PREMIERE
JOURNEE
Major rerum milii nascitur ordo.
VlRGII.E.
Le peuple est patient, car il est éternel ! L'un à l'autre liés par un droit criminel, Treize siècles de rois, de nobles et de prêtres Avaient appesanti le front de nos ancêtres :
Le peuple résigné sous des fers écrasans
Se réservait un jour après treize cents ans;
Il avait donc subi, docile tributaire,
Soixante usurpateurs par ordre héréditaire,
Depuis les premiers Francs sur le pavois élus,
Depuis l'âge douteux des soldats chevelus ,
Jusqu'au roi de malheur, né pour des jours prospères,
Qui naquit criminel du crime de ses pères,
Oreste couronné dont le destin fit choix
Pour clore avec du sang ce long drame des rois.
Quel miracle eût sauvé la vieille monarchie?
La couronne pesait à sa tête fléchie ;
Le sceptre, pour finir un reste de chemin ,
N'était plus qu'un bâton dans sa caduque main ;
Quand l'arbieestprèsde choir, il est temps qn on le coupe Dès que l'iniquité déborde de la coupe,
Dès qu'un jour a comblé l'ère des jours maudits, C'est au peuple à son tour de dresser des édits; Il faut que sur les grands son bras s'appesantisse Et que la liberté tienne un lit de justice.
Ouvre ta grille d'or, féodale cité!
Qu'on annonce le peuple ! il est ressuscité ! Le voyez-vous? il vient au temple de Versailles
Avec la liberté bénir ses fiançailles ;
On dirait que le ciel, en signes éclatans, Se déclare complice à cent mille assistans ; Dans les bois du château la foudre promenée Prête un sublime orchestre à ce grand hyménée ; Des franges de la nue aux lumineux lambeaux Resplendit pour la fête un cercle de flambeaux :
On entend une voix, la voix des sombres crises; Elle éveille la cour en courant sur les frises, Sous l'arche qui conduit au royal corridor, Sur le dôme effilé de la chapelle d'or, Sur les frais pavillons , les longues colonnades, Que bâtit pour lui seul le roi des dragonnades ; Oh ! c'est la voix du peuple ! il quitte ses sillons ; Il plante dans le parc ses premiers pavillons ; Il sent qu'il est venu son jour de représailles; ' Pour mieux se faire entendre il a choisi Versailles ; En face du balcon, piédestal du grand-roi, Le fouet en main , il dit aussi : L'État, cest moi. 2
Venez , valets de cour ; à la plèbe vassale De vos bras énervés fermez la grande salle ;
Bien! refoulez ce peuple; à ses Représentans
Barrez dès le matin l'église à deux battans ; 3
Oh ! lui , pour se montrer dans sa noble roture ,
N'orne pas les lambris de soyeuse tenture ;
Pour lui,p oint de fauteuils aux coussins ramollis,
De tapis de velours, sablés de fleurs de lis ;
Par-tout il tient sa cour; toit de chaume ou mansarde,
Vile échoppe de bois dont le mur se lézarde ,
Hangar de jeux publics ou de cirques forains,
Le peuple tient par-tout ses États souverains ;
Et le lieu qu'il choisit pour ses nobles usages
Prend une majesté qui traverse les âges ;
Il imprime sur tout son mémorable sceau ;
Car tout ce qui fut grand eut un humble berceau :
Le chêne aux vastes bras jaillit d'un fruit immonde ;
Un pâtre de Médine a fait trembler le monde ;
Luniverselle Rome eut du foin pour cimier, Son colosse futur rampa sur le fumier, L'Evangile naquit sous l'étable de chaume , Et la liberté sainte aux murs d'un jeu de paume. 4
Salut, auguste enceinte où le peuple aux abois
Demanda son salut à tes voûtes de bois !
Avec leurs yeux de flamme, avec leurs voix sonores,
Ils se levèrent là , comme des météores,
Tous ces hommes hardis dont nous nous souvenons :
Ils ignoraient encor l'avenir de leurs noms.
