VACCINATION ET REVACCI.NATION
S'il s'ayit d'une maladie dont le vaccin est connu, telles que la variole, la rage, pour ce qui concerne les maladies humaines, le premier soin est de faire procéder, en cas de rage, à la vaccination, à l'Institut Pasteur, de la personne mordue, et, en cas de variole, de vacciner toutes les personnes qui ont approché le malade, ou même, si on le juge utile, de procéder à la vaccination ou à la revaccinalion de tous les habitants de la localité.
Les succès obtenus par les inoculations antirabiques sont aujourd'hui indéniables; ils permettent même d'espérer que les doctrines et les méthodes qui ont permis à M. Pasteur de les déterminer amèneront tôt ou tard la découverte du vaccin pour d'autres maladies humaines.
La rage n'étant pas comprise dans le programme ofticiel de ces conférences, nous ne nous occuperons que de la vaccination et de la revaccination varioliques.
<( En voyant la terreur qui s'emparait de toutes les classes de la société à chaque épidémie de variole, dit Franck, on ne s'étonnera assurément point de tous les efforts qu'on a faits pour mettre des limites à un aussi grand tléau.... Aussi les hommes, pour apaiser du moins un ennemi qu'ils ne pouvaient vaincre, se livrèrent volontairement entre ses mains par Vachal et l'inoculation de la variole. » Lorsqu'une épidémie était béni • gne, pour acquérir le bénélice même de cette bénignité, les parents avaient coutume d'acheter à prix d'argent l'avantage d'exposer leurs enfants, qui n'avaient pas encore eu la variole, à la contagion. Mais on devine tous les inconvénients de cette méthode; la variole ne se gagne pas ainsi à volonté, et souvent. au lieu de l'affection bénigne qu'on recherchait, ou provoquait une forme grave et mortelle.
L'inoculation constitua un progrès énorme ; on sait qu'elle se pratiquait de temps immémorial en Chine, en Géorgie et dans
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l'Orient; importée en Europe par Lady Moningue, elle ne larda pas à s'y répandre rapidement, malgré de vives oppositions, et, à la fin du siècle dernier, elle était généralement pratiquée, tant en Angleterre que sur le continent. Celle pratique, qui a fourni de précieux résultats, repose sur deux faits d'obiervalion : d'une part, qu'une première atteinte de la variole, si bénigne qu'elle soit, confère généralement l'immunité; d'autre pari, que le fait de Vinoculalion de la variole, c'est-à-dire la pénétration brusque et arfilicielle du virus dans une économie non préparée à son évolution, donne habituellement naissance à une forme très mitigée, très atténuée de la maladie, surtout si le virus qu'on choisit comme variolifére est recueilli, par une sorte de sélection, sur un individu atteint lui-même d'une variole bénigne.
L'inoculation a été un véritable bienfait pour l'immanité et elle serait encore actuellement d'un usage courant, si elle n'avait été détrônée par une méthode bien supérieure, la vaccine.
C'est à Jenner que revient tout l'honneur de cette admirable découverte et. grâce à ses efforts persévérants, la vaccine remplaça rapidement l'inoculation,
La vaccine est la maladie développée chez l'homme par l'inoculation du virus du cow-pox de la vache. Voici, sous forme d'aphorismes, quelques propositions importantes :
1° Le meilleur préservatif de la variole est la vaccine ;
2° Dix ans après la première vaccination, il est sage de procéder à la revaccination ; si elle échoue, y revenir tous les ans ;
En temps d'épidémie de variole, revacciner indifféremment tout le monde ;
5° 11 est utile de se faire revacciner tous les dix ans ;
■4" Comme la vaccination et la revaccination sont des mesures d'utilité publique, elles doivent être obligatoires.
D'ailleurs la vaccination est chaque jour plus répandue, depuis surtout qu'on l'exige pour l'entrée dans les écoles primaires et dans les diverses administrations publiques et qu'on pratique la vaccination régulièrement chez tous les soldats.
Les deux procédés les plus usités aujourd'hui sont : la vaccination jcnnérienne ou de bras à bras et la vaccination animale.
VACCINATION. ilù
Dans le premier cas, on recueille le vaccin dans les boutons vaccinaux d'un enfant en pleine éruption de vaccine, du cinquième au huitième jour, et on inocule séance tenante d'autres enfants avec cette lymphe vaccinale. Ou bien on conserve le vaccin du premier enfant sur des plaques ou dans de petits tubes capillaires, atin de pouvoir s'en servir quelque temps après.
11 faut avoir soin de choisir comme enfant vaccinifère un sujet absolument sain, la vaccine pouvant transmettre certaines affections que pourrait avoir cet enfant. Aussi préfère-t-on déplus en plus l'emploi du vaccin animal directement recueilli sur une génisse présentant des Louions de cowpox. Ce vaccin peut aussi se conserver dans des pâtes ou liquides appropriés pour être expédiés plus ou moins loin.
Les bienfaits de la va.'cinalion et de la revaccination sont évidents; les statistiques abondent pour les prouver (fig. 55); choisissons-en quelques-unes.
La vaccination est obligatoire en Prusse dans l'armée depuis 1854. A son arrivée au corps, chaque individu est vacciné ou revacciné. Dans la population civile, la vaccination était, jusqu'en 1875, ce qu'elle est en France, c'est-à-dire absolument libre,, laissée au gré de chacun. Comparons les chiffres de décès par variole dans l'armée prussienne et la population civile de 1855 à 1S70 :
De 1855 à 18 Î5, il y a eu annuellement en moyenne 5U morts par variole dans l'armée ; de 1845 à 1852, 0; de 1852 à 18G5, 1; de 1865 à 1870, 2 à 5.
Pendant ce temps, la population civile, non soumise à l'obligation de la vaccine, perdait, de 1847 à 1870, en moyenne annuelle 5 000 individus par variole 1
En 1870-1871, 1 200 000 soldats allemands vaccinés ou revaccinés sont entrés en France, au moment où sévissait une épidémie de variole des plus graves qui, à Paris seulement, a fait, en 1870, 10 549 victimes, en 1871. 2 777, et lit mourir 25 400 soldats dans l'armée française. Pendant cette même période, l'armée allemande d'invasion ne perdit que 514 hommes par variole.
Ajoutons (jue de 1874 à 1887, l'armée allemande n'a perdu
qu'un seul soldat de variole. C'est à cette époque (1«74) qu'une loi ordonna la vaccination eu Allemagne pour tous les enfants
rDH
fig. ôo. — Proportion de dccès par la variole, en cinq ans, de 1868 à 1873, dans divers pays d'Europe (par millions d'habitants). Vaccination obligatoire pour l'Angleterre, la Bavière. l'Ecosse et la Suède. Vaccination non obligatoire pour les Pays-Das et la Prusse.
dans la première année de la vie et la revaccination à partir de l'âge de douze ans. Aujourd'hui la variole est devenue une