‹ Douze journées de la révolutionChapitre 25 sur 53 · DU TRENTE-UN MAL · texte numérisé non relu

DU TRENTE-UN MAL

' 3i mai 1793, LES GIRONDINS.

Cette mémorable journée, où tomba la Gironde, est vulgairement désignée, dans l'histoire de la révolution, sous le nom de journée du 3i mai; ce jour-là cependant ne fut remarquable que par la suppression de la commission des douze ; mais l'auteur a cm devoir adopter cette fausse date. Ce fut seulement le 1 juin que la Convention, cernée par les bandes de la Commune, et intimidée par le canon d'Henriot, décréta l'accusation des Girondins.

Ceux qui périrent le 3i octobre n'avaient pas tous été compris dans cette première proscription. La Convention frappa successivement de ses décrets d'autres membres de la Gironde qui furent jugés et exécutés avec les premiers le 3i octobre, au nombre de vingt-un, et non de vingt-deux, ainsi que la plupait des historiens s'obstinent à l'énoncer.

Ces vingt-un députés sont: Brissot, Gensonné , Vcrgniaud,

Dupcrret, Carra, Gardien, Valazé, Duprat, Sillery, Fauchet, Ducos, Fonfrède , Lasource, Beauvais , Duchastel , Mainviellc , Lacaze, Lehardy, Boileau, Antiboul, Vigée.

Ce grand événement offrait donc deux actions aux inspirations du poète : la séance du 2 juin, où la Gironde fut écrasée sous le poids de la Montagne , et la dernière scène de cet épisode , consommée le 3i octobre par le supplice des Girondins. L'auteur s'est déterminé pour cette dernière , comme plus dramatique.

2 « Un seul semble faire défaut,

« Son fidèle poignard crut tromper Téchafaud. »

Valazé, décrété d'accusation, aurait pu s'évader s'il l'eût voulu; il consulta Lacaze , son ami , sur ce qu'il avait à faire , et celui-ci le dissuada de partir. Bientôt on avertit Lacaze qu'un semblable décret le menaçait lui-même : on lui offrit de le mettre en sûretéo Non, dit Lacaze; c'est moi qui suis cause que Valazé ne s'est point enfui ; si mon ami meurt, je veux partager son sort.

En entendant prononcer l'arrêt de mort, Valazé se perça d'un stylet dans la salle même du tribunal. Son voisin le voyant frissonner et pâlir lui dit : Tu trembles, Valazé ! non, répondit-il 9je meurs, et il tomba.

Tous les détails de ce poëme sont rigoureusement historiques.

Il est faux qu'au moment de leur condamnation les vingt-un Girondins aient jeté des assignats au peuple, dans l'espoir d'exciter un mouvement en leur faveur. Prudhommc a contribué à répandre cette calomnie ; il les a même représentés , dans une de ses gravures, au moment où ils se lèvent de leurs bancs, et éparpillent les assignats dans la salle. Voici ce qu'on lit à ce sujet dans le1»

Mémoires de Buzot, page 173 : « Les accusés, pour répondre et se « défendre, recueillaient, pendant les débats, ce qu'on disait, sur « des notes écrites. Tout-à-coup Antonelle déclare que le jury est « suffisamment instruit. Les accusés déchirent leurs notes et les « jettent au vent. »

Le courage des Girondins , après leur condamnation , sera à ja^mais célèbre. Ducos composa un pot-pourri extrêmement gai. Les condamnés firent ensemble leur dernier repas ; Valazé seul y manquait ! Ce banquet fut joyeux comme celui d'une fête. Un

domestique de Duprat les servait en pleurant. Son maître le consola , lui parla avec bonté de ses services , et lui recommanda sa femme. Ce fidèle domestique vendit depuis une petite rente qu'il possédait pour soutenir la femme de Duprat, réduite à la misère.

3 « Soyons joyeux ; demain nous serons chez les

morts. »

Ces formes de style étaient familières aux orateurs de la Gironde. Vergniaud puisait, dans les souvenirs de la Grèce , ces poétiques images , ces comparaisons mythologiques qui abondent dans ses discours. Dans leur dernière veillée à la Conciergerie, ces illustres condamnés , par leur courage, leur philosophie et leur langage, réalisèrent véritablement la scène du Phédon.

4 « Le jour où je parlai des enfans de Saturne. «

Vergniaud avait prophétisé son destin , quand il avait dit : La révolution, comme Saturne, dévorera ses propres enfans.

