‹ Douze conférences d'hygiène, rédigées conformément au plan d'études du 12 août 1890Chapitre 16 sur 22 · DÉSINFECTION · texte numérisé non relu

DÉSINFECTION

Désinfection par les liquides antiseptiques. — La désinfection des murs crépis, blanchis à la chaux, couverts de papier de tenture sera faite méthodiquement sur toute la surface des parois des chambres et des planchers ou carrelages à l'aide de pulvérisations avec la solution forte de sublimé. On commencera à pulvériser cette solution à la partie supérieure de la paroi suivant une ligne horizontale et l'on descendra successivement de telle sorte que toute la surface soit couverte d'une couche de hquide pulvérisé en fines gouttelettes.

Ce qui fait surtout apprécier dans la pratique les liquides antiseptiques, c'est assurément la facilité de leur emploi. La liste est nombreuse des substances désinfectantes, depuis les essences que les Egyptiens utilisaient déjà avec succès au temps des Ptolémées, jusqu'aux liquides que la chimie moderne a su extraire et dont les nouveaux procédés pour le pansement des plaies ont su tirer tant d'avantages. Cependant cette liste qui s'allonge chaque jour, se rétrécit au contraire, si l'on veut tenir compte des nécessités de la pratique au domicile des contagieux ; c'est à l'acide phénique, aux sels de cuivre, à l'acide borique et au sublimé (bichlorure de mercure) qu'on les réduit généralement. 11 va de soi que pour tous les objets que la sulfuration ne peut atteindre, imprégner en quelque sorte qu'avec les plus grandes difficultés et au bout d'un temps relativement long, les liquides antiseptiques doivent lui être toujours préférés. Mais il arrive même que, pour la désinfection des surfaces, on tend aujourd'hui à s'en servir, en raison de cette facilité et de cette rapidité d'exécution que personne ne peut contester à ces liquides.

Les meilleures solutions désinfectantes sont celles de chlorure de chaux, sulfate de cuivre, acide phénique à 5 pour 100, lait de chaux égal en volume à 2 pour 100 et le sublimé en solution acide au millième ou même au deux-millième.

Voici la meilleure façon d'avoir toujours à sa disposition du lait de chaux bien actif :

On prend de la chaux de bonne qualité, on la fait se déliter en l'arrosant petit à petit avec la moitié de son poids d'eau. Quand la délitescence est effectuée, on met la poudre dans un récipient soigneusement bouché et placé en un endroit sec. Comme

PROUST. y

lôO NEUVIEME CONFÉREXCE.

1 kilog de chaux, qui a absorbé 500 grammes d'eau pour se déliter, a acquis un volume de 2 lit. 200, il suffit de le délayer dans le double de son volume d'eau, soit 4 lit. 400, pour avoir un lait de chaux qui soit environ à 20 |ioin' 100. Ce lail de chaux doit autant que possible être fraîciiement préparé; on peut le conserver pendant quelques jours, à la condition de le maintenir dans un vase bien bouché.

Lorsqu'on n'est pas sûr de la qualité du lait de chaux qu'on a à sa disposition, on peut l'essayer en l'ajoutant aux matières à désinfecter jusqu'à ce que le mélange bleuisse rapidement le papier de tournesol.

On ne peut désinfecter par ce procédé que les selles liquides.

