CHAPITRE PREMIER
Introduction j
Quand un propriétaire a constaté qu'un champ a besoin d'être drainé et qu'il tirera un parti avantageux de l'amélioration foncière qu'il se décide à faire exécuter, il doit se préoccuper d'une question avant de faire commencer aucun travail sur le terrain. Pourra-t-il facilement faire écouler l'eau qui sortira des drains dont il projette la pose? Y a-t-il, dans la propriété ou sur ses limites, des fossés qui puissent recevoir cette eau, dont la quantité, ainsi que nous le verrons ailleurs, est souvent très-considérable? N'aura-t-il pas k traverser des propriétés voisines, afin de pouvoir atteindre un fossé d'écoulement naturel? Quels obstacles rencontrera-t-il de la part de possesseurs du sol moins éclairés, ou qui se trouvent dans l'impossibilité pécuniaire de se livrer à une entreprise aussi coûteuse? Y a-t-il dans la contrée des cours d'eau capables d'enlever toute l'eau du drainage? Les cours d'eau seront-ils curés? A qui incombera la charge de l'entretien? Devra-t-il creuser des puits destinés à absorber les eaux du drainage en l'absence de tout autre moyen d'écoulement moins coûteux?
Toutes ces questions sont d'une grande gravité. 11 ne s'agit pas seulement de savoir si dans l'arsenal des lois d'un
262 LIVRE VII. — LKGISLATION DU DRAmAGE.
pays il y a des dispositions favorables ou opposées au libre passage des eaux d'un fonds drainé à travers le fonds inférieur ; il faut envisager le problème d'une manière générale, s'occuper à la fois de l'assainissement complet de chaque bassin fluvial et des moyens d'empêcl'ier les inondations par de bons écoulements de toutes les eaux. On peut affirmer que toutes les nations verront la moitié de leurs terres arables acquérir, par le drainage bien entendu, un accroissement de fertilité que l'on doit évaluer au moins à la moitié de la fertilité actuelle, c'est-àdire que la production totale de chaque nation s'élèverait par le drainage au moins dans le rapport de 3 à 4-. Mais en outre le drainage général doit faire disparaître les causes d'insalubrité qui atteignent tant de contrées et porter un remède absolu au fléau dévastateur des inondations périodiques.
En présence de tels résultats, c'est à des moyens héroïques que tout homme d'État, vraiment digne de ce nom, doit avoir recours pour propager le drainage. Il faut une législation spéciale dans laquelle chacun puisse puiser des moyens efficaces pour travailler sur sa propriété au bien général; ces moyens efficaces sont d'une part l'argent, et d'autre part l'appropriation des cours d'eau aux besoins de l'agriculture. L'Angleterre a compris la question dans ce sens élevé ; après plus d'un siècle de tâtonnements et d'essais peu fructueux, parce qu'ils ne s'appliquaient qu'à des assainissements restreints, le gouvernement britannique a tout à coup élevé le problème du drainage à la hauteur d'une question de salut public. La législation nouvelle, créée depuis -1831, non pas d'un seul coup, mais par des amendements successifs, dont les derniers datent d'hier seulement, est devenue un monument que toutes les nations doivent étudier avec la plus grande attention.
LÉGISLATION ANGLAISE SIR LE DRAINAGE. 2f>3