CHAPITRE XVJI
Faits divers
Nous terminerons ce livre, peut-être déjà trop rempli de détails, par quelques paragraphes destinés à compléter les renseignements précédemment donnés. Dans une œuvre consacrée à l'étude d'un art qui, né dans l'antiquité, ne s'est transformé que d'hier, pour se répandre tout à coup, sous son nouvel état, presque dans toutes les contrées, nous n'avons pas pu tout deviner et tout mettre à sa place. Nous réparons ici quelques omissions et rectifions quelques erreurs.
§ 1 Marche du drainage en France.
Depuis que nous avons rédigé notre long chapitre relatif à la statistique du drainage en France, nous avons reçu quelques communications nouvelles qui tendraient à augmenter la part des travaux exécutés en 1856. Cependant, comme nous avons calculé assez haut la production possible de chaque fabrique de tuyaux qui existait l'an dernier, nous regardons comme restant parfaitement vraie l'appréciation que nous avons donnée pour les travaux qui pourront être achevés en 1857, à savoir, en tout 69,000 hectares. (Voir plus haut, p. 163.)
La rectification la plus importante que nous ayons à faire est relative au paragraphe relatif au Pas-de-Calais ; nous avons reçu de JM. Achille Adam, président de la Société d'Agriculture de Boulogne-sur-Mer, une statistique du drainage d'où il résulte que l'arrondissement de Bou-
244 LIVRE VI. — STATISTIQUE DU DRAmAGE.
logne avait^ à la fin de la campagne 1855-1856, 3,7U hectares drainés au lieu de 500 seulement que nous avions comptés. Cette rectification fait monter de 1,788 hectares à 5,002 la surface alors drainée dans le Pas-de-Calais. Nous avons tenu compte de cette rectification dans le résumé donné à la page 462. Selon M. Achille Adam, en ce moment le nombre de fabriques de tuyaux qui existe dans le seul arrondissement de Boulogne est de 44.
Pour le département de la Meuse, nous n'avons porté qu'à -4 le nombre des fabriques de tuyaux ; il va yjen avoir 9 en activité. Le drainage perfectionné commence à s'étendre dans plusieurs parties de cette contrée où, de tout temps, on a fait du drainage peu profond sous le nom de seules, drains garnis de pierres cassées, tracés sans qu'on s'occupe ni des pentes, ni de la possibilité de l'écoulement des eaux. M. Jacques, cultivateur à Lépina, près d'Étain, a établi une fabrique que nous avons visitée, et il a fait plus de 60 hectares de drainage sur sa ferme, d'une contenance de 138 hectares, qui sera entièrement soumise à cette amélioration.
Nous n'avons porté qu'à 25 hectares l'étendue drainée dans la Haute-Vienne au commencement de 1856; M. Francez, secrétaire du Comice agricole de Limoges, nous a écrit que maintenant (avril 1857) plusieurs propriétaires ont drainé chacun cette même étendue, et que les huit fabriques de tuyaux dont nous avons cité le nombre (voir p. 154) ne peuvent suffire aux demandes, qui s^élèvent de 10,000 à 100,000. Le préfet du département vient de faire un appel au zèle des agriculteurs pour la création de nouvelles fabriques.
Nous sommes heureux d'avoir eu à faire ces rectifications, parce que la publication de notre résumé de l'état du drainage en France, dans \g Journal d'Agriculture
pratique, nous avait fait taxer d'exagération par quelques personnes qui n'avaient pas lu les détails sur lesquels nous nous sommes appuyé pour établir nos chiffres.
Nous n'avons pas tenu compte, avec raison, pensonsnous, des travaux exécutés autrefois avec des pierres. Cette circonstance expliquera la valeur propre de nos chiffres. Cependant il faut tenir compte dans quelques pays des améliorations effectuées par des travaux réguliers où les pierres continuent à être employées. Tel est l'objet de la réclamation suivante, que nous a adressée M. Mares, de Montpellier.
