V OCTOBRE
Le sable clair du temps fuit des plus larges mains. Les serments et les blocs de pierre se disjoignent; La cendre des héros masque l'ode de joie Et le texte gravés sur la table d'airain.
On sonde le secret profond de l'être en vain, Et le poète, ivre d'azur, d'or et de gloire. Qui va, les bras levés, pour cueillir les étoiles, Heurte du front le cintre bas du rêve humain.
L'heure, hélas! glace et clôt les lèvres bien-aimées; Les feux de belle pourpre expirent en fumées. Et le soleil se couche au fond de tous les cieux.
On se retourne, un soir, sur la route suivie;
11 fait froid, la nuit tombe, on est seul... Pauvre vie
Qu'on n'a pas dévouée au service de Dieu!
Ce cœur mon Dieu, qu'avec des pleurs de sang je t'offre, A des angles aigus et mortels de stylet; Ce cœur qui pèse au fond de ma poitrine, il est Sourd, barbare, et bardé de lames comme un coffre.
Occulte gouffre, au bas de ses cercles d'enfer, La Luxure se mord les griffes et blasphème. Pitié, Seigneur, pitié! Je te l'offre quand même Ce cœur, coffre de haine et sépulcre de fer.
Attise pour y fondre à la flamme ses tares La forge où tu ressous les sceptres et les tiares. 11 faut, car le métal est adultère et dur,
Le rompre, le remettre au feu, le battre encore. O ce cœur qui t'appelle en vain et qui t'adore. Tout le sel de la mer ne le rendrait pas pur !
Ma pauvre sœur, ma pauvre enfant, sois forte et calme. Pense à Dieu, pense à notre amour éternel. Lève Les yeuX;. souris, et vois, d'un battement si faible Mes cils mouillés répondre à ton sourire pâle.
Dis-moi : je t'aime, encor je t'aime, et puis, ne parle Plus : les mots font mal à ceux qui vont mourir. Laisse Ta gorge se gonfler sur mon cœur, à mes lèvres Laisse ta main qui tremble en essuyant des larmes.
Tristement, âprement, nos bouches s'enveloppent Dans un dernier baiser surhumain qui sanglote. Et maintenant, adieu, tout est fini. Silence.
Une feuille en tombant fait ombre sur la lune. Des pas. Un souffle d'air. Et le calme nocturne Est si pur, si profond, que nos âmes s'entendent.