CHAPITRE III
entendre des voix, et pourtant tout faisait silence. Lliallucination de son cerveau déployait sans interruption , devant ses yeux, les plus bizarres fantasmagories. Sa pensée errait dans Fespace , sans direction et sans but. Ah ! sans doute, la fatigue de ses longs voyages , les mets succulens de son dernier repas , et les mystères du Val des Ombres avaient désordonné sa raison.
Soudain sa poitrine se gonfle ; sa paupière s'est dilatée ; des flammes courent dans ses veines. Son imagination en délire s'est retracé la ravissante apparition de la galerie ; elle redessine avec transport sa figure de jeune fille ; elle recrée ses formes d^ange ; et , prosternée aux pieds de Tidole , elle murmure ces mots -.je faime.
Le comte de Toulouse avait passé ses
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premières années dans les cruelles vicissitudes de la guerre; aucun sentiment passionné autre que ceux de la vengeance et de la gloire n^avait tourmenté son printemps : aussi , combien de fois avait-îl senti qu''il manquait à son existence ce quelque chose d^inconnu , cet aveuglement enchanteur , ce rayon échappé des cieux , rapide éclair des temps d'orage, bonheur et supplice: l'amour ! Combien de fois son cœur s'était - il précipité vaguement vers l'être idéal et divin auquel il se sentait prédes-^ tiné , qui peut-être aussi l'appelait , et qu'en vain il cherchait encore ! . . . Inconcevable loi du sort. Etait-elle là , près de lui, l'amie si long-temps désirée?... Oh oui : son trouble l'attestait. Là , dans une extase ineJBPable , Raymond, à l'heure des alarmes, pressentait l'heure des délices. Là , oublieux du monde entier , son cœur se préparait à l'amour ,.