« A la lecture de votre statistique du drainage en France, une réflexion m'a frappe : c'est que l'Hérault est porté pour un chiffre bien faible dans la colonne des surfaces drainées, pour 75 hectares seulement. Vous avez raison si vous ne considérez comme drainées que les terres asséchées au moyen de tranchées garnies de tuyaux; ainsi le relevé de la longueur de tuyaux de drainage fournis par l'atelier où fonctionne la machine de la Société d'Agriculture s'élève, en quatre années (1853 à 1856) à 73,645 mètres; en admettant qu'on emploie, en moyenne, 900 mètres de tuyaux par hectare , cette longueur suffit au drainage de 82 hectares. Mais le drainage au moyen de tuyaux en poterie n'est guère usité dans le département de l'Hérault que pour les terrains argileux dans lesquels on ne rencontre point de pierres ; or c'est le petit nombre. Dans les autres, on draine au moyen de fossés de l'".20 à l^.SO de profondeur, dont la partie inférieure est garnie d'un conduit fait en grosses pierres sèches, recouvert lui-même de 30 centimètres de petites pierres; on comble ensuite le reste du fossé, dont le canal et l'empierrement sont alors recouverts d'une épaisseur de terre qui varie de 70 centimètres à 1 mètre. C'est ce que les paysans nomment, dans le Midi, un valat ratié, et que vous connaissez bien. (Voir t. I, p. 53).
« Autrefois on n'employait guère ce genre de fossé que pour ressuyer certaines portions de terres souvent inondées en hiver; mais aujourd'hui on l'emploie systématiquement pour drainer toute la surface des terres argileuses. Partout où la pii^erre est à portée, on préfère ce genre de fossé , parce qu'on peut, s ans craindre qu'il s'engorge, planter autour des vignes et des aj.bres (mù-
246 LIVRE VI. — STATISTIQUE DD DRAmAGB.
riers, amandiers, etc.), tandis que le fossé à tuyau serait obstrué en peu de temps. Depuis six ans on a beaucoup drainé dans l'Hérault au moyen de ces tranchées; je connais plusieurs domaines où on compte jusqu'à 25 hectares de terre systémaliquemcnt soumis à ce mode d'assèchement; aussi ne serais-je point étonné si, pour le département entier, la surface ainsi drainée s'élevait à plusieurs centaines d'hectares. Il est difficile d'en savoir exactement le chiffre, à moins de faire à cet égard un travail statistique tout spécial. Dans tous les cas , les effets qu'on en obtient sont très-remarquables pour toutes les cultures, et ce drainage tend à se propager. Je ne serais pas étonné qu'il en fût de même dans les autres départements du Midi, où les cultures arbustives tiennent une place considérable, comme dans l'Hérault, et que, pour cette raison, le drainage à tuyaux y prit moins d'extension qu'ailleurs, bien que le drainage s'y répandit par le fait considérablement. «
§ 2. — Sur l'évaluation de la pente des terrains.
L'inclinaison que Ton donne aux drains est de la plus grande importance; on ne saurait trop en tenir compte, et nous reparlerons des inconvénients des pentes trop faibles lorsque nous nous occuperons des obstructions des tuyaux. Ici nous devons revenir sur la définition que nous avons donnée de la pente (t. II, p. 4.3). Nous avons appelé pente la différence de niveau de deux points distants de \ mètre dans le sens même de la pente; c'est d'après cette définition que nous avons donné notre table de réduction des pentes par mètre en degrés. M. Ménétrier, agent voyer en chef de l'arrondissement de Bar-sur-Aube, nous a fait remarquer que la plupart des ingénieurs appellent pente la différence de niveau de deux points distants de 1 mètre dans le sens horizontal. Dans notre définition, la pente est le sinus de l'inclinaison ; dans la dernière elle en est la tangente trigonométrique. Afin qu'il n'y ait aucune méprise, nous donnons ici la table de réduction relative à la définition des ingénieurs, quoiqu'elle nous paraisse moins convenable.