I.KS MALADIES CONTAGIEUSES
qiit\ l'Égyple; olle n'apparaît plus que do temps à autre dans quelques points limités de l'Orient. La suelte anglaise, celte terrible maladi(> qui, née en Angleterre à la suite de la désastreuse guerre civile des Deux-Roses, a décimé tout le nord-est de l'Europe au milieu du seizième siècle, a définitivement disparu du cadre nosologique. Si la pratique de la vaccination se faisait avec toutes les précautions que la. science recommande, il ne serait plus question de la petite vérole.
Ces exemples, qu'il serait aisé de multiplier, prouvent surabondamment que si les maladies infectieuses et contagieuses sont l'un des plus cruels fléaux de rhiiraanité, ce sont aussi les maladies sur lesquelles nous avons le plus de prise pour en arrêter les progrès et peut-être même pour en détruire définitivement les germes.
Il faut maintenant passer en revue le mode de transmission des grandes maladies contagieuses, et indiquer les précautions à prendre pour les prévenir. Mais avant nous avons à étudier une maladie type dont la transmission est expérimentalement démontrée, afin de fixer l'opinion qu'il convient aujourd'hui de se faire sur ces maladies et sur les moyens d'établir leur prophylaxie. JN'ous prendrons comme exemples le charbon et les expériences de M. Pasteur sur cette affection.
Le charbon ou sang de rate est une maladie qui peut frapper le mouton, le bœuf, le cheval, mais particulièrement le mouton; elle fait de grands ravages dans les troupeaux et causait autrefois chaque année aux agriculteurs des pertes considérables.
Si un mouton vient <à succomber à cette affection, et qu'on porte une goutte de son sang sous le champ du microscope, on y aperçoit, au milieu des globules sanguins, une multitude de petites baguettes mesurant quelques millièmes de millimètres de largeur, beaucoup moins larges que longues, transparentes et réfringentes comme du verre, inmiobiles entre les globules. Ces organismes, découverts par M. Davaine, sont les bactéridies du charbon, cause vraie et intime de la maladie (voirfig. 55).
Si en effet l'on prend quelques gouttes du sang rempli de bactéridies de ce mouton qui vient de mourir du charbon et qu'on l'injecte sous la peau d'un animal sain, au bout de vingt-
lOi SEJ'ÏIEMK CuMKI'.K.NCi:.
qiiali'o lioures ce dernier aura succombé, avec lous los syiriplômos de la maladie charbonneuse; son sang, examiné au microscope, renfermera une très grande quantité des mêmes micro-organismes.
M. l'asliMu- a ensuite montré que. si l'on isole la bactéridie des
Tig. 33. — Bactéridie du charbon : à droite, cultivée dans du lioiiillon de veau; à ;.'auche, dan? le sang d'un animal mort charbonneux (Dticlaux>.
divers éléments du sang auquel elle est associée et qu'on la fasse vivre dans un milieu nutritif approprié, tel que du bouillon de veau, on l'y voit fructifier et s'y multiplier en grande abondance. Si, en outre, on injecte sous la peau d'un mouton sain une goutte de ce bouillon, goutte qui renferme quelques centaines de bactéridies, le mouton succombe aussi au bout de 2-i heures avec les symptômes de la maladie charbonneuse, et l'on trouve son sang rempli de millions de bactéridies. D'où nous conclurons que c'est bien la bactéridie charbonneuse qui est la cause
M:s MALAItlKS CO.MAdlKUSKS. 10.'.
(If In maladie du charbon ; c'est en se développant, en se multipliant dans le sang, qu'elle fait la maladie et tue l'animal.
Nous dirons ainsi que l'animal qui a reçu l'injection du sang renfermant la bacléridie charbonneuse a subi artilîciellement la contagion de la maladie. Il importe donc, si l'on veut se rendre compte des modes de celte contagion, de suivre de proche en proche le développemeiit de la bactéridie elle-même.
Dans le milieu nutritif où on la place, la bactéridie charbonneuse ne reste pas longtemps isolée ; les baguettes se placent bout à bout et ne tardent pas à former de longs lilaments enroulés, enchevêtrés comme des pelotons de fils embrouillés; puis de petits corps ronds transparents apparaissent à l'intérieur de ces filaments, et ce sont ces corps ronds qui l'esteronf seuls, lorsque les lilaments auront bientôt disparu. Or, ces corps ronds constituent les spores, la graine de la bactéridie charbonneuse, qui ont été découvertes et bien étudiées par M. Robert Koch.