Désinfection par la chaleur. — Étuves à désinfection. — La chaleur, sons ses diverses formes, a été depuis longtemps reconnue comme l'un des procédés de désinfection les plus efficaces; c'est en tout cas le plus radical et celui que l'on emploierait volontiers d'une manière continuelle et exclusive s'il n'était pas nécessaire, même dans un but de prophylaxie, de ménager les deniers publics et la propriété des particuliers. Les administrations ne peuvent donc se servir de la destruction par le feu que pour des objets sans valeur ou dans des circonstances exceptionnelles. Quant à l'eau bouillante mélangée ou non d'antiseptiques, elle ne peut être utilisée que pour les objets en bois, métal, faïence, porcelaine, etc. ; on ne peut l'employer pour les linges souillés de sang ou d'autres substances albuminoïdes, et certains microorganismes dont les spores résistent à une action trop prolongée de cet agent; enfin, il est tels objets, comme les matelas, certaines étoffes, des vêtements, etc., qu'il ne faut pas songer à y plonger. Aussi s'est-on ingénié à se servir de la chaleur dans des appareils spéciaux, dits étuves à désinfection, que l'industrie, et au premier rang, l'industrie française est aujourd'hui parvenue à fournir dans des conditions de sécurité des plus remaquables. En effet, grâce aux étuves à désinfection par la vapeur sous pression (flg. 56 et 57), on obtient en quinze minutes, dans tous les points sans exception de l'objet à désinfecter, la température de -j- 110 degrés centigrades, suffisante pour y détruire tous

DESINFECTION.

les microbes spérifiques des maladies transmissiblos; l'opéralion s'eflectue dans un temps assez court à une température assez

Fig:. r.(j. — tUivc fivc à désinlection jjar la vapoiir sous pression, sjstème Gcuesle et Hersulier.

modérée, sous une pression assez faillie et dans des circonstances de sécurité assez [grandes pour que les objets ^soient

Fig.57.— Éluve locomobileà désinfection par la vapeur souspiessioii, système Geneste et Herscher.

réellement désinfectés sans être détériorés. La pratique déjà très multipliée, que l'on possède aujourd'hui en France des étuves à

désinfection, soit fixos, soit locoinobiles, à vapeur sous pression, démontre leur eftlcacité absolue, certifiée par les diverses administrations gouvernementales, imiiiicipales, hospitalières, etc., qui ont eu à s'en servir.

PROPUETli COnPOREr.LU.

Les diverses mesures qui précèdent ont pour but et doivent avoir pour effet d'empêcher la maladie de se propager. Il importe aussi de créer à celle-ci un milieu en quelque sorte réfractaire. en assurant en tout temps la propreté de l'individu et celle des habitations ainsi que des localités où il vit.

Les épidémies et les maladies transmissibles naissent, se développent et se propagent surtout dans les milieux malsains et chez les individus malpropres. Dans la prochaine conférence nous traiterons des conditions de salubrité des habitations; occupons-nous maintenant des soins de propreté personnelle.

Une très grande propreté constitue une des conditions essentielles de bien-être et de prospérité. La peau, cet émonctoire si puissant, qui sert, comme on l'a dit, de volant, de régulateuiaux combustions internes de notre corps et dont le bon fonctionnement importe tant à l'équilibre de la respiration, doit être maintenue propre par de fréquents lavages. On l'assure davantage par l'emploi de cosmétiques et de bains.

Les cosmétiques sont des préparations qui ont pour but d'entretenir, de modifier les fonctions de la peau, et qui ont la prétention d'accroître et de conserver la beauté ou, au moins, d'en faire garder les apparences.il y a toutefois quelques cosmétiques utiles: le savon, par exemple, qui émulsionne et enlève les corps gras de la peau ainsi que les matières qui y adhèrent; les vinaigres de toilette, dont on a le tort d'abuser, rendent cependant des services, lorsqu'ils sont convenablement étendus d'eau; \U nettoyent alors la peau, lui donnent de la fraîcheur, du ton, de la fermeté et peuvent combattre certaines éruptions légères.

On ne saurait trop proscrire l'usage des substances qui, plus ou moins habilement appliquées sur le visage, y créent, selon leur composition, des pâleurs ou des couleurs factices et com-

PROPRETÉ CORPORELLE. "l^^

promettent d'une ruanière certaine la souplesse et !a vitalité

naturelle de la peau.