Pour la première fois, ces acteurs des grands rôles
Jetaient aux rangs confus de magiques paroles ;
Inconnus dans le peuple, ils s'essayaient tout bas
Aux éclats de tribune , aux tragiques débats,
Aux tempêtes de voix, aux gestes de la foule, Au retentissement d'un trône qui s'écroule ; On les voyait bondir sous le hangar des jeux, Tous ces héros futurs des drames orageux; Au peuple amoncelé, béant aux avenues, Parlant avec des voix depuis lors tant connues; Deux sur-tout qui semblaient sur leurs fronts réunir Le terrible secret des choses à venir, Mystérieux agens de cette nouvelle ère , Double crête surgie au volcan populaire : L'un hérissé d'orgueil, dans sa laideur si beau, Ouragan fait de chair, qu'on nomme Mirabeau , Puissance prophétique en un jour révélée , Avec sa voix d'airain, sa hure échevelée, Sa parole qui tue ou consterne d'effroi , Tout seul il prend le peuple et le couronne roi.
Géant né pour le siècle et que le siècle pousse,
Sa main va lui donner la première secousse,
Et l'effort impulsif de ce puissant levier,
Fera trembler le sol jusqu'au vingt-un janvier....
L'autre est muet encor : sa poitrine oppressée
Se gonfle d'avenir et garde une pensée ;
Sa contenance est froide, et pourtant, de son œil ,
Tombe un de ces regards qui présagent le deuil,
Et l'accès du frisson qui contracte sa face ,
Révèle son histoire à peine à sa préface ;
Cette énigme sans mot, ce nom de fange ou d'or,
Doit luire ou se flétrir sous le neuf thermidor.
Vous étiez aussi là, penchés sur la fournaise,
De ce monde nouveau méditant la Genèse,
Hommes d'audace calme et d'énergique main ,
Qu'on ne peut faire un pas sans heurter en chemin ;
Homériques héros de dix ans d'épopée, Qui vous dressez la nuit à ma vue occupée; Et vous qu'ont emportés les politiques vents, Et vous qui sur le sol restez encor vivans !
Oh ! vierges en ce jour de crimes ou de fautes , Vous pouvez tous ici porter vos têtes hautes ; Aucun reflet de sang ne souille encor ces murs ; Je vous embrasse tous , car vous êtes tous purs ; Gloire de bronze à vous qui, les premiers de France , Avez par un serment juré sa délivrance ; Qui , dans le jeu de paume, et sous l'œil du château , Avez pris à deux mains la hache et le marteau ; Et, probes journaliers, sans espoir de salaire, Posé le monument sur sa base angulaire !
Quarante ans sont passés entre ce jour et nous ; Mais je vous vois encor sur la terre à genoux ; Je vous vois convulsifs du feu patriotique, Le cou, les bras tendus vers le royal portique , Et saisissant au vol l'électrique moment, Répéter comme un chœur votre hymne de serment. Le président du peuple , ignorant l'étiquette , Pour son fauteuil d'honneur a pris une banquette ; C'est l'austère Bailly : ce lumineux savant Observe, dans les nuits, l'ordre du ciel mouvant; Mais aux champs étoiles où son œil se promène, Jamais il n'aperçut un plus grand phénomène : Sur un trépied de bois il apparaît, debout, Soufflant la prophétie à ce peuple qui bout., A la sienne unissant tant de nobles pensées , Gouvernant de sa main cinq cents mains hérissées ,
Et dans sa pose grave , et sa simple fierté, Par un mot, comme Dieu, créant la liberté.
La liberté ! Son char a trouvé son ornière ; On va la voir courir sous sa neuve bannière ; Ceux qui nous Font poussée ont des bras vigoureux ; Qu'importe qu'en son vol elle passe sur eux ! C'est l'idole du Gange; elle donne une extase, Une mort sans douleur au passant qu'elle écrase ; La liberté se sert du sang de ses amis, Pour cimenter les dons qu'elle nous a promis; Par des chemins mêlés de gloire ou de supplice , Il faut qu'au temps donné son œuvre s accomplisse. Le jour qu'elle naquit, la cour à Trianon La regarda passer et demanda son nom ;
Tous ces jeunes seigneurs, aux riches aiguillettes,
Soleils de l'OEil-de-bœuf , rayonnans de paillettes,
D'un doigt injurieux, au perron du château,
Désignaient les tribuns vêtus du noir manteau ;
Ils charmaient, au récit des populaires scènes,
D'Artois, le compagnon de leurs amours obscènes;
Leur déplorable rire emplissait les salons;
Et la femme du roi , la reine aux cheveux blonds ,
Des éclats étourdis de sa joie insensée,
Parfumait en courant son royal gynécée ;
Et que fait son époux ? son époux chasse au tir ;
Il n'entend pas la voix qui vient de retentir ;
Impassible monarque il caresse sa meute,
Dans le serment du peuple il ne voit qu'une émeute : 5
Pauvre roi ! le bandeau transmis par ses aïeux ,
En glissant de son front est tombé sur ses yeux.
