‹ Double règneChapitre 58 sur 137 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

muet appel à une autre vie. Le cœur du jeune Toulousain s^est senti serré de nouveau. Les événemens delà veille étaient présens à sa pensée ; les nier était impossible. Mais son entretien nocturne avec le sire de Coucy pouvait bien n'être qu'Hun jeu de son imagination troublée, qu'une évocation chimérique; Raymond commençait à le croire, lorsqu'une épée brille à sa vue : c'était le glaive d'Enguerrand.

Le frère d'armes de Coucy, bannissant ses sombres pensées , reprend, avec transport, à la vie ; il se recrée un avenir ; il venge son aïeul et son père; il rend sa famille à la gloire.

Quelqu'un frappe.... c'était Roger. Il salue le comte avec une froide bienveillance; il ne lui adresse aucune question sur

Teiitrevue réglée par ses soins. Il vient à lui sans paroles de curiosité; il s^en éloignera sans témoignages d''aiFeclion. On dirait que , tout entier à une pensée unique, il va et vient par habitude ; et que , sans aversion ni sympathie pour tout ce qui n'est pas en rapport direct avec ce qui Foccupe , il regarde les hommes et les choses se glisser dans le vide , autour de son existence, comme des feuilles au vent du désert.

« — Je l'ai vu, je lui ai parlé , dit le pè- )) lerin au vieillard; il a pris mon fer, j\ii » le sien : je vous en rends grâces, messire. »

Raymond n'avait nommé personne.

» — Vous êtes à lui, je le sais : réoond ») Roger d'un ton glacial. Ce qui bouillonne » au fond de votre ame aura maintenant

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i) une issue. Mais pour arriver au lingot i> d'or que contient la mine , il y aura de ») lourdes terres à remuer ; et, dans les pei- » nés où devra s*'user votre jeunesse , il s"'é- » tendra plus de ténébreuses vapeurs quMl » ne se glissera de douces clartés : cVst , » du reste, le sort commun.

» — Je m"'y attends , reprend le comte ; » néanmoins, je ne sais pourquoi, il me )i semble qu"'un rayon de félicités inconnues » va se lever au fond de mon coeur; il » est pâle et tremblant, ce rayon, comme » un soleil noyé sous des nues : mais il » vient ?i moi , il approche.

» — Raymond , ne le reçois qu'avec » doute. Le triomphe et les jouissances que » la fortune présente en perspective à » rhomme ne sont souvent que nouveaux )> pièges. J'ai prononcé, moi, arrêt de mort

)) sur toutes les illusions de la terre. Défie- » toi des prospérités elles- mêmes : le mal- )i heur est moins traître qu'elles.

» — Quoi ! m'efTrayant de Tespérance , » accepter le bonheur en lâche ! ce serait » s'*en montrer indigne.

» — Soit : règle ta vie à ta guise. Je sais, » en effet, ce que vaut un conseil aux yeux » des débutans de ce monde. Celui d'un » père est : inutilité ,• celui d'un étranger » est : sottise.

» — Vieillard , vos paroles dessèchent.

» — Il est peu de sources d'eau vive. La )j fleur qui craint les souffles brûlans ne » doit s'ouvrir qu'au bord des fontaines et » dans la paix des soHtudes. Puisque tu » crains ce qui dessèche , que viens-tu faire » au milieu des passions de feu qui accou-

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