Si l'on prend une goutte de ce bouillon, lorsqu'il ne renferme plus que des spores, et qu'on la porte dans un bouillon neuf de même nature, les spores ne tarderont pas à germer et à donner naissance à des baguettes charbonneuses, celles-ci à des filaments qui se chargeront à leur tour de spores; le même effet se reproduira indéfiniment.
La différence essentielle entre les bactéridies proprement dites et leurs spores, en dehors du pouvoir reproducteur de celles-ci, c'est que, tandis que les bactéridies sont détruites parla dessiccation, le froid, la chaleur de l'eau bouillante, etc., les spores résistent à la plupart des causes de destruction et restent intactes, pouvant attendre le moment favorable pour germer. De même que le grain de blé enseveli dans les tombeaux des Pharaons conserve, après des millions d'années, son pouvoir de germination et germe lorsqu'il se trouve en présence de conditions favorables, de même la spore de la bacléridie charbonneuse résiste aux agents destructifs et se conserve pendant des années.
Mais si, comme l'a fait M. Pasteur, on arrose des fourrages avec du bouillon de culture qui renferme des spores charbonneuses et qu'on donne ces fourrages <à manger à des moutons.
m\ SKl'TIIvMK COiM'KliENCi:.
(•('iix-ci \]o lartleroul pas à rossonlir les symplùnios do la maladie chaihoiiiioiiso; abaUns, leur sang sera rempli de bacféridies cliarboimouscs, parce <pie les spores auront trouvé dans l'animal un terrain favor.iidc à leur gci iiiinalion. jus(|u';i amenci' la mort de celui-ci.
C'est donc la spore chariionneuse qui est bien l'agent de la conlagion du cliarbon. Connnent se fait celte contagion, en dehois de la voie expérimentale que nous venons de rappeler?
Lorsqu'un mouton est atteint de charbon, il perd à ses derniers moments du sang par les naseaux et surtout avec son urine; lorsqu'il est mort, il se ballonne et du sang sort également par les naseaux, l'anus, etc. ; le sol en est tout souillé autour du cadavre. Au contact de l'air, les bactéridies que renferme ce sang se transforment en fdamenls puis en spores. Si un mouton sain vient alors lécher les endroits souillés par les excrétions du premier, brouter l'herbe qui en a été imprégné, il avale ainsi les spores qui s'y trouvent en grand nombre et il ne tardera pas à contracter la maladie, puis à en mourir. De là cette mortalité si considérable par le charbon qui décime parfois les troupeaux en certains pays.
Cette contagion se produit surtout dans les endroits où l'on a enfoui les moutons charbonneux, si l'on n'a pas pris de précautions spéciales pour y détruire promptement leurs cadavres. Ce sont les champs mauclHs que redoutaient tant autrefois les propriétaires de troupeaux de moutons.
M. Pasteur a moutn'" (|ue les vers de terre ([ui se trouvciit dans le sol où ces moutons ont lUé enfouis avaient les spores charbon- 'neuses et, parvenus sous certaines conditions climatériques ordinaires à la surface du sol, ils les rendent, incorporées aux tortillons, c'est-à-dire aux petits cylindres de terre, à ces très Unes particules terreuses que les vers déposent à la surface du sol après les rosées du matin on les pluies. Les plantes du sol en sont souillées facilement et les moutons peuvent ainsi aisément avaler ces spores qui causeront bientôt leur mort.
Ainsi, voilà bien une maladie Iransmissible, dont la cause est un parasite microscopique, un microbe, la bactéridie char-
Li:s MAI.AliIKS CONTAGIEUSES. 107
homiPiise. C'est liii-iuêiiio (jui l'sl ici l'objet de la traiisniissinn. do la contagion par transport de l'aniiiiy! ou dn cadavre charbonneux à l'individu sain.
M. Pasteur a découvert le moyen de préserver les animaux du charbon. Celte préservation s'appelle la vaccination cJiarhonncuse . Le charbon causait autrefois aux aijricuiteurs de certaines contrées de la France, parmi lesquelles la Beauce venait au premier rang, des pertes énormes; ceux d'entre les agriculteurs qui ont, depuis quelques années, fait pratiquer la vaccination charbonneuse sur leurs troupeaux de moutons (c'est à cet animal plus spécialement frappé par le charbon que s'applique surtout la vaccination), ont vu leurs pertes réduites à une ])roportion insignifiante.