Oui, jeunes courtisans, oui, femmes satinées , Ayez foi dans la force et dans vos destinées , Croyez-en le bonheur qui jamais ne vous ment , Riez du jeu de paume et de son vain serment : Que peuvent ces robins , ces gens de bas étage , Pour vous ravir à tous votre antique héritage ? Que peuvent contre vous leurs absurdes mandats? N'avez-vous pas ici vos remparts de soldats? Vous tenez en vos mains la facile victoire, Avec vos Suisses lourds , vos gardes du préto^e , Vos cavaliers debout sur le royal perron , Qui n'attendent qu'un mot pour darder 1 éperon. Eh bien ! vous comblerez votre haute démence : Ce premier pas du peuple est un voyage immense ; Ces gardes menacans, par vous salariés, Viendront baiser la main de ceux dont vous riez ;
Ces fastueux seigneurs, proscrits de leurs repaires , Seront bientôt réduits à renier leurs pères , A briser en public l'écu de leur maison ; Le peuple fauchera comme un faible gazon Vos comtes , vos barons , vos marquis , vos vidâmes ; Vous entendrez un jour les plus hautaines dames , Regrettant l'agonie au fond d'un tombereau, Demander un moment à monsieur le bourreau ! ! 6
Un jour, au mois brûlant qui précède l'automne , A Versailles, devant le bassin de Latone, Sous l'ombre des tilleuls dont le double rideau Teint d'un triste reflet la grande pièce d'eau , Un vieillard promeneur, avec un doux sourire,
M'a conté lentement ce que je viens décrire ;
De ce glorieux drame, acteur contemporain,
Il avait mis son nom sur ce livre d'airain.
Il ajouta : « Le soir dans ces parcs solitaires
« Où les rois consommaient leurs pompeux adultères,
« Dans ce vert labyrinthe où nous nous promenons,
« Sur ce sentier de fleurs qui mène aux Trianons,
« Après le grand serment, j'ai vu le deuil descendre,
« Au front de ce palais j'ai vu tomber la cendre;
« Le seul cri des tribuns aux États envoyés,
« En un jour fit ce bois tel que vous le voyez •
« Les arbustes naissants ont séché sur la tige ;
« L'imposante forêt a perdu son prestige ;
« Ce parc mélancolique où vient pleurer le vent
« Semble un de ces tableaux qu'on croit voir en rêvant,
« Que FArioste crée et qu'Albane dessine,
« Fantastique jardin de Médée ou d'Alcine,
« Image de vapeurs qui porte aux longs ennuis,
« Prête à s'évanouir à l'approche des nuits.
« Maintenant le grand-roi ne saurait reconnaître
« Ce merveilleux séjour que son orgueil fit naître;
« Dans un chaos de deuil tout s'est enseveli :
« La rouille a dévoré les ressorts de Marly;
« Les tritons des bassins sur les conques marines
« N'aspirent plus la Seine au creux de leurs narines ;
« Voyez sur ces talus les ifs silencieux ,
« Gomme une sombre gaze ils descendent des cieux ;
« Là, tout est triste et mort depuis le jeu de paume,
« Le silence est le roi de ce vide royaume ;
« Il semble que par-tout on lit : En ce temps-là
« Sous ce bois monarchique un grand peuple parla. »
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DE LA
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1 « Il sent qu'il est venu son jour de représailles. »
Il est de ces vérités qu'on ne saurait trop répéter, parcequ'il faut quelles deviennent triviales pour servir plus efficacement à l'instruction du peuple, c'est que la révolution française, si juste et si sainte dans son principe, n'a été, même dans ses plus sanglantes crises , qu'une débonnaire compensation des souffrances qu'avait endurées la nation depuis la première dynastie.
Quand on songe aux hideuses barbaries de la féodalité , à ces coutumes qui livraient, sur toute la surface de la France, le peuple entier à la merci d'une poignée de tyrans ; quand on se rappelle que le seigneur , fatigué à la chasse , faisait éventrer un vassal pour réchauffer ses pieds dans le sang; quand on lit chaque jour que, depuis les prémices de la jeune vierge, jusqu'à la main coupée du serf mort insolvable , tout était dans le patrimoine des seigneurs et des princes , on est tenté de rendre hommage à la clémence de nos pères, qui se sont contentés de frapper sur un certain nombre de grands coupables.
