CHAPITRE IV
ténèbres , est revenu vers lui lentement ; il tient son épée nue à la main.
« — Frère et compagnon ! dit le chef : » en signe d'alliance jurée, échangeons nos » armes de guerre. »
Il présentait son glaive à Raymond. Le comte de Toulouse, ravi, le presse avec transport sur son cœur ; son enthousiasme et sa reconnaissance allaient éclater à la fois — Enguerrand y a mis obstacle; il saisit sa main avec force, et, s'armant de répée des preux , il a repris d'un ton de maître :
» — A midi^ demain^ au castel! Je te » quitte. Demeure ici. Il t'est défendu de me » suivre. Tu m'appartiens. Obéissance I »
Et le héros a disparu.
L aurore avait paru depuis deux heures , et le pèlerin du val des Ombres dormait encore profondément; des fatigues de tout genre , tant au physique qu"'au moral ,
avaient appesanti sa paupière ; il s'était jeté sur son lit aussitôt après le départ d''Enguerrand , et rien n'avait troublé son sommeil.
Il s'éveille enfin et se lève. Un faible jour éclairait sa chambre; et cependant, à en juger par le sablier posé sur un meuble voisin, le soleil devait déjà être haut sur l'horizon. Pourquoi donc si peu de clarté? Raymond regarde autour de lui. Son appartement n'a qu'une fenêtre ; et cette fenêtre, percée dans le mur, en soupirail de caveau , à une assez grande hauteur , est barrée de grilles épaisses : ce n'est point une large croisée , c'est une étroite meurtrière.
Un rayon de lumière tombait d'aplomb sur le crucifix noir et colossal qui semblait planer sur l'enceinte , comme un