CHAPITRE IV
lennel et compatissant. On eût dit qu'en ce moment , Enguerrand , génie suprême , tenant entre ses mains la coupe des destins de Raymond , son présent et son avenir, tremblait de la voir, devant lui , se vider du côté funeste.
<( — Pèlerin! que veux -tu de moi? dit » le héros au chevalier. »
L'ardent fils de TOccitanie , déjà depuis nombre d'années , s'était fait une sorte de demi-dieu du fameux sire de Coucv- La haute stature du chef, ses traits, son maintien, sa beauté , achèvent d'exalter son ame. Il se précipite à ses pieds.
<( — Ce que je veux, noble Enguerrand ! )' s'écrie-t-il avec véhémence : te consacrer » mon bras et ma vie , me vouer à toi corps )) et ame. Au matin de mon existence, ton
)> nom , resplendissant de gloire, fit le pre- » mier battre mon cœur : tu fus le héros » de ma jeunesse, Fidole de mon prin- » temps. Tes vertus et ta renommée por^ )) taient si haut mon enthousiasme , qu'eaux » jours où je pus ceindre une épée , le pre- )) mier cri qui m'échappa , ce fut un cri » de guerre vers toi. <( Combattre avec lui et )) "pour lui! » Mes vœux enfin sont exaucés : » je suis où j'ai tant voulu être. Oh 1 j'ai » bravé des dangers de toute nature et des » souffrances de tout genre pour arriver » jusques à toi. L'ennemi me barrait la » route ; obstacles s'élevaient sur obstacles ; » mais Dieu m'a aidé, me voici. J'avais » à franchir des abîmes, j'aurais enjambé » les enfers. »
Le sire de Coucy, sans répondre, a tendu la main à Raymond. Son émotion , em-