‹ Drainage des terres arables (volume 2)Chapitre 85 sur 308 · DU DRAINAGE DANS LA GRANDE-BRETAGNE · texte numérisé non relu

DU DRAINAGE DANS LA GRANDE-BRETAGNE

sultals généraux obtenus, nous citerons un passage du rapport publié en 1854 par le Board of public ivorks.

« Dans tous les cas, dit ce rapport, ce sont les propriétaires qui ont obtenu les prêts qui doivent faire exécuter les travaux. L'action du conseil des travaux publics est exclusivement administrative et se borne à la surveillance. Pour garantir aux héritiers et aux ayants droit, de quelque nature qu'ils soient , la valeur entière des sommes empruntées, les inspecteurs du drainage et des améliorations agricoles, commissionnés par le Board of public Works, s'assurent si tous les prêts ou fractions de prêts ont été bien employés à leur destination. En cas de non-réussite dans les travaux par suite de mauvaise exécution ou de déviation dans les projets approuvés on refuse de continuer les autres versements, jusqu'à ce que le mal ait été réparé, et que tous les travaux aient été exécutés d'une manière satisfaisante.

c( L'adoption de ce système de surveillance a présenté de grands avantages. La crainte de la honte et du désagrément qui résulteraient pour les propriétaires, les entrepreneurs et les ouvriers, du refus d'admission des travaux^ les tient continuellement sur leurs gardes. L'approbation des travaux exécutés, suivie d'un nouveau versement, tlatte tous ceux qui y ont concouru, et chacun se remet à l'œuvre avec plus d'ardeur et de confiance.

«En résumé, le système a un succès complet. Quelques propriétaires qui ont obtenu des prêts à plusieurs reprises se sont tisllement félicités de la marche suivie que, quoiqu'ils eussent à leur disposition des capitaux plus que suffisants , ils ont préféré avoir recours aux emprunts faits sur l'État, afin de profiter de l'avantagé qu'ils trouvaient aux inspections des officiers du comité des travaux publics, car ils avaient reconnu que les tra-

vaux exécutés sous la surveillance de leurs propres agents étaient moins bien réussis que ceux entrepris sous le réginne des actes de l'amélioration de la propriété foncière. Ces propriétaires, après l'achèvement des travaux, se sont empressés de s'acquitter immédiatement envers l'échiquier. »

Depuis l'origine du régime adopté en Irlande pour l'amélioration de la propriété foncière, c'est à-dire depuis 1847 jusqu'à la fin de 1853, 3,H9 prêts ont été sanctionnés par le Conseil des travaux publics, et ils se montent à la somme de 58,990,730 francs.

Toutefois, pendant la période qui s'est écoulée depuis 1 847, un certain nombre de prêts, qui avaient été sanctionnés, ont été abandonnés par les propriétaires ou annulés par les commissaires en vertu des pouvoirs qui leur sont conférés par l'acte XXXI des 13* et iA" années du règne de Victoria. Il en est résulté une réduction de 9,239,123 fr. 11 reste donc une légère balance non encore employée sur le capital de 30 millions de francs votés par le parlement pour le service de l'amélioration des terres en Irlande, et il était probable que les sommes qui devaient rentrer devaient faire un capital disponible suffisant pour être employé à de nouveaux prêts en 1836.

Les demandes d'emprunt ont été du reste beaucoup plus considérables que celles accordées; elles se sont élevées à 3,800 pour un capital de 108 millions de francs.

Au 31 décembre 1853, la somme avancée pour des travaux d'amélioration s'élevait à 33,730,730 francs. Sur cette somme, 17,462,216 francs avaient servi à solder 1,632 prêts pour des travaux terminés et pour lesquels ont été délivrés des certificats définitifs. Il a été consenti en outre 1,425 prêts montant à 18,268,413 francs pour des travaux en cours d'exécution. Mais la somme de

Dr DRAINAGE DANS LA GRANDE-BRETAGNE. 181

13, 142,092 francs ayant déjà été employée, il ne restait plus entre les mains des propriétaires, pour servir à les terminer, que la somme de 5,125,047 francs. Sur ces divers totaux, 153 prêts, s'élevant ensemble à la somme de 1,292,500 francs, avaient été consentis pour la construction de bâtiments de ferme. 83 de ces bâtiments, pour la somme de 722,500 francs, étaient complètement terminés; les autres avançaient rapidement. Ces prêts ont été faits de la manière suivante :

