‹ Drainage des terres arables (volume 2)Chapitre 86 sur 308 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

h drainage en Suisse

L'initiative de la propagation du drainage sur le continent est due, comme nous avons déjà eu occasion de le dire, à M. Jules Naville, de Genève, qui a publié en français, dès 1845, une excellente notice sur ce sujet. (Voir notre Biblior/raphiedu drainage, n° 1, t. If, p. 416.) On comprend dès lors que ce soit le canton de Genève qui ait donné les premiers exemples du drainage en Suisse. De là cette amé-

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lioration s'est étendue dans les cantons de Berne, de Lausanne, de Thurgovie etde Yaud. Nous extrayons les détails suivants d'une lettre que nous a écrite M. Jules Naville ;

« Depuis longues années on pratique, dans la vallée du Léman, le drainage sous le nom de coulisses en pierres; cette opération , d'ailleurs fort dispendieuse, se faisait surtout poiar les vignes. Quant au drainage proprement dit, j'ai été le premier à l'exécuter ici. Appelé à m'occuper d'agriculture dès mon enfance, j'avais été toujours péniblement frappé du temps que nos terres, argileuses et tenaces, mettaient ù se sécher, et surtout de la difficulté que nous éprouvions à les bien cultiver. Cependant notre propriété présentait une situation partout inclinée et très-favorable à l'écoulement des eaux. Vous comprenez quelles devaient être mes préoccupations, lorsque, après avoir terminé mes études à Genève, après avoir fait un séjour en Allemagne, à l'Institut de Hohenheim, m'étant rendu en Angleterre en 1844, j'y entendis parler de tous côtés des avantages du drainage. Je compris tout de suite combien cette opération devait être utile dans nos terres fortes.

« Après avoir passé plusieurs semaines en Ecosse, au milieu d'une contrée récemment drainée, où j'avais constaté toutes les merveilles produites par cette amélioration foncière, je n'hésitai pas, à mon retour à Genève, à la fin de 1844, à pratiquer le drainage dans des vignes, puis dans des champs, des prés et même des bois. Je fis mes premiers essais avec des pierres et avec des tuiles courbes que je fabriquai dans les mêmes dimensions que celles dont on se servait alors en Angleterre et en Ecosse. Vous savez qu'à celte époque les tuyaux commençaient à peine à être connus; j'en avais apporté un morceau avec moi comme objet de curiosité; ce morceau m'avait été donné à Londres par Clayton, dont j'avais marchandé la machine. Je partageais alors, à l'égard des tuyaux, le scepticisme de tous mes amis les fermiers éc(tssais, et j'avais assisté, au meeting agricole de Glasgow, à une leçon dans laquelle l'ardent promoteur du drainage, feu Smith de Deansfon, m'avait paru convaincre très-peu ses auditeurs des avantages de ces petits cylindres. Quoi qu'il en soit, je me mis à drainer successivement toutes les parties de notre propriété, et je parvins à avoir quelques imitateurs. Il n'y a plus aujourd'hui un agriculteur du pays qui ne comprenne les avantages du drainage, et, si toutes les terres ne sont pas drainées, il faut l'attribuer aux difficultés des circonstances, à des révolutions incessantes, à la cherté du combustible, qui font que les tuyaux reviennent à un prix très-élevé.

« Outre les différents écrits que j'ai publiés sur le drainage, je fis ouvrir un concours par notre Société d'Agriculture, en 1849, pour distribuer des encouragements aux cultivateurs qui se mettraient ;i drainer, et je lis des leçons publiques sur le drainage. Je contribuai enfin, en 1851, à créer une fabrique de tuyaux pour laquelle je fis venir d'Angleterre une machine de Whitehead ayant figuré à l'Exposition universelle de Londres; cette fabrique est celle de Versoix, dirigée par MM. Martin et Poitry ; bientôt après M. Knecht fit également venir une machine. En 1852 et 1853, 200 hectares purent être drainés autour de Genève à l'aide des tuyaux fournis par ces deux fabriques.

« Pour que cette amélioration foncière prit une nouvelle extension, il manquait de bons directeurs de travaux, et c'est ce qui nous décida à envoyer en Belgique, auprès de M. Leclerc, chef du service du drainage dans ce pays, un jeune homme intelligent, pour se familiariser avec tous les perfectionnements du drainage et de la fabrication des tuyaux.

« Il existe maintenant (1856) 5 fabriques de tuyaux dans la Suisse française, et le prix de ceux-ci commence à diminuer en même temps que leur qualité s'améliore. »

Parmi les propagateurs du drainage en Suisse nous citerons encore M. Eytel, à Lausanne; MM. Auguste et Armand Forel, h Morges, dans le canton de Vaud; M. Henri Thury, à Wildern (canton de Tiiurgovie). L'ensemble des opérations ne s'élève pas toutefois à plus de J ,000 hectares.

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