CHAPITRE VI
sèment ses conseils. La belle inconnue, (lambeau pur , est là pour éclairer sa vie. Dieu lui-même a marqué leurs rôles : il sera Tappui de la vierge, et la vierge sera son guide.
Le noble chevalier, plus tranquille, s^est dirigé vers des prairies. Non loin est un moulin à eau : Thabitation est sauvage ; c'est là que Marie l'attendra . Il a été ex- [)ressément convenu que Raymond , revenu des lieux où l'appelait un rigoureux devoir, la conduirait en un saint cloître; puis, selon les événemens , la laisserait aux filles du ciel ou la ramènerait à son père.
Mais ce père ! où habite - 1 - il ? Marie , soit prudence ou calcul , ne nomme jamais sa famille. Le preux hasarde une question.
« — Moji nom vous est connu , noble
» dame. Oserais-je , sur vos destins ?.
») — Non , interrompt la jeune fille.
» Point de coup d'œil sur le passé; ne » regardons que Tavenir. Qu'avez - vous » désiré sauver ? une infortunée ou un » titre? une prisonnière ou un nom?
)) — Oh ! vous seule , a repris le comte , » et sans rang, sans titres , sans nom ; vous )» seule , pauvre et délaissée. Fortune , fa- )) mille , grandeurs , n'ayez, rien , Je dirai : » tant mieux ; tout remplacer serait si » doux. »
Marie a détourné la tête.
Un pont jeté sur la rivière qui traversait le vallon , conduisait au moulin rustique : les trois fugitifs Tont franchi. La maîtresse du logis, femme d'un âge avancé.