Depuis l'origine jusqu'à 1851 . 88

Tolai 153

Les emprunts pour l'élévation de bâtiments de ferme ont eu beaucoup de succès, quoique les propriétaires n'en aient pas profité autant qu'on aurait pu le croire. Cela provient de la disette et du prix excessif des bois et des autres matériaux de construction, de la rareté des bons ouvriers, de la cherté de la main-d'œuvre, causée par l'émigration. Il fallait en outre, pour qu'un prêt put être fait, que le montant du fermage fût au moins de 2,500 fr., ce qui est un chiffre très-élevè pour l'état actuel de l'Irlande, car il exige une grande étendue de terres.

« La plupart des prêts destinés à la construction de bâtiments d'exploitation, disent les commissaires dans un de leurs rapports annuels, ont été faits, soit à de petits propriétaires cultivant par eux-mêmes, soit à des fermiers, la plupart anglais ou écossais ; dans ce cas, leurs exploitations se composent de plusieurs petites fermes réunies. Il y a une grande tendance à s'écarter de la méthode anglaise et écossaise, dans laquelle on emploie un gros capital à III. 11

18?, LIVnE VI. — STATISTlQnK DU CRAIKAGB.

construire des bâtiments d'une grande solidité, dont certaines parties peuvent être remises à plus tard , tandis que le capital qu'elles nécessitent, employé à l'amélioration et à la culture de la terre, rapporte un intérêt plus élevé.

« Mais, aussitôt que les travaux les plus importants sont terminés; que la ferme est drainée, sous-solée et close ; que le bétail, les instruments et les récoltes sont à l'abri, le surplus du capital doit seulement servir à élever des bâtiments beaux et commodes. Telle est l'opinion de beaucoup de bons fermiers et celle des propriétaires prévoyants.

a Danâ l'état comparativement arriéré de l'Irlande, il ne peut y avoir aucun doute qu'il serait peu judicieux de construire des appareils coûteux et compliqués pour la distribution de l'engrais liquide, ou de dépenser 200 à 250 fr. par tête pour loger le bétail, lorsqu'on peut le faire pour 62^50 à 75 fpancs d'une manière à peu près aussi efficace.

« Sous ce rapport, il est donc probable que les fermiers de ce pays sont dans la bonne voie en évitant, pour le moment, les grosses dépenses de bâtisses, pour porter leurs ressources sur l'amélioration et la culture de la terre. »

En général, en Irlande, surtout dans les comtés de l'ouest et du centre, les fermes se composent d'une grande étendue de pâturage et d'une petite étendue de terres en labour. Aussi les constructions de fermes irlandaises se distinguent essentiellement des constructions des fermes anglaises et écossaises. Toutefois, depuis que beaucoup de terres humides, jusqu'alors à peu près sans valeur, ont été drainées et sous-solées, le système de culture alterne à'est introduit dans le pays, et les bâtiments ont pris une importance un peu plus grande. D'après les rapports des ingénieurs, les frais préliminaires pour ces constructions ne se sont pas montés à plus de 1 pour 100 de la dépense,

DU DnAINAGR DAKS LA CnANDE-BRETAGNE. 183

ces frais comprenant l'exécution des plans, devis, estimations, etc., mais non'les dépenses relatives au titre, à l'avertissement et autres formalités prescrites par les actes de l'amélioration foncière.

Quant aux usines à teiller le lin, les demandes d'emprunts ont été rares jusqu'ici. 11 n'y a guère de probabilités qu'elles augmentent beaucoup; la culture du lin ne s'étend que très-lentement. A moins que des prix très-élevés ne viennent offrir un appât suffisant pour contre-balancer la crainte des pertes ordinaires qui résultent des premiers essais, les inspecteurs de districts regardent comme devant rester très-rares les grands établissements de cette nature.

Le succès du drainage complet , des sous-solages, de l'arrachage des pierres, de l'établissement de clôtures et de chemins d'exploitation, etc., a au contraire été trèsgénéral ; nous parlerons ailleurs des effets constatés; nous placerons seulement ici un résumé des travaux exécutés sur les fonds prêtés pour les améliorations de la propriété foncière. Sur ces fonds, on a drainé en Irlande :

De 1848 à 1851 02,107 licclares.

en 1852 6,885

en 1853 3,038

en 1854 2,Î26

en 1855 2,712

Total en 8 ans 00,968

Le prix moyen du drainage a été de 21)6^51 par hectare. L'ensemble des travaux a donc coûté 19,856,681^68.

