CHAPITRE I
ceux-là ne rapprochent guère ; il les a pris depuis ses malheurs , et c'est rarement qu'il leur parle. Aussi les bruits les plus extraordinaires se répandent dans la contrée. Les uns affirment que le sauvage vieillard est un nécromant sarrasin , ramené captif des champs de la Palestine , et que , sous ki forme d'un maure , Satan tient nuit et jour sous sa garde. Mais comment, si cela était, Enguerrand Fhonorerait-il de son appui ! Enguerrand est chéri du ciel , il hait et repousse le crime.
D'autres prétendent que le sire Roger est un monarque d'outre -mer condamné par la cour de Rome à quelques années de pénitence au fond d'une obscure retraite. Enguerrand , après les jours d'expiation , devra le replacer sur le trône.
Quelques clercs de Coucy-la- Ville s'imaginent au contraire que c'est un illustre
docteur qui , ayant déjà dérobé au créateur de toutes choses plusieurs secrets de la nature, vient, sous Tégide d'Enguerrand, poursuivre ses puissantes études et reculer s"*!! est possible , sans crainte des censures ecclésiastiques, les bornes de la science humaine. Enfin la plupart des habitans du pays n''osent rien penser sur Roger : la chose est plus facile et plus sûre. Chacun d'eux attend et regarde.
De nouveaux récits se propagent. Les visions bienfaisantes de la maison forte ne sont plus, comme autrefois, des fantômes de vieux guerriers, des simulacres vénérables, de nobles trépassés, au front chauve, à linceuls blancs et à barbes grises ; non, les ombres , changeant de forme , ont pris plus gracieuses allures. A l'heure où s'éteint le