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CHAPITRE II

Le pèlerin se laisse entraîner. Il traverse machinalement et d'un pas rapide plusieurs salles peu éclairées. Son guide, au bout d'un corridor qu'on eût dit taillé dans un roc, a poussé un ressort secret. O surprise! le comte de Toulouse se trouve transporté à Timproviste en une espèce de palais, en un salon quasi royal. De briUans flambeaux Téclairaient.

Le jeune preux, d'abord ébloui, distingue à peine les objets. L'enceinte est richement décorée; son plafond, ses lambris, et jusqu'à ses pavés sont de différentes couleurs où domine l'éclat de Tor. Des meubles, à bas reliefs de haut prix représentant l'enfer et le purgatoire , en garnissent les quatre coins. Au milieu s'élève une table servie de mets recherchés, et que des candélabres surmontent. Non loin estun dressoir somptueux

chargé d"'aig^ières en cristal, de hanaps d^argent et de coupes d^or; de magnifiques ouvrages d'orfèvrerie y scintillent aufeu des lampes. C'était un cénacle de prince ^.

Mais point de maîtres queux , point d'écuyers servans, point de sommeliers , point de varlets. Aucune main humaine ne semble avoir travaillé à ces préparatifs de repas. Nulle voix; silence profond. Qui commande? démons ou fées?

Le châtelain du Val des Ombres a feint de ne point remarquer Textrême surprise du pèlerin. Il le fait asseoir au banquet; puis, remplissant deux coupes de vin, il lève la sienne et s'écrie :

' Cénacle, salle à manger. Voyez sur les ameublemens des cliàteaux et palais du temps, Montèil , Histoire des Français au XI\^ siècle, t. i , p. 400-102, etc.

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Aux vengeurs de TOccitanie ! »

Raymond a saisi Pautre coupe :

« — Au futur cliàlinient des Montfort I»

Et le vieux Roger a souri.

L''odeur succulente des mets et la saveur exquise des vins charmaient Todorat et le goût. Depuis long-temps le pèlerin ne s'était assis à pareille table. Il va faire honneur au banquet.

« — Ami ! dit le seigneur du castel , » pourquoi , sans attendre que je me sois )) expliqué d'une manière précise en pré- )» sence de mes vassaux , leur as -tu défendu )» si vite , en mon nom , d'obéir à l'appel )) d'Ambroise ?

» — Votre pensée m'était visible, répond » le jeune Toulqusain ; il pouvait y avoir

» (railleurs quelque danger, dans votre po- » sition, à vous opposer trop ouvertement » aux vœux d''un envoyé de Téglise ; et j'ai )) voulu, autant que possible, faire peser » sur moi seul, voyageur inconnu, la res- » ponsabilité d^ine décision brusquée. Ai-je » eu tort?

» — Je te remercie.

n — - Je puis , moi , braver les périls j j'ai » une épée à ma ceinture, et devant moi de » longues années. Puis, inébranlables sou- »> tiens , j'ai d'invisibles protecteurs qui ne » me délaisseront jamais : l'honneur, Ves- )) poir^ le ciel et tnon droit.

)) — Jeune homme ! ces mots sont so- )) nores; mais, tu peux m'en croire, ils sont )) vides. Uhonneiir , Vespoir , le ciel et le » droit! ce sont des pyramides trompeuses » qu'a dressées la mort elle-même aux dé- » serts de l'humanité. Que renferment-

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