Ne cherchez pas les causes de la révolution dans le déficit Ca~ lonne, dans l'Encyclopédie, dans la régence; la révolution a été enfantée par treize siècles d'abrutissement et d'esclavage ; chaque
crime de la féodalité, du clergé ou des rois, apportait avec lui la nécessité d'une juste représaille.
Ce Serait un rapprochement curieux que de comparer les pages sanglantes de la révolution avec la série de violences , d'attentats , d'assassinats et de massacres ordonnés par la royauté-, pendant ces siècles tant préconisés, et jusqu'à nos jours. L'histoire de la monarchie, ainsi conçue, serait sans doute doute moins laconique et moins élogieuse que celle de M. Le Ragois , mais elle aurait son côté neuf de philosophie populaire; écrite à l'usage du peuple, et non à l'usage de M. le Dauphin , le peuple y reconnaîtrait la vérité de cette apostrophe de Grégoire : L'histoire des rois est le martyrologe des nations. Nous voudrions avoir le temps d'écrire un semblahle livre ; mais pour ceux qui seraient désireux de s'en occuper, nous allons tracer le sommaire historique de chaque règne.
Pharamond, roi fabuleux, dont les vertus et les vices sont ignorés. Il commit, cependant le crime d'accepter la royauté absolue chez les Francs, libres et égaux jusqu'alors.
Clodion ou Clodius. Ses faits et gestes sont très obscurs. Il engagea sa peuplade dans des guerres injustes contre les Romains, et fut constamment battu par eux. Le jour des noces d'un de ses officiers , il eut l'imprévoyance de faire participer son armée entière aux jeux et aux fêtes ; les Romains survinrent au milieu des réjouissances, et passèrent les Francs au fil de l'épée.
MÉnovÉE. Tout ce qu'on présume de lui, outre sa bataille de Châlons-sur-Marne, c'est que, par une criminelle usurpation, il fit abolir l'usage d'élire les rois, en élevant sur un bouclier le plus brave des chefs, et laissa la couronne à son fils Childéric, qui régna le premier par droit de naissance. Cette histoire est d'ailleurs très peu connue.
Childéhic, roi débauché et dissipateur. L'excès de ses vices souleva contre lui son peuple qui le chassa et nomma à sa place Égidius Siagrius- Celui-ci fut tellement méchant, que les Francs rappelèrent leur premier roi.
Clovis, roi barbare et dévoré de la soif des richesses. Son autorité était celle d'un chef de brigands. A l'instigation de l'évêque Rémi, il embrassa le christianisme, et n'en continua pas moins ses pillages et ses assassinats.
Théodoric, Clodomir, Childebert et Clotaire. Les quatre fils de Clovis eurent tous les vices de leur père , sans hériter de son génie. Ils divisèrent entre eux la Gaule comme une métairie, et entraînèrent^ leurs sujets dans une foule de guerres injustes et sanglantes.
Caribert, Gontran, Sigebert et Chilpéric. Les quatre fils de Clotaire divisèrent encore la Gaule en 56 1. Leur règne est une suite monotone de meurtres , d'usurpations et de brigandages.
Brunehaut etfrédégonde, reines ou régentes, se montrent dans l'exercice de leur tyrannie dignes complices de semblables rois. Le sacrilège, l'adultère, l'assassinat et l'empoisonnement étaient leurs délassemens.
Clotaire II, fils de Frédégonde. L'hietoire en dit peu de chose. On sait seulement qu'il fit assassiner Brunehaut , Boson , Godin ; qu'il enrichit les évêques et les leudes , et s'assujettit le premier à la tutelle des maires du palais. Il était lâche et cruel. Il est un des premiers rois qui ait sacrifié les intérêts de son royaume aux plaisirs de la chasse.
Dagobert, roi fainçant, fit assassiner son oncle Brunulfe. Le reste de son règne il fut remplacé par le maire du palais , et se consola avec ses femmes de son avilissement. C'est le Louis XV
de la première race. Il était cruel comme son père, et fit massacrer neuf mille Bulgares qui voulaient se réfugier en France.
Sigebert et Clovis, rois dévots , imbéciles et fainéans, se bornèrent a enrichir leurs maîtresses et à doter les monastères.
Clotaire III, roi fainéant, laissa régner, sous son nom, Ébroin , maire du palais.