Une grande partie des terres drainées ont été soumises à des sous-solages; on ne trouve dans les rapports du conseil des travaux publics de l'Irlande aucun renseignement général relatif à la dépense qui incombe à ces travaux dans les frais du drainage.

Les travaux de drainage qui ont été approuvés ont été généralement exécutés en creusant les tranchées à une profondeur de l^.â^ à ["".31, et en espaçant les lignes de drains de 9 mètres à 14 mètres.

Les inspecteurs du drainage sont d'accord pour donner partout la préférence à l'emploi des tuyaux, qui sont reconnus coûter moins et produire un meilleur effet que les pierres cassées; seulement les fabriques manquent encore et l'on s'occupe d'en augmenter le nombre.

§ 3. — Drainage arlériel en Irlande.

Nous allons maintenant nous occuper de la seconde partie des opérations de drainage exécutées en vertu des actes 5 et C Vict., cap. 89; 8 et 9 Vict., cap. 69; 9 Vict., cap. -4; 10 et 11 Vict., cap. 79; 16 et 17 Yict., cap. J30; 18 et 49 Fict., cap. 110. 11 s'agit du drainage artériel avec amélioration de la navigation et de l'emploi de la force de l'eau; c'est un genre de travaux qui n'a pas encore été imité en France, du moins d'une manière générale.

C'est en 184^2 que les travaux de drainage artériel ont commencé en Irlande ; ils sont exécutés pour créer les écoulements principaux, pour améliorer la navigation, pour employer la puissance motrice provenant des chutes d'eau, pour rendre à la culture de vastes terrains marécageux, pour empêcher les désastres trop fréquents causés par les inondations. On trouvera dans les actes du parlement dont nous venons de citer les dates, actes que nous donnons in extenso dans le livre VII de cet ouvrage, les conditions qui régissent cette belle entreprise, aujourd'hui arrivée presque à son terme.

Nous dirons seulement ici que les frais sont supportés soit par les comtés, soit par les propriétaires des terrains

DU DUAINAGK DANS LA GUAMOK-BUETAGNE. 185

qui ont profité des travaux exécutés. Les propriétaires, consultés , devaient payer la première partie des frais lorsque la majorité avait approuvé les projets. Toutefois, le premier consentement des propriétaires n'approuvait qu'une dépense maximum de 3 livres sterling par acre, soit ^85^32 par hectare. Dans les districts où cette somme s'est trouvée insuffisante, on a dii avoir recours à une nouvelle convocation pour obtenir un second consentement des propriétaires. Dans quelques districts, remise a été faite par l'État d'une portion de ces frais supplémentaires. Les frais mis à la charge des comtés sont principalement ceux relatifs à la construction des ponts. Pour le payement des frais laissés à la charge des propriétaires des prêts ont été consentis; les intérêts de ces prêts sont compris dans les sommes à recouvrer. Au 31 décembre 4855, le total de la dépense mise à la charge des propriétaires au sujet de diverses entreprises commencées en vertu des actes sur le drainage artériel, déduction faite des sommes reçues en remboursement pour des travaux imputables aux comtés, s'élevait à la somme de 51,621,475 francs. Dans cette somme, les travaux exécutés en 4855 sont comptés pour3, 719,-475 francs, y compris4,lo9,425francs, montant des intérêts des prêts faits pour des travaux non encore terminés. Sur la dépense totale, 45,306,575 francs doivent être considérés comme étant à la charge des districts terminés ; remise a été faite de 4,574,575 francs, et il faut compter 36,344,900 francs comme étant à la charge des districts non encore terminés.

Sur le total relatif aux districts dont les travaux sont achevés, déjà 3,806,525 francs ont été remboursés par les propriétaires.

Depuis l'origine, les dépenses annuelles se sont ainsi réparties :

180 LIVBE VI. - STATISTIQUE DU DHAINAGE.

Tolal 53,778,051^.19

Il faut déduire de cette somme celle de 8;209,783^95, montant des intérêts du capital emprunté.

