CHAPITRE VI
mais active et pleine de force , les accueille avec intérêt. Son nom était Clotilde Amiot ; et son habit celui des veuves.
Raymond s'est dépouillé de sa robe de pèlerin ; la brillante armure des preux avait été cachée sous la bure. 11 se hâte de raconter à la meunière comment Marie languissait au fond d'un souterrain lorsque , grâce aux efforts de Hakem , il était parvenu jusqu'à elle , et l'avait délivrée , Dieu aidant. Clotilde écoute avec respect. Les chevaliers à cette époque étaient le tribunal errant qui secourait les opprimés et punissait la félonie. La meunière , saisie d'admiration , voit , dans le noble paladin , un ministre armé du Très-Haut. Avec quel empressement elle va veiller sur l'inconnue confiée à sa garde ! Le moulin entouré de
bois, a des cach^ites de tout genre el d'in- 1. 13
accessibles retraites. La veuve , riche et respecté^, est la matrone du hameau. Assistance, égards, dévouement, rien ne manquera à Marie.
L^horloge du castel suzerain ne marquait point encore midi : le comte de Toulouse a pu consacrer quelques instans de plus à la captive de Roger. Un des chevaux du moulin a été mis à sa disposition ; Coucy est à peu de distance : Raymond y sera à Fheure fixe.
Une partie des événemens relatifs à Theureuse évasion, lui a été révélée par Marie, En voici le détail succinct.
Roger avait placé Hakem près de la jeune prisonnière, et l'avait initié à tous les secrets de la maison forte , persuadé qu'il lui serait difficile de cl oisir un gardien
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plus sûr et plus discret , le pauvre esclave mutilé ne pouvant ni parler ni écrire. Mais l'Africain, touché jusqu'au fond 'de Tame des souffrances de la douce victime, avait prêté Toreille à ses plaintes. Bientôt, toul entier à elle , il n'avait plus songé nuit et jour qu'à Tarracher de sa prison. Ses plans de délivrance tracés , il s'était mis à l'œuvre lui seul. 11 avait commencé d'abord, sans être remarqué de personne , à parcourir le souterrain, à étudier le mécanisme de ses portes, et à explorer ses passages. Il s'était ouvert peu à peu l'issue qui lui était nécessaire : puis , ayant songé qu'il fallait le secours d'un brave pour protéger Marie dans sa fuite, il avait attendu patiemment qu'il se présentât, soit dans le pays, soit à la niaismi fotie , quelque paladin valeureux auquel il pût s'ouvrir sans danger. Le comte de Toulouse , arrivé sur ces en-
(refaites, Hakem avait jugé par une sorte (IHnstinct ou de pressentiment que c'était là le libérateur que lui envoyait FEternel : il en avait prévenu sa maîtresse. Au moment où les routiers faisaient irruption chez Roger, il avait prévu que Raymond, chargé d'*aller sonner du cor au donjon , se trouverait dans la position la plus favorable pour le suivre et sauver Marie : il avait, en conséquence , allumé le feu de la rotonde et les lampes du souterrain pour éclairer les pas du comte ; il avait , en même temps , répandu l'alarme au Val des Ombres pour écarter tout témoin funeste; et, aucun utile détail n'ayant été négligé pour assurer Pévasion , jamais plus hasardeuse entreprise n'avait eu plus complet triomphe.
L'inconnue de la maison forte n'a donné