Childéric II fit enfermer dans un couvent Ébroin et Thierri , roi de Neustrie. Pour satisfaire à ses débauches il écrasa le peuple et fit battre de verges un citoyen vertueux, nommé Bodillon, qui blâmait ces exactions. Cet outrage causa la mort du tyran.
Thierri II et Dagobert II, rois cruels, débauchés et fainéans. Leur règne , ou plutôt celui d'Ébroin , maire du palais , est upe suite d'assassinats. Dagobert II périt dans une émeute; Thierri II mourut dans une prison où Pépin l'avait confiné.
ClovisIII , Childebert, Dagobert III, rois imbéciles et fainéans.
ChilpéricII et Thierri III, rois fainéans dont les noms servent seulement pour la chronologie. On en peut dire autant de Carloman , Childéric III et Thierri IV.
Pepin-le-Bref, plus audacieux que ses pères qui s'étaient contentés du titre de maires du palais , usurpe le trône au mépris du droit d'élection, et fonde une nouvelle dynastie.
Charlemagne, génie vaste et entreprenant, étend ses conquêtes en Europe, se fait proclamer empereur d'Occident, et porte la gloire des Francs à un haut degré de splendeur. D'ailleurs ambitieux et cruel.
Louis Ier, roi dévot, faible et imbécile, jouet de ses fils et des évêque^.
Lotiiairk Ier, fils dénaturé et roi despote, se soumet aux moines pour racheter ses crimes.
Charles-le-Chauve, roi lâche, sans vertus, entreprenant et cependant inhabile à exécuter. Jouet des grands , haï du peuple , avare et avide d'impôts ; il laissa par son peu de courage les Normands ravager une partie de son royaume.
Louis-le-Bégue, prince valétudinaire et imbécile, sans vices ni vertus.
Louis III et Carloman , princes faibles et dont le règne fut très court.
Charles-le-Gros , roi lâche et sans énergie ; fit assassiner Godefroi, ennemi qu'il n'osait combattre, signa des traités honteux avec les Normands , et se couvrit d'infamie.
Charles-le-Simple, roi fainéant qui mourut en prison. C'est sous son règne que la féodalité prit sa plus grande extension.
Raoul, roi guerrier et entreprenant.
Louis IV, d'outre-mer , guerrier, imprudent et déloyal. Ses injustes guerres écrasèrent le peuple d'impôts.
Lothaire II. L'histoire s'explique peu sur son règne. Nous savons seulement que le peuple était accablé de charges onéreuses, et livré à une odieuse servitude.
Louis V , roi fainéant. A la fin de son règne, l'empire de Charlcmagne était réduit à la Neustrie et à quelques provinces adjacentes.
Hugues Capet , roi audacieux et cruel. Son règne est rempli de guerres et signalé par les envahissemens de la féodalité , dont luimême relève.
Robert II chante au lutrin , dote les abbayes et fait des miracles.
Henri I". Sous son règne, la guerre et la famine dépeuplèrent la France d'une manière horrible.
Philippe Ier, roi débauché et cruel, altère les monnaies par avarice, et trafique scandaleusement des bénéfices ecclésiastiques.
Louis-le-Gros. Son règne est une série de guerres et de brigandages. Il invente la guérison des écrouelles au moyen d'un attouchement.
Louis VII dit le Jeune, roi faible, dissimulé, irritable et cruel , ravagea la Champagne, et brûla le bourg et le château de Vitry. Treize cents personnes périrent dans cet incendie par les ordres du roi. Perdit une armée nombreuse dans une folle croisade.
Philippe- Auguste fit faire quelques progrès aux lettres et aux sciences , mais partagea les opinions et les vices de son époque.
Louis VIII préféra persécuter les Albigeois , et leur faire la guerre, lorsqu'il pouvait facilement chasser les Anglais qui envahissaient la France.
Louis IX, prince bon et honnête, dont l'Église a fait un saint, pareequ'il jeûnait, se macérait, portait un cilice, se faisait donner le fouet , et enfin pareequ'il dépensa l'argent et le sang de la France à d'inutiles et ridicules croisades.
Philippe III, plutôt moine que roi.
Philippe IV persécuta et brûla les Templiers. Ensuite il se délassa à battre la fausse monnaie, en altérant par ses édits la valeur des espèces.
Louis-LE-IIuTiN , prince violent et cruel. Son règne de deux ans n'est rempli que de supplices et de persécutions.
Philippe V, dit le Long , prince faible et indolent.