Le rôle des microbes, de ces infiniment petits auxquels les découvertes immortelles de M. Pasteur ont fait jouer un rôle si considérable dans la propagation 'des maladies transmissibles, mérite d'être envisagé avec soin, si l'on veut se rendre compte des conditions de la vie à la surface de la terre.
Si l'on prend une infusion végétale de foin ou de quelque autre substance, bien bouillie pour la débarrasser de tout élément vivant, qu'on la dépose après décantation dans un vase de verre très transparent et qu'on l'expose à l'air pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures, on verra le liquide devenir louche et trouble. 11 se sera peuplé de germes vivants, de microbes, que le microscope permettra aisément de reconnaître. Bientôt et quelles que soient leurs formes, bâtonnets, points ronds ou elliptiques, on les verra s'étrangler en un point, se séparer et donner naissance à de nouveaux êtres par segmentation. Un seul deviendra bientôt l'origine de milliers et de milliers d'autres. Ils constitueront les »i?fro/»<'s proprement dits, vivant à la manière de tout être créé.
Dans cette infusion ou ce bouillon ils sont nés par suite de la chute de quelques-uns d'entre eux, leurs congénères, qui peuplaient l'air avec lequel l'infusion ou le bouillon étaient en contact; car si nous avions fermé le col du ballon après ébullition, le liquide serait resté indéfiniment clair; il a suffi de laisser
108 SEPTIKMI- CONFKr'.ENC.i:.
l'air enlror pour voir la vif y apparaître el 1o<î microhos se multiplier.
Or, les microbes ou germes vivants existent partout, dans l'air, l'eau, le sol, à la surface de nos vêlements, en nombre d'autant plus grand que l'on se trouve dans une localité plus habitée. Ils président en particulier aux phénomènes de la lermentation, de la putréfaction et à la genèse et à la transmission des maladies humaines et animales.
Prenons, par exemple, la fermentation alcoolique sur laquelle repose la préparation du vin, de la bière, etc. Lorsqu'un liquide sucré se transforme en liquide alcoolique, un abondant dégagement de gaz s'effectue pendant cette transformation avec décomposiliou du sucre en alcool et acide carbonique. Or, M. Pasteur a fait voir que, dans la fermentation, un germe infiniment petit, la levure, attaque le sucre du moût de raisin ou du moût de bière ; il se multiplie dans des proportions considérables, il a bientôt consommé tout le sucre de ces liquides, en le dédoublant en acide carbonique et alcool; la fermentation alcoolique de ces liquides n'est donc autre chose que le résultat de la vie et la rnultiphcation de l'infiniment petit qui a nom levure. Cette levure emprunte au sucre de ces moûts l'oxygène qui est nécessaire à sa vie, à sa multiplication, et pour cela dédouble le sucre en alcool, qui reste dans le liquide, et acide carbonique, qui se dégage.
De même, lorsqu'un morceau de viande se putréfie à Pair, lorsqu'il prend l'aspect et Podeur caractéristiques qui accompagnent ce phénomène, c'est Pœuvre, le résultat du développement des microbes contenus dans celte viande et qui Pattaquent, la désagrègent en y vivant et s'y multipliant.
L'introduction et le développement dans nos organes de certaines espèces de ces microbes altèrent leur fonctionnement et y déterminent la production d'un ensemble de symptômes qui constituent Pentité morbide à laquelle nous donnons le nom spécial d'une afi'eclion déterminée. Sorti de notre organisme, le microbe, cause de la maladie, peut reproduire celle-ci sur les organismes qui l'absorbent à leur tour par voie de transmission directe ou indirecte.
LLS MALADIES CONTAGIELSES. 109
Les rechorclies que nous rappelions tout à l'heure à propos du charbon on! été poursuivies avec succès pour un grand nombre de maladies transmissibles ; elles ont conduit à la découverle d'un micro-organisme spécifique pour plusieurs d'entre elles et, par analogie, on admet aujourd'hui que les maladies transmissibles ont pour caractère commun d'être produites par la présence dans l'organisme malade de l'homme ou des animaux, d'un parasite microscopique, d'un microbe, spécial à chacun-i d'elles, et qui, en vivant dans l'organisme, en s'y multipliant, fait la maladie. La contagion, ou pour mieux dire la transmission, car toutes les maladies transmissibles ne le sont pas par contact, sera ainsi causée par le transport du microbe, autrement dit du micro-organisme pathogène, de l'individu malade à l'individu sain.
