CHAPITRE V
dans son cœur. Oh ! voilà la compagne adorée que demandait à Dieu sa jeunesse ! voilà la pensée qui absorbait sa pensée, Pesprit dont son esprit avait soif! Le pèlerin, sur cette terre, a déjà bien souflért quoique jeune : n*'importe ! il ne se plaindra plus ; le naufragé arrive au port. C'est ici que , des amertumes de la destinée, Tamour va reposer le malheur. Oiseau tombé du nid, loin de Tarbre, et glacé par des vents hostiles , il trouve un nouveau sanctuaire où se rallumera sa vie : un ange est là qui tend ses ailes : c'est comme un ciel qui le recueille.
Mais toute exaltation a son terme. Un léger mouvement de la jeune fille arrache le comte de Toulouse au désordre de ses pensées , à l'enivrement de son a me. Non ; ce n'est point une illusion : le sou-
terrain , la belle inconnue , ces fleurs , ces parfums , ces lumières , les nuages dont ils se couvrent, les délices qui les entourent, rheure, Pentrevue, tout est vrai.
La jeune fille a fait un pas vers Raymond. Sa marche est chancelante et troublée.
a — Noble chevalier ! lui dit-elle , je » vous attendais.
» — Moi aussi. »
Et le preux , d^une voix tremblante , a répondu comme au hasard.
L'inconnue a paru surprise. La lenteur voilée de son regard révélait une ame souffrante : mais, au temps des amours , à Tépoque où le malheur a quelque chose