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LA RELIGION DE L'ENFANCE

Laissez venir à moi les petits enfans et ne

LES en empêchez POINT: CAR LE ROYAUME DE

Dieu est pour ceux qui leur ressemblent.

Marc X : 14.

M. F., la religion, le sentiment religieux, la piété sont de tous les âges. A peine l'homme commence-t-il à prendre possession de la vie humaine que l'on voit poindre en lui la faculté religieuse. Cette tendance, guidée, purifiée, développée par la réflexion et l'expérience, l'accompagne pendant tout le cours de sa carrière terrestre et ne le quitte certes pas quand elle approche de son terme. Au contraire, c'est alors qu'elle revendique ses droits avec le plus d'insistance.

Je crois aussi, et il n'en pourrait être autrement, qu'à tous les âges la religion est identique à elle-même , c'està-dire que, bien étudiée, elle se ramène toujours aux mêmes élémens de dépendance et de confiance, de crainte et de joie, inhérens au sentiment de cette absolue perfection que nous

nommons Dieu. Mais il n'en est pas moins visible que chaque âge de la vie imprime son sceau pari:iculier sur la religion de chacun de nous. C'est un seul et même fleuve, mais son cours varie, ses eaux se teignent de dififprentes couleurs, elles peuvent se rétrécir ou s'élargir, couler majestueusement ou s'encaisser dans un lit étroit ou profond. Tout dépend de la conformation des rives.

Je pense donc qu'il serait utile de diriger nos réflexions religieuses sur un sujet aussi important, qui est comme un texte fourni par la nature humaine , cette révélation de Dieu qu'il ne faut pas plus négliger que les autres , que dis-je ? qui est la première et la plus instructive de toutes. Il y a quatre grandes divisions dans la vie, marquées toutes les quatre par de notables changemens dans la manière de comprendre et de sentir les choses, ce qui influe nécessairement sur le cours de nos idées ainsi que sur la vivacité de nos impressions, c'est l'enfance, la jeunesse, l'âge mûr et la vieillesse. Aussi peut-on dire, sans oublier l'unité essentielle de la religion dans ces quatre âges de la vie , qu'il y a en réalité une religion de l'enfance, une religion de la jeunesse, une religion de l'âge mûr, une religion de la vieillesse. Nous commencerons aujourd'hui l'étude à laquelle je vous convie, par la religion de l'enfance. Je n'ai pas besoin de vous dire que notre but serait surtout de rechercher quels sont nos devoirs, à nous qui ne sommes plus enfans, envers ceux qui le^ sont encore, de manière que, sur ce terrain comme sur les autres , notre expérience réfléchie vienne en aide au développement normal et sain des germes religieux que la nature ou , pour mieux dire , le Créateur a déposés dans le cœur de tout enfant venant au monde. Si Jésus, dans notre texte , voulait qu'on laissât venir à lui les petits enfans, c'est bien évidemment comme s'il nous disait, à nous ses disciples: Amenez-les moi.

I. Et d'abord, qu'est-ce que la religion de l'enfant? Qu'est-ce qui la distingue ?

O M. F., je pense que je peux faire appel ici aux souvenirs de la plupart d'entre vous , à des souvenirs bien vénérables et bien doux. Vous rappelez-vous vos premières émotions religieuses? Vous rappelez- vous ce qu'une mère bien aimée vous disait de ce bon Dieu qui est au ciel, et qui, voyant tout, pouvant tout, fait reposer sa bénédiction sur les enfans dociles, et comment vous leviez vers le ciel un regard qu'aucune souillure n'avait encore terni, comme si vous aviez pu percer l'azur et découvrir au-dessus la face du Père céleste ? Vous rappelez-vous vos prières enfantines , vos idées naïves sur le monde supérieur, et comment les cieux et la terre se confondaient dans votre âme en un sourire universel? Oh! que de fois, au milieu des assauts et des orages de la vie, n'avez-vous pas regretté la foi insouciante des premières années ! Que de fois ne voudrait-on pas redevenir petit enfant pour avoir la consolation prompte, l'espérance facile, la confiance entière! On se fait illusion, sans doute, parce que dans les circonstances où nous sommes, avec l'expérience de l'âge mûr, une religion toute irréfléchie et naïve comme celle de l'enfance , si elle était possible , serait impuissante. Mais cela prouve seulement qu'ordinairement et à moins qu'une mauvaise direction donnée au sentiment religieux par une instruction mal inspirée n'ait altéré dans nos âmes le parfum de la fleur naissante, la religion commence par être une joie dans notre cœur.

