ÉTUDES SUR L’HERPÈS
L’unité des herpès. Avec MM. Teissier et J. Reilly. {Société de Biologie, 14 janvier 1922).
Transmission de l’herpès au rat blanc. Avec MM. Teissier et Reilly. {Société de Biologie, 14 janvier 1922).
L’inoculabilité de l’herpès. Auto et hétéro-inoculation. Avec MM. Teissier et Reilly. {Société de Biologie, Gazette des Hôpitaux, 22 juillet 1922).
L’inoculabilité de l’herpès chez les encéphalitiques. Avec MM. Teissier et Reilly. {Société de Biologie, 3 tév. 1923).
L’herpès et fièvres herpétiques Avec M. Reilly. {Article in Traité de Sergent, Ribadeau-Dumas et Babonneix).
Les belles reclierclies de Loëvenstein, Doërr, Blanc, Caminopétros, celles de Levaditi, Harvier et Nicolau ont ouvert un cliapitre nouveau dans Tétude de l’herpès.
Leurs recherches ont été «urtout d’ordre expérimental.
ÉTUDES SUE l’herpès
Nous avons entrepris des travaux sur la question des herpès, mais en l’envisageant surtout du point de vue de la pathologie humaine..
L’unité des herpès
La présence d’un virus kératogène dans les vésicules d’herpès étant définitiveraenti établie par les expériences des auteurs précités, nous nous sommes demandés si l’herpès dit symptomatique, c’est-à-dire survenant au cours des différentes infections, était de même nature et relevait d’un virus ayant les mêmes propriétés que celui de l’herpès dit spontané.
Pour répondre à cette question, les expériences suivantes ont été réalisées :
Tout d’abo.rd nous avons confirmé l’existence du virus kératogène dans les herpès spontanés ; nous avons retrouvé tous les caractères décrits à la lésion cornéenne du lapin, consécutive à l’inoculation du liquide herpétique ; de même beaucoup de nos animaux ont été secondairement atteints d’encéphalite, ainsi que les auteurs déjà cités l’ont rapporté.
Partant de ces notions bien établies, nous avons étudié de nombreux malades offrant, au cours de diverses déterminations infectieuses, des efflorescences herpétiques sur la face.
Prélevant le liquide des vésicules, des scarifications ont été faites sur la cornée de lapin ; voici, résumés, quelques résultats obtenus :
i” Herpès au cours d’une méningite cerébro-spinale à
P. GASTINEL
méning-ocoques A. L’inoculation cornéenne est suivie, deux jours après, d’une kératite typique ;
2 “ Herpès au cours d’une pneumonie franche aiguë, l’inoculation détermine une kératite en 48 heures.- • 3“ Herpès au cours d’une angine diphtérique, les scarifications cornéennes sent suivies de kératite puis de phénomènes encéphaliques qui tuent l’animal en 8 jours;
4* Herpès au cours d’état grippal. L’inoculation oculaire détermine une kératite suivie d'encéphalite ;
.5® Herpès au cours d’un ictère infectieux, le passage à la cornée détermine une kératite et une encéphalite ;
6" Herpès au cours d’angine érythémateuse, l’inoculation cornéenne provoque une kératite ;
7 ” Herpès survenant chez un malade atteint de syphilis secondaire à manifestations multiples, l’inoculation est suivie de kératite et d’encéphalite;
8“ Herpès au cours des oreillons, les Inoculations déterminent une kérato-conjonctivite.
Le cerveau des lapins ayant succombé à des phénomènes encéphaliques étant, à son tour, inoculé sur une cornée de lapin, reproduit expérimentalement une nouvelle kératite de passage ; d’autre part, les coupes histologiques de ces cerveaux ont montré la présence d’infiltrats périvasculaires dans la région méso-céphalique.
De nombreuses recherches de contrôle nous ont montré que toute tentative de production de kératite chez le lapin échoué, en inoculant le contenu des vésicules de zona, de varicelle, d’érythème polymorphe.
Nous avons recherché si l’apparition d’herpès chez un malade au cours d’une infection était sous la dépen-
ÉTUDES SUD l’hEüPÈ!
dance ou non de l’existence préalable du virus kératog-ène salivaire ; dans les 3 cas suivants où il fut systématiquement recherché (herpès au cours d’un ictère infectieux, au cours d’une ang-ine diphtérique, et enfin d un état grippal) la salive ne contenait pas de virus. Il serait intéressant de délimiter le cadre des angines dites herpétiques parla mise en évidence du virus kératogène dans l’exsudât amygdalien.Mais les conclusions sont soumises à caution du fait du virus salivaire qui peut être normalement trouvé. Dans un cas sur trois, l’exsudât amygdalien a reproduit une kératite très nette sans encéphalite, mais il est impossible d’affirmer si ce virus est la cause de l’angine ou l’hôte de la salive.
