CHAPITRE
Le vieillard vient de remuer à la fois, avec une habileté satanique, toutes les passions violentes de son ame et tous les horribles souvenirs de sa vie. Le pèlerin reste immobile sous le regard d'airain qui pèse sur lui, comme Toiseau que fixe un serpent. O bizarre fascination ! il ressent une aversion prononcée pour celui qui s'empare ainsi de ses fureurs secrètes comme dMnstrumens à son usage; et pourtant une sympathie rude et farouche Tattire avec force vers lui. Il est sous le charme magique. Il lui semble qu\m lien de haines , qu^me mystérieuse communauté de ressentimens et de vengeances, devant l'attacher à cet homme, le pousse à un centre funeste. La proie veut aller au vautour. Son cœur combat en vain son esprit : Roger est là, Roger le subjugue.
Les villageois, silencieux, se regardaient
avec surprise. Les pensées de leur châtelain, exprimées en termes au-dessus de leur portée, n^arrivaient pas distinctes à leur intelligence. Une admiration effrayée se peignait dans leur attitude. Rosier, avec son regard fauve , ses intonations vibrantes et sa tenue majestueuse , leur paraissait un être hors de ligne, une nature supérieure. Néanmoins, un instinct secret combattait en eux sa puissance. Ils se disaient ; « Cel homme est » impie. » Et, delà, plus de confiance. Ce personnage extraordinaire qui, la vieillesse venue, ne cherchait point à se reposer des orages de la vie , et se retirait de devant Dieu aux approches de Téternité , Roger, inexplicable vieillard , imposait à leur ignorance, mais répugnait à leur droiture. Nul ne comprenait Tathéisme. Le peuple en ces temps de ténèbres, croyait à la morale évangélique et à Farbitre suprême : les lumières,