Ce qui la caractérise encore chez l'enfant, c'est sa spontanéité; j'entends par là que l'enfant, dès qu'il arrive sur le seuil de la vie spirituelle, est religieux naturellement, sans se demander s'il doit l'être ou non. Ce qu'on lui dit sous le rapport religieux, à la seule condition de se

mettre à la portée de son intelligence, il l'accepte sans étonnement, comme une chose qui va de soi. Et de là, M. F., la grâce, la poésie, l'admirable sécurité de la religion de l'enfant. Il s'avance au devant de Dieu comme au devant de la vie, le sourire aux lèvres, le cœur radieux de confiance. Disons-le en passant: dans cette assurance instinctive qui ne doute de rien, qui colore d'avance l'avenir des plus riantes couleurs , il y a toute une prophétie divine, toute une promesse de Dieu. Sans doute, l'enfant qui sourit . d'aise à la vie terrestre se trompe grandement sur ce qui l'y attend. Mais au nom du Dieu vivant, du Dieu qui n'est pas celui des morts, il faut affirmer que cette confiance n'est pas un piège tendu par la nature, il faut y voir le premier en date des indices qui nous prédisent les meilleures choses. Dieu tiendra à l'homme mûri par la vie terrestre la promesse qu'il a faite à l'enfant dès son entrée dans le monde.

En même temps, et cela résulte aussi bien de ce que nous venons de dire que de la faiblesse de son intelligence, la religion de l'enfant est nécessairement simple. Il serait incapable de raffiner, soit sur le dogme, soit sur les formes religieuses. Si *ron veut à tout prix substituer à cette simplicité sereine de nombreuses définitions et des actes compliqués, on lui parle une langue inconnue, on le rebute, on le fatigue, on n'obtient rien. Est-ce un malheur? Non. La religion vraie et pure doit être simple, comme tout ce qui vient de Dieu.

Joyeuse, naïve, spontanée, simple, voilà les caractères que la nature donne à la religion de l'enfance. Encore une fois il faut considérer cela comme une chose qui doit être et que l'on gâte en voulant forcer la nature. Pourquoi Jésus aimait-il les petits enfans? C'est que dans les dispositions instinctives, irréfléchies de leurs âmes, il

Toyait l'indication de ce que l'homme doit devenir avec réflexion et conscience de ce qu'il fait. On a observé depuis longtemps qu'en matière d'art l'homme cherche d'abord à s'éloigner autant que possible de la nature, que l'art suprême est d'y revenir sciemment , et qu'au fond rien n'est plus difiScîIe que d'être naturel. On peut en dire autant de la religion. Ce qui résulte de bien des travaux et de Pexpérience des siècles, c'est que rien n'est supérieur à la foi sereine de l'enfant, quand l'homme fait y revient par la volonté et la réflexion. Pour l'un comme pour l'autre, tout revient à ce simple sentiment: Confiance dans le Père !

Et ici , M. F. , voyez quel avantage nous devons à l'Evangile de pouvoir donner sur-le-champ à nos enfans une notion de Dieu qu'ils pourront , qu'ils devront même développer et rectifier par la suite , mais qu'ils n'auront jamais à abandonner , et qui , à la portée de l'âge le plus tendre , résume pour l'esprit le plus cultivé tout ce que le sens religieux réclame de l'auguste réalité qui est son objet, je veux dire la notion du Père céleste. L'enfant, je parle du moins de la généralité des cas, saisit admirablement vite cette idée du Père céleste. Il n'a qu'à reporter vers le ciel une analogie avec ce qu'il connaît le mieux ici-bas. Le culte de Dieu n'est ainsi pour lui qu'un prolongement de celui qu'il rend d'abord à ses parens. A ces caractères de sérénité, de spontanéité, de simplicité, qui sont les caractères naturels de la religion de l'enfant , nous pouvons ajouter celui-ci qu'elle est aussi naturellement chrétienne.

Nous devions au préalable faire cette analyse. Nous voulons savoir, je l'ai dit, quels sont nos devoirs envers l'enfant sur le terrain de la religion. 11 faut que cette religion enfantine devienne, moyennant une sage direction, le sol où germe la moisson de l'aVenir. Il se peut que, faute de soins ou par une mauvaise culture, cette moisson avorte.