Certaines alfections, il est vrai, n'ont pas pour cause un microbe à proprement parler, c'est-à-dire un organisme de dimensions microscopiques, susceptible de se reproduire dans un milieu de culture approprié, solide, liquide ou gazeux ; il est des maladies, telles que la gale, la teigne, etc., qui sont dues à la présence de parasites presque visibles à l'œil nu et d'une organisation élevée ou moins rudimentaire que celle des microbes, ^ous devrons donc dire plus justement :
« Dans une maladie transmissible, la cause est toujours un pavdsile microbe un non, et la cunlagion est toujours le passage du parasite qui tait la maladie, de l'individu malade à l'individu sain. »
Aussi faut-il considérer deux classes de maladies transmissibles : 1° les maladies transmissibles à microbes (parasitaires microbiennes) ; 2" les maladies transmissibles sans microbes (parasitaires non microbiennes).
La contagion, qu'on visait sfule autrefois, était considérée comme ne pouvant être que directe ou immédiate, indirecte ou médiate.
Dans le premier cas. l'indisidu qui contractait la maladie avait approché celui duquel il la tenait; dans le second cas, l'individu contagionné n'avait pas approché directement le ma-
ilO SEPTIEME CONFERENCE.
lade. Aussi élait-il alors souvoiil bien dinicile d'en reconnaître rorigine.
Aujourd'hui on admet très justement que le genne, le parasite, microbien ou non microbien, de la maladie transmissible, s'introduit dans l'organisme par trois voies principales :
1" L'appareil digestif";
'i" L'appareil respiratoire;
3° Une solution de continuité de la peau ou des muqueuses, soit par inoculation accidentelle.
D'autre part, si le parasite s'introduit par la voie digestive, c'est qu'il était primitivement contenu dans les aliments, principalement, nous le verrons plus loin, dans l'eau de boisson; s'il parvient dans l'organisme par la voie respiratoire, c'est qu'il se trouvait dans l'air inspiré. La Iransinission se fait donc par les alimeiits, par reaii, par l'air on par inoculation accidenlclle de la surface cutanée ou muqueuse. Nous verrons, à propos de quelques maladies transmissibles plus directement intéressantes pour l'homme, comment ces données générales peuvent être prouvées.
HLITIEME CONFERENCE.
Teigne, gale, fièvres éruptives, variole, rougeole, scarlatine, luhorculosc.
Parmi les maladies qui sont le plus fréquentes à l'école, parce qu'elles y trouvent des moyens faciles et nombreux de transmission, on remarque principalement la teigne, la gale, les fièvres éruptives, la diphtérie, la rougeole, la variole, la scarlatine, la coqueluche, les oreillons, la tuberculose. Ce sont celles qu'il importe de surveiller avec le plus de soin.
Teignes. — De toutes les maladies du cuir chevelu les teignes sont les plus dangereuses. Elles sont de trois sortes : 1° la teigne faveuse, 2° la teigne tonsurante, 5° la teigne pelade.
D'après M. Laiiler, elles offrent les caractères suivants :
i" Teigne faveuse. — Elle peut être limitée ou s'étendre à toute la surface de la tète.
« Dans celte maladie, les cheveux deviennent ternes, comme poudrés; ils sont plus clairsemés.
« Elle est constituée par de petites croûtes d'un jaune clair, en godet, à bords relevés, qui peuvent se réunir et s'étendre sur toute la lête; il n'y a pas de suintement; leur surface est sèche, comme poussiéreuse; on dirait une éclaboussure de plâtre; il y a des démangeaisons; la tète exhale une odeur toute particulière, que l'on a comparée ;i celle de la souris. Si on fait tomber les
112 HIITIÉME CONFÉRENCE.
Cloutes avec un peu d'iiuile ou un cataplasme, on trouve audessous la peau rouge, luisante et dépourvue de cheveux.
« Si la maladie a dure longtemps, les cheveux ne repoussent plus et la tète présente dos surfaces pour toujours dépourvues de cheveux.
