CHAPITRE VIII
Du drainage dans la Grande-Bretagne
§ 1". — Avant-Propos.
Nous lisons le passage suivant dans le rapport que M. Denison, président de la Société royale d'Agriculture d'Angleterre, président du parlement, vice-président de la classe d'agriculture du jury international de l'exposition universelle de Paris en 1855, a adressé au parlement sur cette exposition :
« Les améliorations les plus considérables ont été obtenues dans la culture des terres fortes : le drainage en est la base. Cette opération, maintenant mieux comprise que par le passé et généralement exécutée à une profondeur suffisante , a changé le caractère agricole de districts entiers, et de sols rebelles et stériles a fait des terres faciles à travailler et productives.
« Il serait intéressant de calculer l'étendue des terres drainées chaque année; mais on n'a pas de données suffisantes pour une estimation détaillée digne de toute confiance. Les opérations de drainage se font au moyen de prêts de l'État, de capitaux fournis par des compagnies, et de l'argent consacré à celte amélioration par les propriétaires du sol.
« Sur le crédit de 100 millions destiné par l'État à des
avances pour le drainage, il a été avancé pendant chacune des trois dernières années les sommes suivantes :
fr.
Total 26,296,075
« Dans quelle proportion les terres drainées sur les fonds publics se trouvent-elles avec celles drainées par les ressources privées? Si le district que j'habite pouvait être pris comme terme de comparaison pour toute l'étendue de la Grande-Bretagne , les terres drainées par l'emprunt consenti par l'État ne seraient pas plus du quart de celles drainées par les capitaux privés. Dans ce cas, la somme totale dépensée pour le drainage, pendant les trois années 1852, 1853 et 1854, monterait à 131,480,375 fr. En comptant 250 fr. de dépense par hectare, on trouve 525,921 hectares drainés en trois ans. Le capital employé en travaux de drainage a été fourni en très-grande partie par les propriétaires; un capital égal a été avancé en engrais par les fermiers des trois royaumes. Ce n'est pas là une »'ague estimation, c'est une certitude réelle; car les ventes de guano du Pérou , faites par MM. Gibbs et C'% ont été, pendant ces trois dernières années :
Tonnes.
Total 430,000
« En comptant 300 fr. pour prix d'achat et de transport, on trouve la somme de 129 millions de francs. » On voit, par cette citation de l'opinion d'uq homme
DU DBAINAGE DANS LA GRANDR-BRETAGNli:. 177
placé aux sources des documents, qu'il est très-difficile de donner avec une complète certitude le chiffre total des travaux de drainage exécutés dans l'ensemble des trois royaumes. Cependant la publication récente d'un rapport lu à la Société des Arts de Londres, par M. J. Bailey-Denton et intitulé : Progrès et résultats du drainage souterrain dans la Grande-Bretagne, nous met en mesure de donner des détails d'un très-haut intérêt sur le drainage en Angleterre et en Ecosse. Ces détails, à cause de la discussion que le rapport de M. Denton a provoquée, ont pris un degré de précision plus grand que nous ne pouvions l'espérer. D'un autre côté nous avons pour l'Irlande les renseignements les plus circonstanciés. Depuis vingt-cinq ans, en effet, le conseil des travaux publics d'Irlande publie des rapports annuels détaillés, à l'aide desquels il est facile de suivre le développement de toutes les opérations d'améliorations agricoles. Nous allons présenter un résumé succinct des rapports des inspecteurs du drainage et des comptes rendus du conseil jusqu'à la fin de \ 855, le 24* rapport annuel publié en 1856 étant le dernier que nous ayons entre les mains.
§ 2. — Drainage agricole et amélioration de la propriété foncière en Irlande.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, on distingue chez nos voisins les améliorations agricoles et l'assainissement général , ou , pour employer les mots anglais : land improvement et arterial drainage.
On trouvera dans le livre VII de cet ouvrage, consacré à la législation du drainage, les lois spéciales en vertu desquelles opèrent les commissaires, les inspecteurs et les ingénieurs de district.
J78 LIVRE VI. — STATISTIQDK DC DRAmAGB.
Nous dirons seulement ici que les lois relatives à l'amélioration de la propriété foncière en Irlande ( landed propertîj imprwement acts) sont les suivantes : iO Vict., cap, 32; 12 Vict., cap. 23; 12 et 13 Vict., cap. 59 ; 13 et 14 Vict., caps. 31 et 113; 15 et 16 Vict., cap. 3i. En vertu de ces lois, les travaux pour lesquels les prêts par l'État sont autorisés sont les suivants :
1» Le drainage des terres par les moyens approuvés par les commissaires;
2° Les sous-solages et tous les approfondissements de la couche arable ; • 3° L'irrigation, le colmatage et le limonage des terres ;
4° Les endiguements contre les envahissements de la mer, ou des eaux de marée , ou des rivières ;
5" Les clôtures, ou les travaux défensifs, ou l'amélioration des barrières , des drains, des ruisseaux et cours d'eau agricoles ;
6° La mise en valeur des terres vagues ou autres ;
7° L'établissement de chemins de ferme;
8° L'extraction des rocs et des pierres ;
9° La construction de nouveaux bâtiments d'exploitation solides ;
40"> La construction de bâtiments propres à former des usines à lin, et l'établissement de cours d'eau ou de prises d'eau destinés à leur fournir la puissance motrice. Dans tous les cas les propriétaires doivent se procurer les machines avec leurs propres ressources.
Les dispositions des divers actes de Vamélioration de la propriété foncière règlent que les avances de l'État se feront en plusieurs versements, ordinairement par cinquièmes de la somme prêtée. Les prêts supérieurs à 62,500 fr. ne peuvent être faits que par des à-compte de 12,500 fr. chacun. Afin de bien fixer l'opinion du lecteur sur les ré-