Il se peut qu'au lieu de donner un grain savoureux et nourrissant, elle produise des fruits empoisonnés. Or il me parait de toute évidence que, pour écarter ces dangers, réaliser les espérances, il n'y a rien de mieux à faire que d'entrer dans le plan de Dieu. En matière de culture, en matière d'éducation qui est aussi une culture, il faut aider, favoriser, activer l'action de la nature, et non pas la contrarier ou vouloir lui en remontrer. C'est comme si l'on voulait mieux savoir que Dieu. L'homme n'est devenu agriculteur qu'après avoir observé les conditions auxquelles le grain mûrit, et mûrit bien. Tout son travail aboutit à rendre plus^ faciles les opérations que toute plante abandonnée à elle-même fait spontanément. Voilà pourquoi il était urgent de savoir ce que la religion de l'enfant est naturellement, avant de dire comment nous pouvons seconder son heureux développement.

II. Ici pourtant quelques voix s'élèveront pour protester. Il y a des personnes qui refusent de donner à l'enfance une éducation religieuse proprement dite. Leurs motifs sont que l'on impose malgré soi ses idées à l'enfant et que par là celui-ci est lésé dans sa liberté ; qu'on lui fait faire un choix avant qu'il soit d'âge à savoir ce qu'il fait; que d'ailleurs parler de Dieu à un enfant, c'est se condamner fatalement à lui inculquer des erreurs, puisqu'un enfant est incapable de se former des idées de Dieu dignes de leur objet et se crée toujours plus ou moins une idole. Aussi voit-on des théoriciens qui proposent de bannir entièrement la religion de l'éducation (*).

(*) Il sera peut-être bon de Êiire observer que ces réflexions visent essentiellement réducation domestique, celle de lafemille. L'éducation publique pose sous le rapport religieux un problème beaucoup plus compliqué et dont nous n'avons pas entendu parler dans ce discours.

M. F., au nom de celui qui aimait qu'on lui amenât les petits enfans , je m'oppose de toute mon énergie à ces théories spécieuses. Tous ces argumens portent à faux, et vous allez le voir.

D'abord veuillez remarquer que, si l'on devait attendre pour s'occuper de Dieu que l'on pût se former une idée entièrement exacte de l'Etre absolument parfait, dont la majesté nous éblouit quand nous voulons le regarder en face et dont l'infinité brisé par tous les points les formes que peut lui appliquer notre raison finie, on attendrait toute la vie. Est-ce donc que l'homme est jamais capable d'avoir une idée parfaitement exacte de Dieu? Est-ce que la même distance qui sépare notre notion enfantine de Dieu de notre notion actuelle ne pourrait pas fort bien se retrouver entre celle-ci et la notion que nous serons en état de nous former de l'Etre des êtres quand nous le connaîtrons de plus près? Non. Ce que le bon sens d'accord avec la plus haute raison nous dit sur ce point, c'est que nous devons tâcher de concevoir et de faire concevoir Dieu à tout âge sous les traits les plus augustes et les plus purs que chaque âge puisse comprendre. C'est là le seul terrain sûr où nous puissions prendre pied, et si l'enfant se trompe dans les idées naïves qu'il se fera du Père céleste, l'essentiel c'est qu'il l'aime i le vénère et l'adore : la purification de ses idées se fera d'elle-même et sans effort à mesure que sa raison grandira.

Quant aux autres raisons tirées de la liberté de l'enfant, elles ne valent pas mieux que la précédente. Sans doute , et nous allons revenir là-dessus , il faut que les parens ou les éducateurs ne prétendent pas modeler à tout prix les jeunes intelligences sur le moule de la leur. Sans doute il faut , dans l'éducation religieuse , laisser la porte ouverte à la réflexion, à l'examen qui viendront plus tard, et