(I "l'Tciçjne tousumnlc. — Elle est très contagieuse, caractérisée par des plaques rondes siégeant sur la tête, isolées ou réunies par groupes; leur surface est grisâtre, sèche et recouverte de pellicules; les cheveux sont cassés ras, d'où le nom de lonsuranto, parce que la place malade ressemble un pou à la tonsure des
ecclésiastiques H y a des démangeaisons; la maladie se
développe lentement, sournoisement; en même temps, on voit quelquefois sur la peau, dans le voisinage de la tête, au çou, au front, à la figure, plus rarement sur d'autres parties du corps, des plaques rosées où la surface de la peau est farineuse, et qui s'étendent par leurs bords; leur grandeur varie depuis celle d'une pièce de cinquante centimes jusqu'à celle d'une pièce do deux francs et plus. A la tète, les plaques sont plus faciles à constater chez les bruns que chez les blonds.
(( Les personnes qui prennent soin des enfants atteints de celle maladie ne la gagnent pas à la tète, mais quelquefois aux bras et aux mains où elle forme des plaques d'herpès circiné. Dans une famille où il y a plusieurs enfants, l'un peut l'avoir à la tête, un autre à la ligure seulement ou ailleurs ; dans ce dernier cas elle n'est pas grave; mais il est plus habituel que tous soient atteints à la tète.
« Cette affection est longue, difficile à guérir; elle peut durer des années ; elle est de beaucoup la plus commune des teignes, et il est certains établissements d'éducation qui ne peuvent s'en débarrasser.
<i Heureusement elle guérit presque toujours sans laisser do traces, et les cheveux repoussent aussi vigoureusement qu'auparavant.
« 5° Pelade. — Elle est caractérisée par des places arrondies sans croûtes ni écailles, où les cheveux, maigres, ternes, lombent avec la racine à la moindre traction et laissent une surface nette. La peau où les cheveux sont tombés est habituellement lisse el
.MAI.ADIKS Tl'.ANSMlSSIBF.ES. Il,-
brillaiile: on l'a comparée à la surface de l'ivoire; on dirait que la place atteinte a été pelée, d'où le nom de pelade.... il n'y a souvent que deux ou trois plaques, qui peuvent s'étendre, et en se réunissant, dénuder de larges surfaces.
« Celte maladie est moins longue que la précédente, mais elle a peut-être des conséquences plus sérieuses :
(I l'Elle peut se reproduire au bout d'ime ou plusieurs années de guérison ;
« 2° Il n'est pas rare qu'elle laisse des traces indélébiles de son passage, et que sur une ou plusieurs places les cheveux ne reparaissent plus, tandis que dans la teigne fonsiirante ils repoussent toujours.
Les trois variétés de teigne ont un caractère majeur commun : elles sont contagieuses, c'est-à-dire que l'enfant teigneux communique son affection à ses camarades. La teigne faveuse et la teigne tonsurante sont très contagieuses, la tonsurante surtout; la pelade l'est beaucoup moins. « Il y a même beaucoup de médecins, et des plus compétents, qui pensent qu'elle ne se communique pas; mais il y a des exemples incontestables de transmission de la maladie à plusieurs enfants dans les établissements d'éducation. » Pour quelques auteurs certaines formes de pelade ne seraient pas contagieuses.
Comme nous l'avons vu au cours de la septième conférence, toute maladie contagieuse suppose déjà un parasite. Dans la jielade, le parasite n'est pas connu; mais dans les teignes faveuses et tonsuranles il est parfaitement déterminé; c'est un champi- (jnon, une sorte de moisissure, qui attaque le cheveu et se loge dans l'excavation d'où naît celui-ci. En passant de la lèfe du malade, du teigneux, sur la tète de l'individu sain, ce parasite eifectue la contagion de la teigne ef détermine chez ce nouvel individu l'apparition de la maladie.
« Il semble bien établi que c'est par les coiffures, par l'usage commun des peignes et des brosses, que les teignes se transmettent dans les écoles et dans les familles. Ce qui porte même plus à le croire, c'est qu'elles sont beaucoup plus fréquentes chez les garçons, qui sont plus turbulents que les filles, qui mettent souvent les coiffures les uns des autres, qui sont moins soigneux. »
il4
iirniÈMi': co.nfehence.