Chaules IV, dit le Bel, persécuta cruellement les Juifs, et s'eurichit en altérant les monnaies.
Philippe VI, prince aveugle et sans jugement, eut le malheur
d'être tracassier, et d'allumer, par sa conduite impolitique, entre la France et l'Angleterre, une guerre qui dura plusieurs siècles. Il accrut les impôts , et par suite amena la famine et la peste. Pendant ces calamités, il dansait avec ses courtisans. Les historiens le représentent comme un très mauvais roi.
Jean. L'histoire l'appelle le Bon, et cependant son règne n'est qu'une suite d'actes de despotisme et de traits , qui , dit un écrivain contemporain, caractérisent un tyran, dur, fougueux, colère et cruel.
Charles V. Il est surnommé le Sage, c'est-à-dire, dans le langage du temps , le lettré. Il fut l'ami des moines , et pour satisfaire son avarice, écrasa la France de charges et d'impôts.
Charles VI , roi sans doute bon et vertueux , mais fou. Pendant sa longue démence, la France fut le théâtre des plus horribles calamités. La guerre civile , la famine, la peste, les brigands et les grands seigneurs ravagèrent ce malheureux pays , et tourmentèrent sans relâche la nation. Les Anglais profitèrent de ces affreuses calamités pour envahir le territoire.
Charles VII, prince inepte, faible, et livré à ses maîtresses. Une femme sauva sans lui la France, et la délivra des étrangers : pour récompense, le roi la laissa brûler vive par les Anglais. Voluptueux et ignorant, Charles VII abandonna la France à l'oppression des seigneurs.
Louis XI, prince avare, méchant et superstitieux. Mauvais fils, mauvais père , il fut accusé d'avoir empoisonné son père et son frère. L'histoire l'a surnommé le Néron de la France. Pour expier ses crimes, il enrichissait les églises. Son château était entouré de fossés, de grilles et de gibets, garnis de cadavres.
Charles VIII , fils de Louis XI. Son père l'avait élevé avec cette
maxime : Celui qui ne sait pas dissimuler ne sait pas régner. Il est juste de dire qu'il fut meilleur que son éducation ne pourrait le faire présumer.
Louis XII , économe et vertueux. Il avait de bonnes intentions. Ses fautes et ses erreurs appartiennent à son siècle ; mais la France n'en souffrit pas moins.
François Ier. Ce roi dissipateur et débauché persécuta les protestans avec la cruauté la plus froide et la plus révoltante. Pendant vingt-deux ans , chaque jour de son règne fut marqué par un auto-da-fé ; la cour assistait aux supplices et encourageait les tortures. Le roi établit un tribunal d'inquisition, et une chambre ardente pour juger plus promptement les luthériens. L'espionnage des inquisiteurs, les délations, les bûchers et la servile complaisance des tribunaux vendus à François Ier réduisirent sur tous les points de la France un grand nombre de familles à l'exil ou à la misère ; les biens des victimes étaient confisqués , et celles-ci livrées aux flammes sur le moindre soupçon. Des villages entiers (Gabrières et Mérindol en Provence) furent détruits , et leur population massacrée sans distinction d'âge et de sexe.
Ce roi, surnommé le Père des lettres, rendit le i3 janvier 1 535 un édit portant l'abolition de l'imprimerie, défendant toute impression de livres dans le royaume , sous peine de la hart.
Henri II, prince cruel et inepte , toute sa vie dirigé par des maîtresses , des courtisans , sa mère Médicis , et le cardinal de Lorraine.
Continuation des massacres, bûcher et supplices commencés par son prédécesseur.
Fiunçois II, âgé de seize ans, ne règne que dix-sept mois. Pcrsécutions'et supplices de luthériens. Commencement des guerres de religion.
Charles IX ordonne les affreux massacres de la Saint-Barthélémy. Dix mille protestans égorgés à Paris, vingt mille dans le reste de la Franee. Le roi donne lui-même l'exemple.
Henri III, prince lâche et livré à la débauche; son règne est celui des mignons et des capucins. Les persécutions religieuses continuent par-tout où les protestans ne sont pas les plus forts. Ce prince avait, comme Charles IX, tiré sur les Parisiens la nuit des massacres.
Henri IV dilapide nos finances par sa passion du jeu et ses prodigalités à l'égard de ses maîtresses. Ce prince qui , malgré ces fautes, est encore le meilleur de nos rois, ce bon Henri, punissait des galères le braconnier qui tirait sur le gibier royal.
