‹ Double règneChapitre 45 sur 137 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

semblable au jeune oiseau qui le soir, essayant ses plumes naissantes, se fie mollement à la brise. Il regardait si, au fond de Tenceinte, il ne s'élevait pas quelques vapeurs d'où pourrait sortir devant lui sa fiancée mystérieuse. Il écoutait si , parties de salles voisines , quelques nouvelles mélodies ne viendraient pas lui révéler encore son invisible protectrice. . . Oui, mvisibleprotectrice , car , dans ses douces illusions , il se faisait un ange gardien de la vierge aux chants merveilleux, il lui prêtait de blanches ailes; et, sous Fégide lumineuse, il se créait un ciel solitaire , un sanctuaire inaccessible.

<( — Pourquoi non ! s'écrie-t-il soudain , » il existe peut-être ici , inaperçu à «les » regards , quelque esprit d'air et de lu- » mière, création des sphères sublimes, qui )> veille sur mes jours et qui m'aime. Oh î

» qu^elle se présente à ma vue ! Viens ! geii-

» tille amie ! je t'implore. »

Et les mains de Raymond se joignent

et sa voix s'éteint peu à peu — et ses paupières se ferment —

Il s'est profondément endormi.

L'heure des fantômes sonnait. Il est minuit. Raymond s*'éveille.

Une voix mâle et retentissante a prononcé ces mots près de lui.

<( — Lève-toi! Comte de Toulouse. »

Un chevalier, un chef, un prince, est là devant Raymond , dans sa chambre ; armé de pied en cap et debout , il s'appuie sur un bouclier d'airain ouvragé d'or. Son casque est surmonté de plumes blanches; sa cotte est de mailles d'argent ; sa ceinture est de pierreries.

Le pèlerin du Val des Ombres contemple d'abord en un respectueux silence la noble et brillante figure. Puis , s'élançant hors de son siège , et courbant son front devant elle , il s'écrie d'une voix émue.

<( — Le sire Enguerrand de Coucy ! »

Aurait-il pu le méconnaître ! De tous les preux de la chrétienté , Enguerrand était le plus beau. Les clercs et docteurs de

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