En résumé, les faits rapportés montrent que toute différenciation entre les herpès dits spontanés et les herpès dits symptomatiques ne peut être maintenue, à en juger par le même résultat des inoculations sur la cornée du lapin. L’apparition des vésicules d’herpès au cours de différentes maladies infectieuses, devrait donc être considérée comme une véritable complication, c’està-dire comme un état morbide surajouté et relevant d’une autre cause, en l’espèce du virus herpétique.
Il resterait à déterminer pourquoi certaines infections, telles la pneumonie et la méningite cérébro-spinale, s’accompagnent le plus souvent de manifestations herpétiques, contrairement à d’autres maladies, en particulier celles que l’on considère généralement comme dues à un virus filtrant (scarlatine, variole, varicelle, etc.), dans lesquelles il est vraiment exceptionnel de noter^la présence de vésicules herpétiques.
Gastinel . ,
Inoculatailité de l’herpès
Ayant ainsi établi la présence du virus kératog-ène dans les vésicules d’herpès quelles que soient leurs conditions d’apparition, ii devenait intéressant d’aborder la question controversée de l’inoculation de l’herpès.
On sait en effet que l’inoculabilité de cette curieuse affection a été admise par Vidal, Evans, Douaud, qu’elle a été mise en doute par MM. Fournier, Brocq, qu’elle est niée enfin par M. Darier.
On pouvait, en effet, suspecter la légitimité des lésions obtenues.
La question devaitêtre reprise sur des bases nouvelles à la faveur de la réaction expérimentale sur la cornée du lapin.
Nos observations ont porté sur des malades atteints soit d’herpès dit spontané, soit d’herpès survenant au cours de diverses maladies infectieuses.
Le contenu de là vésicule était inoculé par légère scarification au niveau du bras, soit au porteur, soit à d’autres sujets.
La légitimité de la réirioculation était établie par l’inoculation de la lésion obtenue à la cornée du lapin ou du rat blanc.
Voici, schématiquement, les résultats obtenus :
1 “ L’auto-inoculation a été positive i3 fois, négative 3 fois ; la lésion expérimentale apparaît au 2 ® jour, elle est constituée par des vésicules reproduisant le type initial, mais de dimens’uons généralement plus petites ;
Études suh L’nEni'È;
quelquefois elles sont groupées en semis le long- du Irait de scarification.
L’hétéro-inoculation est ég-alement possible, elle le fut 7 fois.
3o La lésion de réinoculation est, à son tour, autoinoculable en série. Chez certains sujets, nous avons pu suivre la reproduction jusqu’au 7 ' passag-e (expérience suspendue à ce moment). Mais le plus souvent, la lésion desse d’étre inoculable à partir du 2 « ou 3 '* passage. A ce moment, l’inoculation détermine seulement une simple rougeur papuleuse, sans vésiculation, mais qui contient cependant le virus kératogène, à en juger par la reproduction ex'périmentale sur l’œil du lapin ; ces passages en série ont été réalisés 6 fois contre 2 .
4 “Les résultats positifs que nous avons observés, ont été notés lorsque le prélèvement du contenu vésiculaire était effectué au début de l’éruption herpétique, de préférence le 2 ® jour.
5“ Quand le malade présente des efflorescences successives de vésicules, il arrive que les inoculations, positives d’abord, deviennent par la suite négatives.
6 ° Dans les cas où il n’a pas été possible d’obtenir la réinoculalion herpétique, le virus n’en existait pas moins dans les vésicules, à en juger d’après le critérium expérimental.
7 “ Le pourcentage élevé de nos résulats positifs semble être expliqué par le fait que les malades observés au cours des mois d’octobre et novembre, période pendant laquelle les éruptions d’herpès sont tout particulièrement fréquentes, et prennent quelquefois l’allure de la
véritable fièvre herpétique (angine, éruption, température).
Convient-il, pour expliquer cette fréquence, d’invoquer des conditions épidémiologiques particulières, parmi lesquelles notamment, l’exaltation du virus ? Nous nous contentons de mentionner le fait.
8° Les tentatives de reproduction expérimentale de l’herpès, par inoculation cutanée à 6 sujets du produit de grattage de la kératite herpétique du lapin, ont constamment échoué.
9 " Parallèlement à ces recherches, des auto-inoculations de contrôle nombreuses ont été pratiquées avec le zona, la varicelle, les vésicules d’eczéma, les bulles d’érythème polymorphe ; elles sont restées toujours négatives.