Louis XIII. Guerre civile rallumée entre les catholiques et les protestans. Long despotisme de Richelieu; nombreuses victimes condamnées par la servilité des juges.
Louis XIV, surnommé le Grand. Tyran glorieux et prodigue qui paya des historiographes , des poètes , des sculpteurs et des peintres , pour créer sa renommée. Ses guerres longues et continuelles épuisèrent la France d'hommes; ses fêtes et sa passion pour les monumens nécessitèrent de nombreux impôts qui appauvrirent la nation: c'est là néanmoins le beau côté de la médaille. La fin de son règne fut dirigée par les jésuites et une vieille dévote. L'édit de Nantes fut révoqué à leurs instigations , et cent cinquante mille familles protestantes , dépositaires de notre industrie, quittèrent le territoire français victimes de leur attachement à leur religion. Ceux qui restèrent furent , pendant longues années , traqués comme des bêtes fauves , embastillés ou pendus. Des régimens de dragons convertissaient, le sabre à la main, les populations du Midi et arrachaient les enfans à leurs mères. Louis XIV
mourut après soixante-dix ans d'un règne fastueux et tyrannique ; le peuple se réjouit de sa mort et insulta au cadavre du grand-roi.
Louis XV, livré toute sa vie à des maîtresses du plus bas étage qui régnent sous son nom, est le modèle le plus accompli du despotisme dans sa décrépitude. La France descend sous son règne au dernier rang des nations de l'Europe. Ses prodigalités , jointes à celles des règnes précédons, achèvent la misère du peuple. On se réjouit à sa mort, et cependant XAlmanach royal le surnommait le Bien-Aimé.
Louis XVI
Louis XVIII. Voir à la Biographie des Contemporains les articles : Ney, Labédoyère, Mouton-Du vernet , Faucher, Lallemand , Didier, Carbonneau, Bories, Raoulx, Goubin, Pommier, Berton , Caron , Caffé, Vallée, etc., etc., et cent autres que nous ne pouvons citer faute d'espace. Se rappeler en outre les dépèches télégraphiques, les agens provocateurs, les assassinats du Midi, la guerre d'Espagne, etc.
Charles X. La rue Saint-Denis en 1827; la mitraille des trois journées !...
Maintenant, l'histoire à la main, comparez, et, si vous l'osez, condamnez la nation de 89 et celle de i83o ! !
2 « Le fouet en main, il dit aussi : L'Etat, c'est moi. »
On se rappelle que Louis XIV, à peine âgé de dix-sept ans , et s' essayant au despotisme, entra subitement, le fouet à la main, à la suite d'une partie de chasse, dans la salle d'audience du parlement de Paris, et fit aux magistrats des remontrances sévères accompagnées de menaces.
C'est le même prince qui , dans une autre circonstance , et plus tard , interrompit le discours d'un conseiller qui lui disait naïvement : « Le roi et l'État. » L'Etat, c'est moi, dit le despote. Le conseiller humilia sa raison devant cet axiome qui fit fortune et servit à la France de Charte constitutionnelle jusqu'en 178g.
3 « Barrez dès le matin l'église à deux battans. »
La cour, pour empêcher la réunion des députés du Tiers, fit fermer la porte des églises des Récollets et de Saint-Louis. C'est alors que les députés se décidèrent à prendre le jeu de paume pour tenir leur séance.
4 « Et la liberté sainte aux murs d'un jeu de paume. »
Le jeu de paume servait aux exercices des princes , et sur-tout du comte d'Artois. Ses murs étaient noircis et dépouillés. Il n'y eut, pendant toute la séance, que deux ou trois mauvais bancs et une table. Mais, dit un écrivain de l'époque, ce lieu s'agrandit par la majesté de l'assemblée. Les galeries se remplirent de spectateurs; la foule du peuple entoura la porte, et dans les rues, à une grande distance, se pressa pleine d'intérêt.
Le jeu de paume est aujourd'hui un atelier de menuiserie.
5 « Dans le serment du peuple il ne voit qu'une émeute. »
Dans un des premiers mouvemens de 1789 , le roi s'écria, consterné : « Mais c'est donc une émeute! » LaRochefoucauld-Liancourt lui répondit : Non, sire, c'est une révolution.
Louis XVI et sa cour étaient venus jusque-là sans le savoir !