Les travaux sont terminés dans 94 districts; ils sont encore en exécution dans 27, et ils ne sont pas commencés dans 17. Les résultats obtenus jusqu'à ce jour se résument ainsi :

Pour les 94 districts dont les travaux sont terminés, les opérations effectuées au 31 décembre 1855 donnaient les résultats suivants :

Surface des bassins pluvieux 765,924 liectares.

Dépense totale 16,169,731 francs.

Portion de la dépense mise à la charge des comtés pour travaux publics 863,145 franc».

Portion de la dépense mise à la charge des propriétaires 11,096,402 francs.

Surface inondée ou en souffrance qui a été drai-née ou améliorée 48,503 hectares.

Cortt du drainage par hectare, y compris l'intérêt. 228^56.

Accroissement de la valeur localive annuelle produite par le drainage 949,842 francs.

Somme complètement rentrée au 31 décembre

1855 4,131,585 francs.

Les 27 districts pour lesquels les travaux étaient en

ou OBAINAGE DA>S LA GBANDE-BRKTAGM:. 187

cours d'exécution au 31 décembre 1855 donnaient les résultats suivants :

Surface des bassins 1,813,079 lieclarcs.

Longueur des cours d'eau et des drains principaux à faire ou à améliorer 1 ,378 kilomèlr.

Surface inondée ou en souffrance, estimée devoir être assainie ou améliorée 74,003 hectares.

Surface estimée devoir bénéficier des travaux proposés 83,447 hectares.

Dépense totale faite depuis le commencement des travaux jusqu'au 31 décembre 1855 , y compris les intérêts des sommes avancées.. 36,391,698 francs.

Dépense faite pendant l'année 1853 3,531,093 francs.

Déblais exécutés en 1855 953,038 m. cub.

Longueur de cours d'eau et de drains ouverts en

1855 450 kilom.

Journées de travaux faites en 1855 721,727.

Pour les 17 districts dans lesquels les travaux ne sont pas encore entrepris^ on a les chiffres suivants :

Surface des bassins 1 57,423 hectares.

Longueur des cours.,d'eau ou des drains principaux à faire ou à améliorer 1 2G kilom.

Surface inondée ou en souffrance, estimée devoir

être drainée ou améliorée 6,308 hectares.

Frais des études faites jusqu'au 31 décembre 1855. 45,292 francs,

Les grands travaux exécutés en Irlande pour le drainage artériel ont produit un bien immense, non-seulement à cause des améliorations directes obtenues, mais surtout parce qu'ils ont occupé une partie de la population valide de ce malheureux pays pendant les calamiteuses années de disette qu'il a traversées. Le tableau suivant indique les nombres de journées d'homme employées chaque année.

A reparler I,li9,il3

Report 1,119,113

Total 22,192,792

Les déblais exécutés chaque année ont été les suivants :

Mètres cubes.

Total 32,563,814

Les longueurs de cours d'eau et de drains principaux améliorés ou ouverts à l'aide des travaux précédents s( présentent de la manière suivante :

Kilomètres.

Longueur ouverte de 1844 à 1851 1,128

~ en 1852 359

— en 1853 111

— en 1854 322

— en 1855 450

En cours d'exdcution 1,378

En projet 1 2b

Total 3,874.

On cevra remarquer que les deux années 1842 et 18i:

DD DRAINACK DANS LA GRANDF.-BRKTAGNK. 189

ont été entièrement consacrées aux études et aux opérations préliminaires. Parnn les canaux ouverts^ une longueur de 803 kilomètres doit être navigable.

La surface totale qui, avant les travaux entrepris pour le drainage artériel, était sujette à être inondée, et souffrait constamment de l'excès d'humidité, s'élève à 138,238 hectares. C'est cette surface qui profite directement du drainage artériel. Les bassins dans lesquels se trouvent les terrains précédents forment une étendue de i2,736,426 hectares; ils profitent indirectement du drainage artériel, qui les rend susceptibles de recevoir le drainage agricole et d'en retirer toute l'amélioration possible. La superficie totale de l'Irlande est de 8 millions d'hectares; plus du quart de ce pays bénéficie par conséquent des grands '^travaux dont nous venons de donner un aperçu.

§ 4. — Drainage en Ecosse et en Angleterre.