Plusieurs de ces cosmétiques renferment même des poisons danoereux (mercure, plomb, arsenic, le sous-mtrate de bismuth luT^ème). Ces procédés rapprochent nos sociétés c.vihsees d s tnbus sauvages, et c'est au moment de leur décadence que le. R mains excellaient dans l'art de préparer et d'employer ces l nts Chez les Athéniennes même, qui pourtant connaissaient ;;. ressources de la cosmétique la plus perfectionnée qui nplovaient une belle couleur noire (probablement le benne pour donneV plus d'éclat à leurs sourcils, figurait au premier degré, narmi les fards, le redoutable blanc de ceruse. 'u%eté de la tète exige des soins tout particuliers, afin d'éviter l'apparition de ces maladies du cuir chevelu dont il a ete question dans la conférence précédente et aussi pour debar- ; sser la tète d'insectes malpropres, de croûtes, de pel .cules,etc «Presque chaque jour les parents, dit le docteur La 1er un fois par semaine au moins, les maîtres ou maîtresses doivent faire l'inspection de la tête des enfants.

Pour les garçons, un seul coup d'œil suffit ; ils ont habituellement les cheveux courts, et en les relevant avec le pouce qu on fait gUsser dans le sens opposé à celui où ils sont inclmes, on arrive à constater rapidement l'état de la peau de la tête.

(, Pour les filles, qui ont les cheveux longs habituellement, il faut en relever la masse sur la tête, de façon à examiner la nuque, qui est le siège de pré.lilection des poux, qui y trouvent un abi sûr; puis, avec une tige mousse quelconque, 'extrémité Londie d'une épingle à cheveux, par exemple i faut faire un raie de place en place pour voir si la peau est bien ne e. El e doit être d'un gris ardoisé chez les sujets bruns, pale et le.^ciement rosée chez les sujets châtains ou blonds.

. Souvent il v a des pellicules chez les enfants mal soignes, surtout sur le haut de la tète ; quelquefois des écorchures et des petites croûtes derrière les oreilles, à leur point d^;!'^<^»^« J^; peau du crâne. Des soins de propreté, des lavages a leau tiece. après lesquels on essuie la peau avec soin, suffisent souvent a faire disparaître ces pellicules. Elles sont entretenues souvent par

loi NEUYIKME CONFERENCE.

l'existence do poux; ceux-ci, cachés à la racine des cheveux, peuvent échapper à un examen superficiel; l'existence de leurs œufs, connus sous le nom de lentes, est plus facile à constater. Ce sont de petits points gris du volume d'une très petite tète d'épingle, (jui adhèrent au clioveu, sur lequel ils sont fixés très solidement par un petit anneau, ce qui les dislingue des simples pellicules, (|ui se détachent au moindre contact de la main, d'une brosse ou d'un peigne. Il importe de surveiller et de faire soigner les enfants qui ont des poux, si on veut éviter que leurs camarades en soient rapidement infestés.

« Des soins de propreté, l'usage habituel du peigne et de la brosse, suffisent pour les préserver.

« L'emploi d'une poudre insecticide, quelques applications d'eau vinaigrée ou d'eau sédative étendue, si les enfants n'ont pas de plaie, suffiront pour les débarrasser. Ces soins devront être continués encore un certain temps après qu'on ne retrouvera plus de poux, jusqu'à ce qu'on soit bien sur que les œufs, qu'on ne peut détacher qu'avec la plus grande difficulté, ne peuvent plus produire une nouvelle génération. »

Le nom de baiti s'applique généralement au séjour plus ou moins prolongé du corps dans un milieu liquide, solide, vaporeux ou gazeux.

Les bains peuvent donc naturellement se classer en bains liquides, baitis (Vair chaud, bains de vapeurs, bains de (jaz et bains solides et demi-solides, comme les bains de marc et de boue.

Les bains liquides peuvent se prendre à diverses températures.

Bains froids. — L'eau froide soustrait au corps du calorique, et, lorsqu'elle est courante, le mouvement de l'eau renouvelant constamment le contact, il en résulte un refroidissement plus considérable, ce qui fait qu'en été, lorsque la température des rivières ne s'éloigne pas sensiblement de celle de l'atmosphère, le bain semble toujours frais. En outre, le bain parait d'autant plus froid qu'on y reste plus immobile. L'impression du froid sur

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