6 « Demander un moment à monsieur le bourreau. »
Lorsque madame Dubarry qui , sortie des dernières classes de la société, était parvenue à gouverner despotiquement Louis XV et la France, fut condamnée à mort et conduite au lieu du supplice, elle s'exhala en cris affreux tout le long du trajet. Portée sur l'échafaud, sa dernière parole fut celle-ci : « Un moment, monsieur le bourreau!... »
14 JUILLET 1789i LA BASTILLE.
5 ET 6 OCTOBRE 1789s LE PEUPLE A VERSAILLES.
9 THEBMIDOB AN 3
30 JUIN 1792s LE PEUPLE AUX TUELEBIES.
lO AOUT 1793s LE PEUPLE BOI.
1» PBAIBIAL AN 3
I £jj PEUPLE A LA CONVENTION.
13 VENEEMIAIRE AN 3
BONAPARTE
SAINT-OLOUE.
CONDITIONS DE LA SOUSCRIPTION
Les Douze Journées de la Révolution seront publiées en douze livraisons, avec une gravure pour chaque journée, dessinée et gravée à Teau-forte par MM. Johannot et Raffet, tirée sur papier de Chine.
Il paraîtra trois livraisons par mois.
douze livraisons in-octavo
Imprimées sur beau papier des Vosges, par Jules
Didot l'aîné.
Prix : i fr. 5o c. la livraison de 3 2 pages avec une gravure tirée sur papier de Chine, et 1 fr. 70 parla poste.
TARIS.— IMPRIMERIE DE JULES DIDOT l'aÎNE, RUE DU PONT-DE-LODI , N° 6.
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DE LA
POEMES
PAR
PARIS
PERROTIN, ÉDITEUR
RUE DES FILLES-SAINT-THOMAS, N° l, ET RUE NEUVE-DES-MATHURINS, N° 54 (CHAUSSEE DAiNTIX)
M. DCCC. XXXII
Le serment du jeu de paume n'était que le prologue d'un grand drame. L'heure approchait où l'insurrection parlementaire allait être suivie de la révolte des masses; où le peuple , las d'être spectateur oisif de sa régénération sociale , devait prendre part à la lutte et peser dans la balance avec ses haches, ses piques et ses canons.
Un lit de justice eut lieu le 23 juin dans la salle ordinaire des Etats. Les deux premiers ordres furent installés avec les formes de l'étiquette, mais on laissa longtemps le Tiers-État attendre sous le vestibule. A la fin les Députés du peuple se lassèrent de cette ridicule tribulation; ils allaient se retirer. On se décida à ouvrir, ils entrèrent.
Louis XVI fut introduit ; il adressa une longue série de reproches aux États, et fit donner lecture d'une déclaration constitutionnelle. Cet édit cassait les arrêtés du Tiers et les mandats impératifs, et déterminait certaines formes réglementaires. Le roi ordonna ensuite à l'assemblée de se séparer, et se retira lui-même au milieu du plus profond silence. Après son départ tous les membres de la noblesse sortirent ainsi qu'une partie du
clergé; les communes demeurèrent à leur place et en silence. Le grand-maître des cérémonies , Dreux-Brézé , s'approcha de Bailly, et lui dit: «Monsieur, vous avez « entendu les ordres du roi. » La nation assemblée napas d'ordre à recevoir , répondit le président du Tiers. Ce fut alors que Mirabeau prononça ces immortelles paroles : « Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la « volonté du peuple , et que nous n'en sortirons que par « la force des baïonnettes. » Dreux-Brézé se retira.
Mais la cour ne se tint pas pour vaincue. Les ordres du roi amenèrent à Versailles, à Paris ou dans les environs, de nombreuses troupes prêtes à agir. On parlait hautement de reléguer rassemblée à Soissons,ou de la dissoudre par la force. Le ministère fut recomposé , et le Genevois Necker, directeur-général des finances, fut exilé à Coppet.
Cependant une effervescence singulière se manifestait à Paris. Dès la nuit du 1 2 au 1 3 juillet , les principales barrières furent incendiées. Le prince de Lambesc pour étouffer l'émeute chargea les citoyens à la tête d'un régiment étranger, et tua de sa main un vieillard, aux Tuileries. Ce meurtre fut le signal de la vengeance.
Le premier coup frappé sur le vieil édifice lézardé et décrépit de la monarchie capétienne fut la prise de la Bastille par le peuple de Paris soulevé au nom de la liberté et de l'égalité. C'est ce glorieux événement qui forme le sujet de la deuxième journée.