THERMIDOR AN 2. — «7 JUILLET
PARIS
PERROTIN, ÉDITEUR
RUE DES FILLES-SAINT-THOMAS, N° 1, ET RUE NEUVK-DES-MATHURINS , N° 54 (CHAUSSÉE D'ANTIN).
M. DCCG. XXXII
L 2»C 2»C 2fl( 3X 3)C 3)( 3!
f3)(3)(al(a)(3;
Un régne de violence et de terreur est nécessairement passager; tous ceux qui ont voulu en essayer ont trouvé leur neuf thermidor; toutes les histoires déposent à l'appui de cette vérité : quiconque joue avec le sang humain finit par combler la cuve avec le sien. Ro bespierre, qui avait de la portée et de l'instinct, tenta d'échapper au sort commun ; effrayé des cris de la France éventrée, sans doute il rêva le retour vers un système de douceur et de pardon ; sa mystérieuse retraite de quarante jours, ce carême politique qu'il s'imposa sur sa Montagne, ce maintien de cénobite et de mysticisme qu'il affecta, devaient peut-être servir de transition à ce régime de clémence qui était plutôt un besoin de son pouvoir que de son cœur. Mais ce calme, soudain épouvanta plus que sa Terreur; on s'effraya de le voir si peu effrayant; les ambitions rivales, long-temps comprimées, s'agitèrent; on spécula heureusement sur la lassitude et le dégoût qui venaient de tant de san/* répandu; les mauvaises passions s'allièrent aux bonnes contre l'ennemi commun , et le géant de la Terreur tomba. C'était une nécessité.
Il y a des gens qui ne voient dans Robespierre que Robespierre, et qui le jugent comme on fait d'un criminel aux assises : les uns le peignent un cœur d'homme
à la main et l'exprimant dans une coupe pour boire; d autres nous le présentent comme le meilleur des hommes. Robespierre ne savait peut-être pas ce qu'il était lui-même ; la circonstance le prit parcequ'elle avait besoin de quelqu'un pour conduire le peuple aux saturnales de la liberté. Robespierre sera un sujet éternel de méditation, une énigme jetée aux devins ; on se demandera toujours comment il s'est fait qu'un homme, qui n'avait aucune de ces formes physiques qui séduisent, qui parlait avec fatigue pour lui, et ennui pour les autres, qui n'avait pris aucune part aux batailles civiles de Paris , qui acceptait même le reproche de se cacher à l'heure des boulets et des balles, qui n'était ni un Danton , ni un Barbaroux, ni un Vergniaud, ait pu jouer le rôle de Marius, d'Auguste , de Sylla, le rôle des hommes forts, populaires par la gloire, chers aux soldats, et qui pouvaient naturellement affecter la dictature, et signer des listes de proscription.
Robespierre, dit-on, était incorruptible et tenace, il avait un énergique vouloir; c'est possible; mais ces qualités ne constituent pas le dictateur; il en faut vingt autres plus éblouissantes pour le peuple, et celles-là manquaient à Robespierre.
Quant à moi, après avoir lu et médité cent volumes sur lui, je n'ai jamais pu comprendre ni son pouvoir, ni sa popularité, ni le secret de son influence sur les masses. Il paraît qu'aux époques inexplicables, il faut des moteurs inexplicables; heureux les historiens qui comprennent et expliquent tout !