I. — La constitution de l’état septicémique
Des constatations fréquentes en clinique montrent que les germes pathogènes véhiculés même en abondance dans le torrent circulatoire peuvent en disparaître très rapidement. Pax’mi les causes qui président à cette élimination, Bull, et surtout Govaerts, ont mis en évidence le rôle dévolu aux plaquettes sanguines auxquelles s’accolent les microbes en circulation pour subir ultérieurement la phagocytose dans les capillaires.
Il convient aujourd’hui d’assigner à tout un système cellulaire un rôle important dans la fixation et la destruction des microbes circulants. Cette notion ressort
de toutes les acquisitions récentes sur la physio-pathologie du tissu réticulo-endothélial ; elles ont montré par les techniques de coloration vitale sa fonction bactério-pexique et ses modalités réactionnelles vis-à-vis des bactéries et des poisons. Il est possible de suivre histologiquement ses phases d’activité et d’incessante rénovation.
Une nouvelle preuve de l’importance défensive du tissu endothélio-vasculaire au cours des septicémies est donnée par les expériences de blocage. Vient-on, par injection endoveineuse d’une substance inerte, à capter l’activité fonctionnelle du -tissu réticulo-endothélial et à restreindre d’autant son pouvoir ultérieur d’incorporation, on constate qu’une inoculation bactérienne vasculaire, pratiquée quelques heures plus tard, détermine chez l’animal en expérience et chez le témoin des résultats dissemblables.
Voici deux protocoles extraits de nos recherches personnelles :
Le 10 novembre 1926, on inocule à un lapin 30 cmc. d’une solution d’encre de Chine à 3 p. 100. Vingt-quatre heures après, le même animal reçoit une injection de 4 milliards de colibacilles. La numération des bactéries dans le sang, effectuée sur ce lapin et sur un lapin témoin, donne les chiffres suivants :
4S min. 40
LAPIN AYANT REÇU DE L'eNCRE DE CHINE
du sang après de colonies
injeclion microlienne par
intra-veineuse centimètre cube
du sang après de colonies
injection microbienne par
intra-veineuse centimètre cul
45 min. 80
l’expérience suivante, pratiquée dans
Mêmes résultats dans des conditions identiques :
45 min. 30
45 min. 80
On notera aussitôt que, par rapport au nombre de germes injectés, les différences observées chez l’animal en expérience et le témoin sont minimes. Il ne semble donc pas que le blocage influe sur le mécanisme qui préside à l’élimination immédiate des bactéries. L’écart ne se fait sentir que si l'on envisage la durée du maintien des germes dans le torrent circulatoire. Ajoutons que des expéi’iences pratiquées avec . des agents microbiens d’espèces variées nous ont conduits à des constatations similaires.
La propriété bactério-pexique des cellules du tissu réticulo-endothélial peut s’épuiser. En effet, que des substances toxiques parviennent dans l’organisme en quantités considérables, soit qu’elles émanent du foyer primitif, soit qu’elles résultent de la destruction massive des germes véhiculés, la faculté de fixation du système réticulo-endothélial vis-à-vis des microbes est désormais paralysée. La réaction inflammatoire qui aboutit à. leur phagocytose, puis à leur destruction, étant devenue impossible, les germes se multiplieront dans tout l’organisme, créant ainsi l’infection générale. Une bactériémie d’accompagnement peut donc, dans certaines éventualités, se transformer en une septicémie mortelle.
Ces enseignements doivent servir de base à l’interprétation des symptômes observés en clinique. La constitution de l’état septicémique répond à différentes étapes : existence d’un foyer; production de décharges microbiennes continues ou discontinues ; lyses microbiennes ultérieures; localisations viscérales multiples qui témoignent d’une fixation ou d’une colonisation des germes ; troubles généraux du métabolisme tenant aux destructions cellulaires; enfin, inondation ou non du milieu sanguin à la période préagonique, telles sont, pour une septicémie mortelle, les phases successives de son évolution. Pour fixer dans une juste appréciation la valeur réciproque des symptômes observés, pour en tenter même une interprétation pathogénique, les données précédentes devront servir de guide. Il faudra rechercher dans l’étude sémiologique
des septicémies : 1" les symptômes imputables à l’existence du foyer, son caractère et son mode de production; 2" les signes engendrés par les décharges microbiennes; 3“ lès symptômes relevant de destructions de gei’mes dans l’organisme et les phénomènes toxiques qui en découlent ; 4“ les signes de métastase ou d’élimination microbienne ; 5“les symptômes de généralisation terminale.
Dans quelles mesures l’observation clinique, devant l’intrication des symptômes, laisse-t-elle départir ce qui appartient à chacune des étapes physio-pathologiques ?
II. — Symptômes imputables à l’existence du foyer septicémique.
Par sa définition môme le foyer originel de la septicémie implique des connexions étroites avec le système vasculaire. Il réglera ainsi les décharges microbiennes dans le torrent circulatoire et permettra la généralisation de l’infection primitivement locale.
Le foyer peut correspondre à la porte d’entrée du germe microbien; souvent il est profondément situé, apparu secondairement à une propagation bactérienne de proche en proche, ou encore consécutif à une bactériémie qui a provoqué une métastase. Une place importante doit être réservée aux affections sanguines générales succédant à des foyers amygdaliens ou dentaires (septicémies orales). Parfois la découverte de la lésion initiale demeure infructueuse (septicémie, cryp-
logénétique). L’évolution clinique du foyer infectant masque, le début de l’état septicémique et la notion d’une hémoculture positive ne permet pas toujours de marquer le seuil de la septicémie, puisqu’une infection toute localisée peut s’accompagner d’un passage momentané et éphémère de microbes dans le sang. Les premiers symptômes qui traduisent la généralisation infectieuse sont ceux des décharges microbiennes.