‹ Double règneChapitre 71 sur 137 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

tournant vers le preux , « regardez! >» semble-t-il lui dire.

Oh ! serait-ce une réalité I . . . Les vœux d^amoui' du jeune comte , les tendi-es appels de son cœur, les douces visions de son printemps , tout est devant lui , tout est là. Au fond d'une enceinte à demi éclairée par des lampes dVlbâtre , une jeune fille , vètuc de blanc , est assise pâle et rêveuse; elle tenait, entr'ouvert à sa main, un livre , à Fermoirs ciselés et enrichi d'enluminures. Semblable à ces touchantes madones dues au pinceau de Raphaël , et révélations du génie , on Peut dite dérobée aux cieux. C'était un songe de poète.

Quelques parfums brûlaient autour d'elle. Ici étaient des vases fleuris : là , des flacons d'eau de senteur. L'enceinte, élégam-

ment décorée , resplendissait d^objets de luxe; mais les rayons dorés du soleil n^en éclairaient jamais la richesse ; et , autour de la jeune fille , séductions , prestiges , féeries , tout , mystérieux et voilé , s'*ofFrait mélancolique comme elle.

L''émotion anéantit parfois comme Pinsensibilité : c''est Teffet du feu qui dévore, il saisit comme un froid qui glace : Raymond n^a osé remuer. L^apparition a trop de charmes ; sa naïveté s'en 5larme ; il a peur que , sVn approchant , il ne brave avec trop d'audace, les périls de Fenchantement ; et que , en punition de sa faute , tout ne s'évanouisse à la fois , le lieu , la vierge et le bonheur.

Une haleine de feu a comme passé sur son visage; une harmonie céleste a vibré

Page 1