Contre les affections contagieuses du cuir chevelu, et en particulier contre les teignes, M. Laillr>i' rocommniide les précautions suivantes:
« Tenir les cheveux courts chez les ganons, tout le temps de leurs études, et même chez les fdies jusqu'à l'âge de sept ou huit ans;
« En faire fréquemment l'inspection;
« Dans les écoles où il y a des internes, chacun doit avoir sa brosse, son peigne et sa brosse à peigne, qui doit toujours être très propre;
u Tout enfant infecté de teigne doit aussitôt être soumis à l'examen du médecin ;
(( Le teigneux est écarté de l'école jusqu'à guérison complète, et ne doit être réadmis que sur un certificat du médecin attestant cette parfaite guérison. »
Gale. — La gale est une affection de la peau produite par la présence d'un parasite animal, un acare (fig. 54). Sa femelle creuse sur la surface cutanée une sorte de galerie où elle se loge et pond ses nombreux œufs, rapidement développés.
Cette affection est contagieuse par le passage du parasite du corps du galeux sur le corps de l'individu sain. Elle débute aux mains et pourrait envahir tout le corps si on ne l'arrête pas.
Comme elle détermine de vives démangeaisons avec éruplions diverses, il faut surveiller avec soin les personnes qui éprouvent des démangeaisons; le médecin ne lardera pas à reconnaître si celles-ci lui sont dues. De simples soms de propreté, notamment des bains sulfureux, suffisent pour la guérir.
Fig. 54. — Acai'e de la gale.
FIKVRES ERUPTIvr:
Variole. — La variole ou petite vérole est l'une des plus contagieuses et des plus graves des lièvres éruptives; elle a été, pendant de longs siècles, une des plus grandes calamités pour l'espèce liumaine et ça été le triomphe de la médecine prophylactique do trouver un moyen sûr et commode de se mettre à l'abri de celte maladie.
Grâce à Vinoculation d'abord, ensuile et surtout à la vaccine (voir la Neuvième conférence), la science possède actuellement un procédé certain de conférer l'immunité vis-à-vis de la variole, pourvu toutefois que l'on ait soin de se conformer à quelques précautions, malheureusement trop souvent négligées. De là résulte que la variole n'est pas encore actuellement ce qy'elle devrait être dans nos pays, une maladie détinitivement éteinte. De là ces nombreuses et récentes épidémies qui ont au moins eu ce résultat de faire cesser une sécurité excessive qui conduisait tout droit à la négligence.
L'agent contagieux, quand il se propage par la voie aérienne, consiste probablement en particules très fines, provenant des produits de sécrétion de l'éruption et tenues en suspension dans l'air. Le contage varioleux semble assez pesant et ne paraît pas pouvoir être transporté par l'air à une assez grande distance.
Le poison varioleux est très tenace et peut rester longtemps fixé à des objets inertes (murs d'une maison, meubles, vêtements, instruments), sans rien perdre de sa puissance. De là aussi l'extrême ténacité de la maladie qui, malgré l'énergie des moyens préventifs, s'éternise parmi nous et existe toujours dans les villes, du moins à l'état sporadique.
Quand un sujet, ayant déjà eu la variole, la gagne une seconde fois, le plus souvent il ne présente qu'une forme mitigée de la maladie, dans laquelle l'éruption n'arrive pas à suppuration; c'est la varioloïde. Même dans ce cas par conséquent, si la première atteinte ne confère pas une immunité absolue, au moins donne-t-elle une immunité relative. C'est sur cette notion fon-
damenlale que repose la pratique de l'inoculation et de la vaccination (voir la ISeuvicmc confcrcnr.c).
Uowjeolc. — La rougeole frappe rarement deux fois de suite le même individu, quoique des faits authentiques d'une seconde atteinte aient été signalés.
Le coulage aérien de la rougeole semble aussi peu diffusihle que celui de la variole. Ce fait semble résulter spécialement de la relation de Panuni aux îles Féroë. Ces îles forment un groupe de 1G iles séparées les unes des autres par des courants marins souvent dangereux. 11 a été facile d'y suivre pas à pas le contage. Aucun cas ne se manifesta sans que l'individu atteint n'eût été en contact très proche avec un malade; c'est à la suite de cohabitation, de visites dans la chambre d'un malade, que la contamination s'accomplissait, et l'isolement de quelques maisons a sulti à préserver leurs habitants.