Les anciennes méthodes de drainage, telles que nous les avons décrites dans le livre II de cet ouvrage (t. I, p. 33 à 87), constituent une amélioration en général peu coûteuse, mais aussi peu durable ; c'était d'ordinaire le fermier anglais ou écossais qui la gardait à sa charge. Depuis 1842 environ, le drainage est devenu une sorte de construction que l'on fait avec tous les soins possibles, dans le but d'en rendre la durée indéfinie; mais aussi le prix en est beaucoup plus élevé. Comment s'attendre dès lors à ce que le fermier, qui ne consacre en général aux besoins de son exploitation que 0 livres par acre (370 francs par hectare), dépense 3 livres (308 francs par hectare) en travaux de drainage? Il a fallu chercher les moyens pour que le fermier pût faire drainer ses terres par des tiers. Telle est, suivant M. Bayley Denton, l'ori-

gine des prêts pour le drainage et celle des compagnies.

Le premier acte public a été celui que M. Pusey a fait rendre en 1840 (voir livre Vil, actes 55 des années 3 et 4 du règne de Victoria) pour autoriser les propriétaires de biens fonds à couvrir les dépenses du drainage par voie d'hypothèque. Cet acte, pour des causes complexes, étant demeuré à peu près sans effet, dut être suivi, en 1846, de l'acte du prêt public (voir livre VII, acte 101 des 9* et 10« années du règne de Victoria). Lorsque les ressources du prêt public eurent été épuisées, on eut recours à différentes mesures ayant pour but de faire affluer vers les travaux de drainage tout Fargent nécessaire. Ces mesures sont :

4° L'acte du drainage par les fonds privés (acte 100 des années 12 et 13 du règne de Victoria); cet acte donne 22 ans pour amortir la dette contractée;

2° L'acte de la Compagnie de Drainage de l'ouest de l'Angleterre ou des terres du sud-ouest (acte 1 i2 des années 11 et 12 du règne de Victoria) ; en vertu de cet acte, le propriétaire peut charger sa terre d'une rente perpétuelle ;

3° L'acte de la Compagnie générale de Drainage et d'Amélioration foncière (acte 91 des années 12 et 13 du règne de Victoria) ; cet acte fixe la durée de l'amortissement à 50 ans ;

A° L'acte de la Compagnie des Améliorations foncières (acte 154 des années 16 et 17 du règne de Victoria), en vertu duquel la durée de l'amortissement est fixée à 25 ans.

Tous ces actes ont établi en principe que le drainage souterrain est la propriété de la terre, et que la seule contribution que doit payer le fermier est le payement de la rente d'amortissement; ils admettent aussi que l'estimation préalable démontre que les bénéfices de l'opération

DU DRAINAGE DANS LA GHANDK-BRETAGMK, t<)l

seront plus élevés que son prix de revient. Dans tous les cas, il est important que les travaux aient une durée au moins aussi longue que la rente d'amortissement ; c'est pourquoi leur direction ne doit être confiée qu'à des hommes d'une habileté reconnue.

Le temps accordé par les compagnies pour l'amortissement de la dépense doit influer d'une manière notable sur l'extension du drainage. Quelques chiffres suffisent pour le faire comprendre. Lorsque l'amortissement est de 50 ans, la rente annuelle ne s'élève que de i3^88 à 16^20 par hectare. Au contraire, lorsque la durée de l'amortissement n'est que de 25 ans, la rente s'élève de 20^06 à 22^13 par hectare. La différence est de plus de -40 pour 100, et le tenant, n'ayant à se préoccuper que de la quotité de la rente annuelle, il doit nécessairement préférer l'amortissement le plus long. Comme il n'est pas douteux qu'un drainage bien exécuté dure plus de 50 ans, M. Denton pense qu'il faudrait étendre à ce temps toutes les périodes d'amortissement.

Dans l'étude des travaux qui ont été faits jusqu'à ce jour et de ceux qu'il reste encore à entreprendre, M. Denton croit devoir diviser la Grande-Bretagne en trois parties, d'après les caractères géologiques des terres à améliorer.

La l""* région est celle de l'Ouest et du Nord-Ouest; elle renferme les districts formés de terrains primitifs et de transition ; ce sont : Cornwall ; parties du Devonshire, du Somersetshire et du pays de Galles ; Monmouth, Worcester, Hereford, Salop, Lancashire, Yorkshire, Norlhumberland, Cumberland; parties de l'Ecosse et quelques régions extrêmes des districts du Midi.