surtout dans une ^lise comme la nôtre , c'est notre devoir de dire à nos enfans, dès qu'ils peuvent comprendre la portée d'un tel langage: Ne crois pas seulement parce qu'on te l'a dit, pense, réfléchis, cherche par toi-même. Mais de là à ne pas intervenir dans le développement du sentiment religieux de l'enfant, de là à ne pas lui procurer les douces émotions, les délicieux souvenirs dont je parlais en conmiençant, il y a un abîme. Qu'encore ici la nature — et n'oubliez pas, je vous prie, que l'indication de la nature est celle de Dieu — la nature, dis je, soit notre guide. Le père et la mère ont trop de joie à suivre l'éclosion du sentiment religieux dans l'âme de leurs enfans, pour que cela ne soit pas conforme à la vraie méthode de l'éducation des âmes. Au surplus, qu'aurezvous gagné pour la liberté de vos enfans en les abandonnant complètement à eux-mêmes sous le rapport religieux? Pouvez-vous empêclier la société qui vous entoure, les traditions nationales , votre exemple à vous-mêmes, d'influer dès la première heure sur leur pensée religieuse? Pouvezvous les soustraire au milieu social où vous vivez et où ils grandiront mêlés à toutes les vérités et à toutes les erreurs qui y ont cours? Les éléverez-vous dans un désert? Prenez garde qu'au lieu de votre intervention éclairée, prévoyante, affectueuse, vous ne les livriez simplement à des influences subalternes et superstitieuses. Il y eut un temps, bien lointain, mais retrouvé par la science moderne, où il ne pouvait y avoir d'éducation religieuse par la raison qu'il n'y avait pas encore de religion enseignée ou traditionnelle, un temps où l'homme, encore enfant d'esprit, était précisément au point de vue religieux ce qu'on voudrait que nos enfans fussent aujourd'hui, c'està-dire qu'il était entièrement abandonné à lui-même. Croyezvous que l'homme, jouissant ainsi de sa pleine indépen-

dance, arriva tout d'un coup à la vérité religieuse? Nullement. L'homme se fit païen, polythéiste, il adora la nature visible. Cela devait être, l'humanité devait passer par là ; mais comme, sous aucun autre rapport, vous n'élevez vos enfans dans la condition du sauvage à peine arrivé au seuil de la vie de l'esprit , comme en fait de vêtement, de nourriture, de savoir et de goûts, vous entendez les faire profiter immédiatement et dans la seule limite de leurs forces de tout ce que les siècles accumulés nous ont légué de bien-être, de connaissances et de civilisation, il serait tout simplement absurde de faire pour la religion une exception que rien ne justifie.

III. Donc l'éducation religieuse est un devoir pour nous, un droit parconséquent pour nos enfans. Mais comment et dans quel sens faut-il la diriger?

Rappelons-nous» les caractères naturels de la religion de Tenfant, cette simplicité, cette naïve confiance, cette spontanéité qui en fait le charme et la fraîcheur. Ne voyezvous pas que l'une des premières indications qui nous soit donnée par là, c'est que les alimens qu'il nous faut offrir à sa conscience religieuse doivent être simples comme elle ? Le Père céleste, son amour, sa sainteté, sa présence dans la nature et dans la conscience, les paroles et les actes les plus faciles à expliquer de celui qui nous l'a fait connaître, voilà ce qu'il faut lui donner en pâture. Lui apprendre de bonne heure à admirer les œuvres de Dieu, à bénir sa providence, à lui rendre grâce de ces mille bienfaits auxquels l'habitude nous rend trop insensibles, rattacher tout de suite l'idée de Dieu à celle du bien qu'il faut faire et du mal qu'il faut fuir , lui faire sentir que quand on a fait son devoir, on n'a plus qu'à se confier au Père tout puissant qui nous l'a prescrit, lui faire prendre goût à la

prière, mais tout cela simplement, brièvement, à la portée de son intelligence , voilà ce qui est indiqué par la nature , voilà le fondement de l'édifice sur lequel le reste pourra s'élever sans peine.

Surtout, pas de dogmatisme. Ne cherchez pas à faire de vos enfans de petits théologiens précoces qui ne seraient que ridicules. Je souffre quand je vois à quelles absurdités l'étroitesse théologique a pu pousser certains éducateurs. D est une foule de questions qui nous préoccupent, mais dont l'enfant ne peut rien savoir, en particulier les questions de la grâce et du péché. Quand on pense qu'il existe des livres dits d'éducation où l'on fait dire à des enfans de six à huit ans qu'ils sont profondément corrompus et souillés et qu'ils n'ont de paix que celle qu'ils doivent au sang du Christ! Oh ! que l'apôtre Paul avait mieux compris la chose ! Pour lui, l'âge de l'enfance était celui de la loi; l'âge mûr, celui de la grâce. Il faut en effet, pour apprécier la doctrine de la grâce, avoir en soi l'expérience du péché, de sa misère morale ,' de son impuissance , avoir faim et soif de relèvement et de miséricorde. Tout cet ordre de sentiraens, toute cette dialectique intérieure est absolument lettre morte pour l'enfant, et si l'on peut en surcharger sa mémoire , on ne parviendra jamais à la faire descendre dans son cœur. Encore une fois l'enfance doit être sous la loi , c'est-à-dire que tout se borne pour l'enfant à ceci qu'il est bien d'obéir, mal de transgresser, et qu'on est toujours malheureux , quand on a mal fait. C'est la vertu chrétienne, et non le dogme plus ou moins chrétien, qu'il faut lui enseigner.

