètes à rebours, alignent phrases de » ce genre ; et , les ayant lues aux écoles , » vous les avez gardées en mémoire. Mais )) serait-ce pour venir dogmatiser au Val )) des Ombres que l'enfant de l'Occitanie a » troqué la cuirasse de fer pour le jupon de )) serge? il aurait pourtant, ce me semble,
'- Truands, gens de la lie du peuple.
42 DOUBLE RÈGNK.
» plus important buta poursuivre. Eh quoi!
>' Texil vous charme? beau sire ! »
Le pèlerin a tressailli. Les mots sardoniques du vieillard avaient une puissance d'interrogation et de clairvoyance qui révolutionnait sa pensée. Roger, pénétrant ses destins, avait-il en effet quelques connaissances occultes, quelques facultés surhumaines? Il s'est renfoncé sur son siège; rien n'était bienveillant pour Raymond dans sa contenance farouche. Ses paroles , comme des. dards , sortaient acérées de ses lèvres. II croise les bras, et poursuit.
)> — Qu'ont décidé les gens du hameau? ') ont-ils soif du sang de leurs frères? veu- » lent-ils, à l'appel d'Ambroise, devenir un » peuple Caïn?
» — Ils n'ont rien voulu décider, répond )) froidement le pèlerin, avant d'avoir, au
) préalable, entendu votre seigneurie. Je
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» porte parole en leur nom. C^est à vous » maintenant à fixer leurs idées sur le parti )• qu^ils ont à prendre. Ils vous obéiront: » prononcez!
i) — Est-ce ordre ou conseil qu'ils de- » mandent ?
» — L'*un ou Tautre, tous deux peut- )» être.
). — En ce cas, reprend le vieillard , )> d*'un accent hostile et railleur: parlez, )> jeune homme! éclairez-moi. Je ne con- )> nais des exploits du chef de la sainte » croisade albigeoise que le massacre de » soixante mille hommes au sac de Beziers', » Tempoisonnement du vaillant suzerain » qui défendait la ville% et la dégradation
' Le trésor des histoires en la prise de Beziers . Paul ^milc, p. 547. — Fleury, Histoire ecclésiastique, t. IG.
^ Histoire des Albigeois. Paul Perrin , édition d( Genève , î. 1,1. i , p. 38.
du comte (le Toulouse, fustigé, nu-pieds, en chemise, sous les murs delà cathédrale* : mais ce sont là choses anciennes ; que s'est-il passé de nouveau. J'ai ouï conter que le Languedoc était devenu un désert de cendres et de ruines ; et que , là , une ) pensée d'extermination était attachée au > plan de conquête religieuse, comme à ) une roue tournant dans des flammes.
) Est-ce vrai, sire pèlerin? Tout cela, néan- ) moins, bien qu'épouvantable, a dit-on un ) côté sublime. Car, à en croire les Mont- ) fort, sur le sol des désolations où tom- ) baient massacrés ensemble et le chrétien » et l'hérétique, et les élus et les damnés, ) Dieu triait les siens dans le sang\ »
' Voyez les auteurs déjà cités.
2 « Prêts à livrer l'assaut à Béziers , les assaillans » vinrent demander à l'abbé de Citeaux comment ils