La 2« région est celle des districts du Centre ; elle es formée de terrains secondaires inférieurs jusqu'à la limite

192 LIVRK VI. — STATISTIQITK DU DRAmAGE.

inférieure de la craie. Elle renferme : parties du Devon , du Somerset, du Dorset; parties du Gloucester, du Monmouth, du Worcester, du Salop et du pays de Galles; parties du Lancashire, du Yorkshire, du Northumberland , du Westmoreland , du Cumberland; le Durham; partie de l'Ecosse; parties du Lincolnshire, du Norfolk, du Cambridge, du Huntingdon; parties du Bedford, du Buckingham; parties d'Oxford, du Berks, du Wilts; Warwick, Northampton, Rutland, Leicester, Nottingham, Derby, Stafford, Cheshire.

La 3*^ région, s'étendant sur les districts de l'Est et du Sud-Est, comprend ; les craies supérieures des terrains secondaires, ainsi que le dépôt tertiaire qui repose sur la craie; ce sont : parties du Dorset, Wilts, Berks, Hants, Oxford ; parties de Bucks et Beds; parties du Cambridge et Hants; Hertford, Middlesex, Surrey, Sussex, Kent, Essex; parties du Suffolk, du Norfolk, du Lincoln, du Yorkshire; quelques parties extrêmes des districts du Sud.

La ligne de séparation entre la l*"^ et la 2* région est courbe, et s'étend d'Exeter à Berwick; la limite inférieure des craies, qui sépare la 2^ de la 3« région, commence à Weymouth, en Dorset, et finit à Flamborough-Head, en Yorkshire.

Les chiffres suivants rendent compte de l'étendue des terres cultivables, de celle des terres humides, de la surface déjà drainée, de celle qui reste à drainer, des sommes dépensées ou à dépenser pour cette amélioration :

Districts. litendue totale.

ouest et Nord-Oue-it. 10,884,115

Centre 7,641,788

Est 4,279,751

Totaux 22,805,654 17,789,802 9,263,582

Étendue des terres cultlvOes et capables de culture.

Étendue des terres humides.

Hectares.

Hectares.

DU DRAINAGE DANS I.A GnANDK-BBETAGNE.

On remarquera que, d'après l'estimation de M. Denton, les 4-1 centièmes de la surface de l'Ecosse, de l'Angleterre et du pays de Galles réclament le drainage. Cette estimation est très-supérieure à celle que nous avons donnée pour la France, où nous avons compté seulement 23 pour 100 de la surface totale (livre III, tome I, p. 106).

Sommes dépensées

en verlii de l'acte

du drainage

Diitrlcts. au mnyrn des

fonds publics.

OuestetNord-Oiiest. 31,900,500 fr.

Centre 28,250,000

Est 3,066,575

Sommes dépensées

en vertu de l'acle

du drainugc

au moyen des

fonds parliruliers,

3,218,075 fr. »

Sommes dépensées |Mur le drainage

par

les compagnies

constituées.

8,750,000 fr. »

Totaux 63,217,075 fr. « 3,218,075 fr. » 8,750,000 fr. «

Ces chiffres, qui s'arrêtent au milieu de 1855, donnent un total de 75,185,150 francs; c'est une somme bien moindre que celle que l'on pouvait prévoir d'après l'estimation de M. Denison, rapportée plus haut (page 176); mais il faut remarquer que l'honorable président de la Société royale d'Agriculture d'Angleterre avait fait un calcul pour étendre à toute la Grande-Bretagne les faits qu'il avait observés autour de lui; M. Denton, au contraire, a fait une étude attentive et successive de chacun des districts où le drainage a été opéré. Ajoutons encore que les travaux exécutés avec les fonds des particuliers ne forment que le neuvième de la somme totale employée en travaux de drainage.

Klendue des terres

acluellemcnt drainées,

tant sur les fonds publics

que d"aprés les

Districts. ressources particulières.

Hectares.

Oiipst et Nord Ouest. . 202,350

Centre 167,950

Est 182,115

Totaux 552,415

Capital

Etendue

nécessaire pour

des terres

achever les

qui restent

travaux

à drainer.

de drainage.

Heclarcf.