J'aborderai pourtant une question spéciale dont nos habitudes, les traditions de notre église et les nécessités elles-mêmes d'une bonne éducation religieuse réclament la solution.

L'enfant n'aime pas l'enseignement abstrait, c'est à dire donné directement d'une manière générale et impersonnelle. Il lui faut des faits particuliers, des histoires, et, je l'ajouterai, du merveilleux. On veut bannir ce dernier élément de l'éducation moderne: j'estime qu'on a tort. Je n'aime pas plus les petits rationalistes que les petits orthodoxes: les uns et les autres sont pédans, manquent de sérénité et bientôt de sincérité religieuses. Le tout, c'est de bien choisir le merveilleux. Or, d'après nos habitudes traditionnelles, on satisfaisait à ce goût dans nos familles par les intéressantes histoires de l'Ancien et du Nouveau Testament. Voici maintenant la question telle qu'elle se pose: nous n'acceptons plus nous-mêmes toutes ces histoires avec la docilité qu'on pouvait avoir autrefois. Il est tel de ces récits qui nous répugne, tel autre que nous tenons pour inadmissible, tel autre que nous savons contraire aux- faits les plus avérés. Que faire donc ? Continuer de raconter comme vrai à nos enfans ce que nous savons faux? Ou bien les laisser dans l'ignorance en nous bornant aux conseils d'une morale abstraite et sans prise sur leur âme? La question est délicate. Elle m'est souvent posée. L'expérience nous apprend que des enfans, sinon en très bas âge, mais encore bien jeunes, font spontanément à leurs parens des questions ou des objections qui dénotent combien la foi pure et simple des générations qui nous ont précédés devient impossible dans nos sociétés modernes. Voici ce que je considère comme la voie la plus sûre et la plus pratique.

Je pense d'abord que l'enfant doit connaître la tradition biblique. On peut, on doit la lui raconter tout simplement telle qu'elle est dans les Livres saints , en lui disant que, quand il sera plus grand, il comprendra mieux bien des choses qu'on ne pourrait lui expliquer encore. Selon

les circonstances , le développement plus au moins précoce, on pourra lui donner quelques explications élémentaires. Si vous ne savez pas vous-mêmes donner à l'enfant toutes les explications qu'il désire, renvoyez-le au pasteur qui fait ou qui fera son instruction catéchétique. Mais surtout, je vous en supplie, pas de formules despotiques, ne lui interdisez pas de penser, de réfléchir sur ce qu'il entend. Je le répète : raconter l'histoire sainte sous sa forme ordinaire et dire d'avance qu'elle renferme bien des choses dîfiSciles qu'on saura quand on pourra les savoir, voilà selon moi la vraie méthode à suivre. D'un côté, vous ne lui fermerez pas cette source incomparable de poésie, de bons enseignemens , d'impressions augustes ou ravissantes, que nous ouvre à tous l'histoire sainte; de l'autre, vous ouvrez vous-même la porte par laquelle il entrera plus tard sur le terrrain de la réflexion et de la critique. Ne croyez pas, si vous agissez de la sorte, qu'il en vienne jamais à mépriser l'histoire sainte : au contraire , il l'aimera toujours et la comprendra de plus en plus. Savez-vous ce qui arrive à ceux qu'on a courbés despotiquement sous le joug d'une foi imposée? C'est que, par la suite, les objections devenant plus fortes que leur soumission , ils rejettent tout en bloc et nous donnent l'exemple de ces incrédulités affligeantes qui prouvent que jamais ceux qui en sont atteints n'ont su ce que c'était que la douceur, la joie de l'adoration. S'ils l'avaient su, jamais il n'y auraient renoncé.

M. F., si j'insiste sur ce point, c'est que je voudrais que toujours, à l'heure où l'enfant fait place au jeune homme, la religion ait toujours été pour lui une amie, une bonne conseillère, la joie de son âme , jamais un fardeau, un joug imposé, artificiellement ajusté sur un crâne qui n'était pas fait pour cela. L'un des hommes qui ont

le plus honoré le christianisme du XIX® siècle, Théodore Paxker, qui rendait grâce à ses parens de la bonne direction qu'ils avaient donnée à son développement religieux, disait un jour: Ma tête n'est pas plus naturelle à mon corps que ma religion à mon âme. Et si je tiens à ce que beaucoup d'autres puissent s'approprier de telles paroles, c'est qu'à cette condition seulement la religion devient une puissance intérieure. Grandissant avec nous , elle fait partie de notre personnalité, et nous pouvons compter sur elle aux jours d'orage qui nous attendent, elle ne nous fera pas défaut.