Il serait puéril, à notre sens, d'exiger à l'égard de la rougeole une prophylaxie individuelle trop sévère ; car si par l'isolement on parvient à sauvegarder un enfant pendant une ou plusieurs épidémies, il n'en sera pas moins presque fatalement exposé à toutes les chances d'une contagion ultérieure, puisqu'une première atteinte seule met à l'abri du mal. Mais il n'en est pas de même dans les établissements publics, où la transmission de la rougeole, si elle se généralise, peut déterminer une grave explosion de la maladie.
Scarlatine. — Au lieu de provenir de l'Orient, comme la variole et la rougeole, la scarlatine semble une affection européenne. C'est particulièrement une maladie anglaise. Elle sévit cruellement à Londres, et elle a une part très importante dans la mortalité générale de cette ville, où elle varie de 2 000 à (îOOO, tandis qu'à l'aris, année moyenne, elle n'occasionne qu'une centaine de morts.
Jamais cette maladie ne naît spontam-ment ; toujours elle est
engendrée par contagion. C'est un fait dont on a pu surtout
s'assurer pour les contrées reculées, pour les iles lointaines et
peu en communication avec le continent.
La réceptivité pour la scarlatine est loin d'être aussi grande
que pour la rougeole. Presque tous les humains ont payé leur tribut à celte dernière maladie. La plupart échappent à la scarlatine. La contagion s'opère par le contact mcMiat ou par la voie miasmatique, c'est-à-dire par l'air chargé de particules volatiles virulentes. Un très court séjour auprès ou dans le voisinage des sujets contaminés suffit pour l'infection. Des objets inanimés (lettres, cliàles, linges de corps, pianos) peuvent servir d'intermédiaire. Des personnes saines, sans être atteintes de la maladie, ont pu être des agents de transmission de la scarlatine. Il n'est pas encore bien prouvé que les squames, les lamelles épidermiques, lors de la période de desquamation, soient douées de l'aptitude virulente. Le contage est d'une grande ténacité; des appartements, des lits évacués depuis trois mois, ont déterminé des infections nouvelles.
La prophylaxie de la scarlatine mérite une sollicitude toute spéciale; en effet, nous avons vu que, contrairement à ce qui se passe pour la rougeole, tout le monde ne subit pas la scarlatine. La réceptivité pour la maladie est faible en dehors de l'enfance, quoique cependant elle soit loin d'épargner toujours les adultes. 11 y a donc à écarter des jeunes enfants les dangers de la contagion de la scarlatine, auxquels ils auront grande chance d'échapper plus lard par le seul fait de leur âge plus avancé. La gravité de la maladie est un motif de plus de cherclier à y soustraire les jeunes sujets. Lors donc qu'un cas de scarlatine se déclare dans une famille, et surtout dans une école, il est essentiel d'isoler le malade ; le plus sage, s'il s'agit d'un établissement public, sera de fermer momentanément l'école, pour éviter une épidémie qui toujours, même dans les conditions les plus favorables, compte des cas malheureux.
Diphtérie [angine couenneuse, cvoiip). — La diphtérie est une affection éminemment contagieuse. Elle participe à cet égard de toutes les particularités de la variole, par exemple en ce sens qu'un cas des plus bénins peut transmettre les formes les plus graves, absolument comme d'une varioloïde légère peut naître une variole mortelle.
La diphtérie procède habituellement par épidémie.
118 HUITIEME COiNFERENCE.
La conlai;ion, pour s'ellectuor, nécessite le contact ou l'inoculation. C'est le plus souvent par le transport des particules provenant des fausses membranes et déposées soit à la surface des muqueuses, soit sur la peau dénudée, que la transmission s'efiecluo. 11 suffit de rappeler à ce sujet le tribut payé par le corps médical à celte redoutable affection. Le contage de la dipiitérie est peu dill'usible. Cette affection nous offre le type des épidémies habituellement circonscrites. La population de certaines fermes a été anéantie au voisinage d'habitations épargnées; en ville même, elle frappera parfois exclusivement les personnes réunies en un même appartement, ménageant le reste de la maison et de la rue.
Au point de vue de la propliylaxie, nous n'insisterons que sur deux points : d'une part, étant donnée la nature éminemment contagieuse du mal, la nécessité de recourir à tous les moyens d'isolement et de désinfection que nécessitent toutes les maladies infectieuses. D'un autre côté, ces mesures préventives doivent s'appliquer non seulement aux cas graves (croup confirmé, diphtérie maligne), mais encore aux formes légères, douteuses, puisque nous savons qu'elles sont capables d'engendrer les iornics les plus pernicieuses.
