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CHAPITRE

grand astre, où Teluii le soleil des loups \ on voit, dit-on, de temps à autre, une figure enchanteresse se glisser, pâle et fantastique, sous Tenclos de la maison forte. A travers les fentes des murailles de clôture, on a pu distinguer ses traits: c^étaient ceux d^une jeune fiile. Elle eût paru voilée de nuages, si, à en croire le vulgaire, ses yeux, comme des étoiles rayonnantes, n''eussent jeté une clarté divine autour des vapeurs sous lesquelles erraient ses formes diaphanes. D'où sortait cet esprit céleste? cette fabuleuse péri:' On avait ouï parler aux

croisés des ho?ifis du mahométan : Oh ! les houris , les fées, les sylphides , toutes ces créations poétiques étaient merveilleuses sans doute ; mais la vision du/^^a/ des ombres,

• Nom qu'on donnait alors à la lune.

plus ravissante quelles toutes, nYtait point comme elles un songe.

L''heure du couvre-feu allait sonner, un groupe de villageois se dirigeait vers la maison forte ; il se composait de laboureurs, de pâtres et d"'ouvriers. La plupart se montraient préoccupés de quelque événement extraordinaire : leur dialogue était animé.

(( — Je suis sacristain, mes amis : adon- » ques je hais Thérétique ; m'est avis qu'il » faut s'enrôler.

» — Tais-toi, poteau de bénitier ! nul n'a » souci de ce qui se trémousse dans ta cer- )) velle. Si tu fais cas d« tes oreilles, remets )» ta langue en son étui.

ïi — Couturier^ as-tu vu Ambroise? ce » frater a l'air d'un saint homme.

' Tailleur.

CFIAPITRE I. 15

>• — Je n'aime pas les saints à rapières.

» — Holà hé ! camarade, prends garde » à toi. Pareil babil fait fendre la lèvre '.

» — Nul tonsuré n'est là aux escoutes.

» — Dis donc , vieux coureur fiefle'' ! » faut-il se croiser, oui ou non ?

» — Se croiser contre des Français ! bail- )> 1er réponse franche me peine ^ : c'est » étrange, mais ça se fait.

)' — Vrai raisonnement d'asthmatique.

» — Le vieux dératé est poussif; il n'a » pas plus d'idées que d'haleine.

' On fendait la lèvre aux blasphémateurs; il y en avait dont les deux lèvres étaient fendues, et dont la bouche était exactement en croix. ( Histoire des Français au XIV^ siècle, Monteil , t. 2 , p. 2.)

» La place de coureur du sire de Montbaron avait été érigée en fief et se transmettait de père en fils. ^ (Monteil, t. 4 , p. 418. ) On trouve une inféodation de l'offlcede courrier dans le cartulaire de Montfort, chap. des fiefs. Voyez Usage des fiefs , liv. 2 , ch. 7. . ^ M'inquiète.

n — Jacques ! suivras-tu Penrôleur ? il » te reluquait comme un frère.

» — Oui dà. C^est qu^il a jugé qu'une » vie de coin du feu rechignait à mon » encolure : j'ai poings de fer et ame de )) bronze. Il a bouté sa main dans la mienne » à me donner des crampes au bras.

» — Ça t'a-t-il rempli la sachette ?

» — Non, mais l'esprit m'en a tourné.

)) — Bah ! rien ne tourne où il n'y a » rien.

)) — Jacques I enrôleur est cauteleux^ : » poignées de mains ^ baiser de Judas.

» — Il a pourtant fait maintes recrues, » ce capitaine de routiers. Oh ! c'est qu'il » devise si bien ! il prouve , avec geste » et sentence, que l'Albigeois est à occire.

• Artificieux, perfide.

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