Herpès et encéphalite
Il était logique de se demander si l’inoculation de l’herpès pouvait être réalisée chez des sujets atteint d’affections à types divers. N’existe-t-il pas des états réfractaires à révolution expérimentale du virus herpétique ?
A ce point de vue nos recherches ont porté particulièrement sur les sujets frappés d’encéphalite léthargique.
Devant les constatations de Doërret Schnabel, Levaditi et Harvier qui aboutissent à l’identité du virus herpétique et de celui de l’encéphalite, il était intéressant d’étudier la réceptivité des encéphalitiques à l’herpès expérimental.
On sait que M. Netter a rapporté plusieurs statistiques établissant l’extrême rareté des éruptions d’herpès au
ETUDES
l’herpès
cours des encéphalites : 2 fois sur 180 cas ; i fois sur 228, d’après la statistique de Mac-Nalty.
■Cette rareté semblerait être interprétée comme l’indice d’un état réfractaire de la peau chez ces malades,.
Pour juger de la question, nous rapportons brièvement les faits suivants :
Chez 7 sujets atteints d’encéphalite de types divers (formes myocloniques et formes oculo-léthargiques) et à toutes les périodes delà maladie — du 5® au 33“ jour — nous avons pratiqué l’inoculation d’un virus herpétique humain par scarification au niveau du bras. Le contrôle des résultats obtenus était effectué par un passage sur la cornée du lapin.
Tous les malades ont réagi à l’inoculation par une efflorescence de vésicules herpétiques des plus typiques.
, Des auto-inoculations ont été faites pendant le cours de la maladie et chacune d’elles a déterminé une nouvelle apparition de vésicules. lia été possible de réaliser jusqu’à, 4 et 5 passages successifs (rechercbes interrompues à ce moment). Nous avons été frappés par l’abondance, dans la majorité des cas, des vésicules d’herpès expérimental, aussi bien à la première inoculation qu’aux passages ultérieurs.
* Dans un cas, chez une femme atteinte d’une forme myoclonique sévère, nous avons obtenu une réaction d’une exceptionnelle intensité et dont l’analogue n’a jamais été observée dans nos recherches antérieures sur l’inoculabilité de Therpès. Elle s’est caractérisée par l’apparition précoce d’une large aréole érythémateuse au milieu de laquelle se détachaient quelques vésicules de
STINEL
dimensions réduites. Celte aréole a persisté durant toute l’évolution des vésicules qui,devenues très volumineuses, ont conflué, formant un placard à contours polycycliques.
Lésions il’herpés expérimental. Passage.s succe.ssifs sur le bras. ,Le sujet étant atteint d’encéphalite)
De ces faits, il résulte que :
1° Au cours de l’encéphalite épidémique et à toutes les périodes de son évolution, le tégument demeure
ÉTUDES SUE l’herpès
réceptif à l’inoculation et au passag-e en série du'virus herpétique.
Herpès expérimentiil. Réinoculation par passages successifs chez une malade atteinte d’encéphalite léthargique
2° La réceptivité au virus herpétique peut même chez certains sujets être tout particulièrement exag-érée, engendrant une réaction précoce et hyperémique qui rappelle les phénomènes d’hypersensibilité.
Dans la conceplion de l’identité des virus herpétique et encéphalitique, il conviendrait donc d’admettre que chez l’homme, une atteinte du riévraxe ne confère aucune immunité au tégument.
Transmission de l’herpès au rat blanc
Au cours de nos études sur l’herpès nous avons été amenés à rechercher si le rat blanc n’était pas susceptible d’être infecté parle virus herpétique.
A ce point de vue nous avons emplo^’é le virus d’origine directe ou de provenance expérimentale, soit de la cornée du lapin, soit du mésocéphale de cet animal mort d’encéphalite.
Nous rapportons les protocoles suivants :
1° Transmission d'herpès d’origine humaine : a) hérités labial spontané, inoculé le 25 novembre sur la cornée d’un l'at blanc ; le 29, kératite légère, pas de phénomène clinique ; l’animal est trouvé mort le 6 décembre. Prélèvement du cerveau pour des passages ultérieurs ; b) herpès labial au cours d’une pneumonie,inoculé le 16 décembre, kératite très légère, mais mort de l’animal le
2° Transmission d’herpès d’origine expérimentale : a) un prélèvement de la kératite d’un lapin, provenant de l’inoculation d’herpès humain, est porté sur l’œil d’un cat blanc le 3 o octobre. Pas de kératite apparente. Mort de l’animal le 7 novembre. Prélèvement du cerveau pour des passages ultérieurs ; b) une émulsion du cerveau
UDES SUI