Fr.

La moyenne de la dépense n'est portée, d'après les chiffres précédents, qu'à 136M0 par hectare, chiffre très-faible et qui démontre que, dans la Grande-Bretagne, on a cherché les moyens d'opérer le drainage de la façon la plus économique.

Voici maintenant la répartition, entre l'Angleterre, le pays de Galles et l'Ecosse, des diverses avances faites pour le drainage en vertu des actes votés par le parlement ;

Avances sur les fonds de l'État.

Sommes demandées. Sommes dépensées.

Fr. Fr.

Angleterre 48,506,689 26,495,100

Pays de Galles 3,096,575 1,107,428

Ecosse 62,279,196 35,617,072

Totaux 113,882,460 (53,219,600

Pour parfaire la somme de 100 millions de francs que l'État a promis d'avancer pour Iç drainage, en Angleterre, en Ecosse et dans le pays de Galles, il reste encore à dépenser la somme de 36,780,400 francs.

Les sommes destinées au drainage en vertu des actes relatifs à l'emploi des fonds particuliers se répartissent

ainsi :

Sommes

Sommes

sanctionnées.

dépensées.

Fr.

Angleterre et pays de Galles. .

Ecosse

Totaux 6,103,475 3,218,075

«Il résulte de ces chiffres, dit M. Denton, qu'il faudra encore une somme de 2 milliards 675 millions de francs pour terminer le drainage de la Grande-Bretagne. Il ne reste disponible, sur les prêts promis par l'État, que

DU DRAINAGE DA>S LA GUANDH BBETAGNK. 195

37 millions de francs environ; le crédit privé devra donc fournir à ragriculture un capital de 2 milliards 638 millions de francs. On peut penser que les 4: cinquièmes de cette somme se trouveront par des prêts^, et que le capital des compagnies réunies de drainage et d'assurances fera le reste. On ne peut pas supposer que la législature sanctionnera de nouvelles avances par l'État au profit d'une seule classe de citoyens, puisque l'expérience a démontré que les compagnies particulières pouvaient parfaitement le faire.

«La somme de plus de 2 milliards à demander au crédit public, en présence de celle de 100 millions prêtée par l'État, paraît au premier abord bien considérable ; mais il en est autrement si on la compare aux 7,151 ,7 19,850 francs qu'a coûté l'établissement des chemins de fer. En outre l'intérêt de l'argent placé dans les chemins de fer ne s'élève pas au delà de 3 1/2 pour 100, tandis que les opérations de drainage rapportent toujours plus, et qu'on a l'avantage de voir les prêts garantis par la valeur des terres. Il faut encore remarquer ce résultat immense, que le drainage a mis à la disposition de la Grande-Bretagne un excédant de subsistances qui ne peut pas être évalué à moins de 5 millions d'hectolitres par année jusqu'à ce jour. »

Nous terminerons ce paragraphe en ajoutant seulement que M. Denton a compris dans ses résumés tous les systèmes de drainage aujourd'hui pratiqués en Angleterre, savoir : le drainage peu profond, le drainage profond, une combinaison des deux premiers systèmes, le système Keythorpe, et l'emploi des puits absorbants. Nous reviendrons sur les effets de ces différentes méthodes de drainage dans les derniers livres de cet ouvrage.

196 LIVRE VI. — STATISTIQUK DU DRATNAGR.

§ 5. — Résumé.

Les détails dans lesquels nous sommes entré dans les paragraphes précédents démontrent que la Grande-Bretagne avait drainé jusqu'en 1856, savoir :

En Irlande et sur les fonds de l'État, 64 millions d'hectares. En admettant que , comme pour l'Angleterre, la proportion des travaux faits sur les fonds des particuliers soit le cinquième de ceux faits sur les fonds votés par le parlement, on aurait en tout 80,000 hectares.

En Angleterre, en Ecosse et dans le pays de Galles, il y avait 552,000 hectares drainés.

Le total des opérations de drainage effectuées au commencement de 1856 dans le royaume-uni de la Grande- Bretagne était donc de 632,000 hectares.

Les travaux de drainage dont nous parlons sont seulement ceux effectués depuis 1842, époque à laquelle, comme nous l'avons dit, cette amélioration foncière a eu une nouvelle extension et s'est effectuée suivant tous les principes d'un art régulier.

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