Je le sais, hélas! l'éducation domestique est loin d'être toujours sufl&sante pour contrebalancer les mauvaises influences du dehors aussi bien que les mauvaises inspirations du dedans. Que de fois ne voit-on pas les jeunes gens tromper toutes les espérances qu'avait fait concevoir leur éducation soignée ! Que cette triste expérience ne soit toutefois jamais un motif d'indifférence ou de découragement pour les parens. La même expérience prouve que les bons principes, les bons exemples, les bons enseignemens de l'enfance peuvent être recouverts plus ou moins longtemps par le flot des entraînemens vicieux , mais il est bien rare , si même il arrive jamais, qu'ils se perdent. Et celui à qui son père et sa mère ont légué un pareil trésor le retrouvera toujours tôt ou tard. Et quand les passions déchaînées auront porté leurs tristes fruits, quand l'heure de la réflexion et du regret tardif aura sonné , croyez bien que le fils prodigue se souviendra de la maison paternelle , et qu'aux jours mauvais il ouvrira lui-même son cœur pour y chercher au plus profond ce qu'un père et une mère lui avaient dit aux temps heureux de la première innocence. O pères et mères , qui savez vous imposer tant de sacrifices eft de peines pour constituer la fortune matérielle de vos

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enfans, sachez vous en donner aussi pour anoblir et enrichir leur cœur. Ne considérez jamais comme inutile ou destiné à se perdre le bon grain que vous semez dans leur âme. Ce grain est de Dieu et ne saurait se perdre absolument. En revanche, j'ai entendu plus d'une fois des hommes faits se plaindre amèrement de ce que leurs parens n'avaient jamais songé qu'à leur position matérielle; et je puis bien vous assurer, si vous ne le savez pas déjà par vous-mêmes , que le jour où il faut suivre le cercueil d'un père ou d'une mère, c'est le souvenir de leurs directions morales et religieuses qui les rend le plus vénérables et qui vient encadrer comme une céleste auréole leur image gravée au fond de nos cœurs.

Oh! c'est que tous les conseils que j'ai cru devoir vous donner ne serviraient de rien , s'ils n'étaient pas commentés et rehaussés par l'exemple que vous (donnez vous-mêmes à vos enfans. Vous le savez bien , les enfans sont tout à la fois naïfs et observateurs. Bien vite ils surprendront le désaccord, s'il existe, entre vos conseils, vos exhortations et votre conduite. Le même grand homme, dont je vous citais tout à l'heure^ une belle parole et dont les parens n'étaient pourtant que de simples agriculteurs, avait bien plus encore profité de leur exemple que de leurs enseignemens. ir Durant «toute mon enfance", dit-il, »je n'entendis pas mes parens «prononcer un seul mot irréligieux ou superstitieux." Songez donc que vous êtes invités par Jésus à lui amener vos enfans! Songez que la première idée qu'ils recevront de Dieu auprès de lui, c'est qu'il est leur Père céleste. Et quelle affligeante confusion d'idées dans l'âme d'un pauvre enfant, s'il se trouve que cette comparaison de Dieu avec un père n'ofifre rien pour lui de vénérable ni d'attirant I Quelle honte pour celui qui contriste l'âme de son enfant par ce déplorable désaccord entre deux idées, deux notions,

Ôl

qui doivent en quelque sorte se fondre Tune dans l'autre ! Nous sommes prêtres, M. F., médiateurs entre Dieu et nos enfans , tant qu'ils n'ont pas atteint l'âge du discernement. Rappelons-nous toujours cette sainte , cette auguste vérité. Qu'elle élève et purifie notre vie de famille ! Si nous faisons, par. notre expérience, le bien moral et religieux de nos enfans, ceux-ci par leur innocence font le nôtre. En leur communiquant notre expérience, sachons raviver en eux notre confiance en Dieu, notre foi filiale dans son amour de Père.. Tous devant lui, nous sommes de pauvres et faibles enfans. Soyons pour les nôtres ce que nous désirons qu'il soit pour nous.

yii.

LA EELIGION AUX DIPPÉUENS AGES

DE LA VIE

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