Rappelons enlin qu'une première atteinte du mal ne confère pas l'immunité.
Coqueluche. — La coqueluche récidive très rarement; elle est éminemment contagieuse ; aussi est-elle très commune. Caractérisée par des accès de toux composés de plusieurs gravités, séparées par une reprise d'une nature tout à fait caractéristique, elle est très facile à reconnaître.
Oreillons. — C'est là aussi un mal très contagieux, fréquent, consistant dans le gonflement de la partie du cou située derrière la mâchoire inférieure, au-dessous de l'oreille.
Tuberculose. — Nous avons déjà eu l'occasiou de parler de la tuberculose à propos des viandes dangereuses (voir la Cinquième conférence); cette affection frappe également la plupart des espèces animales. C'est assurément la maladie la plus répandue aujourd'hui. Elle cause, sous ses diverses formes, le cinquième à peu près du nombre total des décès dans les grandes villes.
MALADIKS TIÎANSMISSIIJLLS. 119
C'esl £;t'iiéraleinent l'appaieil respiratoire qui est alleiiit cliez riioniino, d'où le nom de poitrinaires donné à ceux qui en sont affectés; on lui donne aussi dans ce cas le nom de phtisie pulmonaire, phtisie signitiant consomption, c'est-à-dire l'un des traits les plus distinctifs de la maladie. Car on sait que le phtisique s'amaigrit, perd ses forces et peut aller jusqu'aux dernières limites de l'alTaiblissemcnt, en crachant et toussant abondamment.
La tuberculose est due à la présence d'un parasite microscopique, d'un microbe spécial, découvert par Robert Koch. Lorsque ce microbe atteint le poumon de l'homme, l'ulcération et la destruction des tissus amènent l'expidsion au dehors de crachats qui renferment aussi, en grande quantité, les microbes caractéristiques, spécifiques, de la maladie.
Ces crachats renferment ainsi l'agent de la transmission; projetés à terre, sur les linges, les draps du malade, etc., ils se dessèchent et les poussières formées vont disperser les bac'.lles qu'elles renferment. Si nous venons à respirer l'air qui les porte, nous sommes menacés d'absorber à notre tour ces microbes et de les faire pénétrer dans nos poumons où ils produiront la maladie, pour peu que nous présentions à cet égard les prédispositions nécessaires, encore bien mal connues.
La tuberculose est donc éminemment transmissiblc ; de plus l'air respiré par le phtisique ne renferme pas de bacilles ; ses crachats seuls en renferment. 11 en résulte qu'il importe au plus haut point, si l'on veut arrêter la progression croissante de cette redoutable maladie, de ne jamais laisser se dessécher les crachats expectorés parles tuberculeux; il faut leur recommander, par exemple, de cracher dans des vases remplis d'un liquide désinfectant ou qu'on porterait promplement à l'ébullition. Le bacille de la tuberculose est en ellet assez peu résistant; à 95° — 100° il est détruit par l'eau chaude et facilement par la plupart des désinfectants aujourd'hui usités.
VACCINATION, REVACGINATION
Mortalité par la variole. — Mesures de préservation, prophylaxie, désinrcctioii. propreté corporelle.
Les mesures de préservation applicables aux maladies (ransmissibles comprennent : 1° la déclaration de ces maladies à l'autorité chargée de prendre les mesures sanitaires ;
2° La vaccination préventive à l'égard des maladies dont on connaît le vaccin ;
5° L'isolement, aulantque possible, des sujets atteints;
4° La désinfection sous toutes ses formes.
nECLAR.VTlOÎJ DES MALADItS TRANSMISJIBLES
Il n'est pas de mesures plus importantes ni plus urgentes que celle de l'information ofticielle des cas d'alfeclions transmissibles. Dès qu'une personne se trouve en présence d'un malade atteint d'une de ces alTections, il est de son devoir d'en prévenir immédiatement l'autorité. Il appartient aussi au médecin qui constate la maladie ou le décès de s'empresser de faire cette déclaration.
Une fois l'autorité officiellement informée de l'e-xislencc d'une maladie épidémique, elle doit envoyer immédiatement sur les lieux des agents de l'administration sanitaire pour s'enquérir des mesures à prendre atln d'en empêcher la transmission, et
VACCINATION. IJl
elle doit se préoccuper eu même temps d'assurer l'exécution rapide et complète de ces mesures.