CHAPITRE I
Chacune des phrases de Roger, semblables à des coups de massue, frappaient d'aplomb le pèlerin. Raymond, pâle comme un fantôme, sentait ses nerfs se contracter. Sa figure exprimait Thorreur.
« — Jeune homme ! reprend le vieillard : )) Veuillez vous expliquer maintenant.
» Croyez-vous qu'il soit vraiment de mon » devoir de laisser André Dulac s'emparer )» de mes vassaux comme d'un bétail hu- » main , pour les parquer d'abord à sa » guise, puis pour en faire boucherie au » profit du chef des croisés ? Pensez-vous » que je doive aiguillonner l'appétit de » mort que le père Ambroise, en parcou- )> rant les campagnes , éveille chez les
> pourraient distinguer les catholiques afin de les » sauver. — Tues tout, répondit l'abbé, Dieu connaît » ceux qui sont à lui ». Anquetil , Ifixtoire de France , in-12, t. 2, p. 116.
)» braves qu^il trompe ? Voyons ! réponde/, » à ma place. »
Raymond parvient à se contraindre.
« — Sire Châtelain ! je me tairai. Les ) villageois de vos domaines ne feraient ) aucun cas de Fopinion d'un jeune étran- ) ger. Ce n''est pas Raymond qu'ils consul-
> tent.
» — Et si je leur disais : paiiez ! m'ap-
> prouveriez-vous au fond de votre ame? ) Trouveriez- vous bon que, jetant un ali-
> ment de plus au feu de la guerre civile, je ) vinsse aider et fournir ma part à la be- ) sogne de destruction que sanctionne la
> reine Blanche? M'engageriez-vousà pro- ) clamer comme oeuvre saint et glorieux, ) le tissu de victoires ouvTagé de trahisons
> qui porte à Timmortalitélenom des comtes
deMontfort? »
Un cri de rage échappe à Raymond.