5 « Ce poison , le voilà »

Les hommes de cette terrible époque se plaisaient à imiter les

26li NOTES.

anciens dans leur manière de vivre et de mourir. Beaucoup d'entre eux avaient soin de se munir de poison , et à la dernière extrémité ils avaient recours à ce viatique. Vergniaud conservait avec lui un moyen sûr de prévenir le supplice ; mais comme le poison était insuffisant pour tous ses amis , il n'en fit pas usage pour lui-même , et préféra mourir avec eux.

6 « Tel le jeune Alexandre »

Après Alexandre-le-Grand, ce trait a été reproduit par plusieurs généraux. Le roi David fit la même chose ; pressé par une soif ardente, il s'abstint de boire l'eau qu'on lui avait rapportée d'une source lointaine, et la répandit en présence de son armée.

7 « Et puis , pour abréger cette nuit éternelle, etc. »

On s'accorde à dire qu'à l'issue de leur dernier banquet les condamnés jouèrent une comédie ayant pour sujet, la Descente des Girondins aux enfers.

Plus tard, quand la mort fut devenue un accident de la journée, ce jeu de la guillotine devint un exercice à la mode dans les prisons. Il se faisait au moyen de trois chaises; le patient s'étendait sur celle du milieu, qui était couchée, et au signal donné, la chaise, en s'abattant, imitait la bascule de la fatale planche. Les dames mêmes, à la prison du Luxembourg, prenaient plaisir à ces répétitions de la mort.

8 « Les vingt triomphateurs, rangés en deux convois,

Chantent la Marseillaise avec leur forte voix. »

Tendant leur trajet de la Conciergerie à la place de la Révolu-

tion , la plupart des victimes répétaient à haute voix le premier couplet de la Marseillaise , ainsi parodié :

Allons , enfans de la patrie ,

Le jour de gloire est arrivé ;

Contre nous de la tyrannie

Le couteau sanglant est levé , etc. , etc.

Fonfrède chantait le refrain : Plutôt la mort que l'esclavage.

9 « Le corps de Valazé , suicidé la veille. »

Le cadavre de Valazé avait été placé dans une manne d'osier ; il fut traîné dans la fatale charrette, et assista sur l'échafaud à l'exécution des vingt.

10 « Et la hache infaillible, etc. »

Sillery , comte de Genîis, fut exécuté le premier; il salua la foule et mourut avec courage; presque tous adressaient au peuple des paroles dont on ne saisissait pas le sens. Le peuple criait : Vive la République ! et les Girondins répétaient ce cri. Mainvielle fit entendre distinctement le cri de Vive la liberté ! Brissot et Fauchct au moment de leur supplice montrèrent seuls quelque émotion. Vigée subit la mort après tous les autres.

1 * « Partout où se montraient tous ces proscrits errans. »

Les Girondins proscrits à Paris cherchèrent un refuge dans les départemens. Les commissaires de la Convention les poursuivirent de ville en ville, de caverne en caverne. Guadet, Salles et Barbaroux furent exécutés à Bordeaux; Gorsas, àCacn. Pétion et

Buzot furent trouvés dans un bois , à demi dévorés par les bêtes fauves ; Condorcet s'empoisonna dans un cachot du Bourg-la- Reine ; Roland se donna la mort sur le grand chemin de Rouen ; Riouffe fut détenu quatorze mois à la Conciergerie ; Louvet, après des fatigues inouïes , après un voyage miraculeux , arriva de Bordeaux à Paris ; là il parvint à se dérober à toutes recherches , grâce à l'intelligence et au dévouement de sa Lodoïska.

12 v. Au palais qu'on vient de rebâtir. »

Le nouveau palais de la Chambre des Députés.

14 JUILLET 1789s

LA EASTU1Ï.

5 ET 6 OC3G1B3! 1789s LE rEUÏllE À VERSAILLES,

31 MAI 1793s LES GIRONDINS.

20 JUIN 1792s LE PEUPLE AUS ÏUILEBIES.

9 THERMIEOB AN 2 (27 JUILLET 1794)»

lO AOUT 1792:

1" PBAIBIAL AN 3

2 ET 3 SEPI'EÏVIBEE 1792s LES MASSACRES.

LA MOBT 3DE LOUIS SVÏ,

13 VENDEMIAIRE AN :

BONAPARTE

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Les Douze Journées de la Révolution sera publiées en douze livraisons, avec une gravure poi chaque journée, dessinée et gravée à l'eau-forte p MM. Johannot et Raffet, tirée sur papier de Chin

Il paraîtra trois livraisons par mois.

DOUZE LIVRAISONS IN-OCTAVO

Imprimées sur beau papier des Vosges, par Jul Didot Faîne.

Prix: i fr. 5o c. la livraison de 32 pages avec une gi vure tirée sur papier de Chine, et i fr. 70 c. par lapos^

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