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CHAPITRE VII

Drains en fascines.

Nous avons vu, par une citation détaillée de noire grand agronome Olivier de Serres (1), que la paille, les branchages ou les fascines, ont été très-employés pour les anciens drainages. On se sert encore de ces matériaux dans plusieurs parties de la France, de l'Angleterre, et surtout de l'Allemagne. Les travaux ainsi effectués sont loin d'avoir la durée de ceux exécutés avec des tuyaux en poterie. Cependant dans quelques cas particuliers, où soit les tuyaux, soit les pierres, seraient très-rares ou très-coûteux, on peut avoir recours aux fascines.

« On fabrique, dit M. Mangon (2), les fascines sur un métier (fig. 23) formé de trois ou quatre croisillons en bois

Fig. 23. — Métier pour fabriquer les fascines.

enfoncés de O.90 environ dans la terre, et s'élevant à 0m.60 au-dessus du sol. Les croisillons sont espacés de 0in.60 à lm.20 les uns des autres, et formés de rondins de 0m.i5 à 0m.20 de diamètre. On les charge de la quantité de branches nécessaires à la fabrication d'un saucisson. Pendant qu'un ouvrier serre fortement ce fagot avec une corde nouée à deux bâtons (fig. 24), un autre ouvrier les lie avec

(1) Voir p. 14 et suivantes.

(2) Dictionnaire des Arts et Manufactures , article Agriculture.

un Iiart de bois flexible, préalablement passé à la -flamme pour lui donner plus de souplesse. »

Fig. 24. — Mode de liage des fascines.

Les drains garnis de fascines n'ont pas une profondeur aussi grande que ceux destinés à recevoir des pierres, et surtout des tuyaux ; on se contente ordinairement de leur donner une profondeur de 0,n.55 à 0m.75. Leur forme varie avec les localités. Quelquefois leur section transversale est un trapèze sur le fond duquel les fascines sont simplement posées, ou bien supportées par des croisillons en bois. Le plus souvent, on ménage (fig. 25) un double épaule-

Fig 25. — Tranchée disposée pour être garnie de fascines.

ment à une distance de 0m.40 du sol, et ce n'est qu'à partir de ce point qu'on creuse une tranchée très-étroite, profonde, par exemple, de 0m.30, large en haut de 0m.08, et en bas de 0m.0r>. C'est ainsi qu'a opéré M. Gallemand pour l»s travaux qu'il a exécutés dans la Manche, et dont nous

DRAINS EN FASCINES.

avons parlé précédemment (1). La grosseur des fascines est telle, qu'elles n'entrent que de force dans la petite tranchée. Avant de remplir le reste de la tranchée avec de la terre tassée, on met sur les fascines une petite couche de paille, des joncs ou des genêts, destinés à empêcher la terre fine d'engorger le canal qu'on veut conserver au-dessous.

Les drains garnis de fascines n'ont qu'une durée très-limitée. Nous en présenterons un exemple dans un drainage effectué par M. Demesmay, dans l'arrondissement de Lille (Nord). Le champ sur lequel le drainage a eu lieu était surgeonneux, c'est-à-dire que son sous-sol, composé d'argile sablonneuse et de sable, contient une nappe d'eau qui venait sourdre à la surface partout où le sol s'abaisse. La pluie qui y tombait ne trouvait pas à s'écouler, retenue qu'elle était non pas par une couche imperméable, mais par une couche noyée dans laquelle l'eau tendait à monter plus qu'à descendre, attendu qu'elle était pressée par celle qui arrivait des terrains environnants ayant un niveau plus élevé. Ce cas se présente dans un grand nombre de cultures de l'arrondissement de Lille. Le champ drainé par M. Demesmay, d'une superficie de 5h.5, et formé par la réunion de six parcelles, avait d'abord été coupé par beaucoup de fossés qui s'opposaient aux charrois. M. Demesmay crut pouvoir supprimer ces fossés en en remplissant le fond avec des fagots. Ce drainage imparfait donnait lieu à l'écoulement d'une partie de l'eau ; mais le dégagement obtenu était loin de se trouver suffisant. On fut forcé d'y creuser des travers, c'est-à-dire des rigoles d'un fer de bêche de profondeur, qu'on exécute en travers du sens du labour, lorsque les rigoles qui séparent les planches de 3 mètres formées par la charrue ne suffisent pas à l'écoulementdeseaux. Malgré toutes ces précautions, les semailles

(1) Voir p. 22.

du printemps étaient fort retardées : non pas que tout le champ restât humide, mais il suffisait de quelques points surgeonneux pour condamner le cultivateur à l'inaction , bien que l'époque des semailles fut arrivée. M. Demesmay prit en conséquence le parti de drainer avec des tuyaux placés en moyenne à une profondeur de 1 mètre, dans les directions où il y avait autrefois des fossés ou des travers, comme le représente la figure 26. Les tranchées ne furent pas creusées précisément à la place des anciens fossés, mais à une distance de 2 mètres, afin d'éviter les fagots qui ne se seraient point laissé attaquer par la bêche , et qui eussent rendu le sol très-é boulant.

A est le point le plus élevé du champ, et B en est le point le plus bas ; entre ces deux points, il y a une différence de niveau de 2m.60. FF est un drain qui recueille l'eau des bas de fourrières; les premier et deuxième drains se vident en T et T" dans le fossé de décharge qui longe le champ; mais en R il se trouve une retenue d'eau pour une petite prairie située de l'autre côté du fossé, ce qui a forcé à conduire en T'" la décharge du troisième drain, qui eût dû être en B. On a dû approfondir le drainage en ce point à lm.50, afin d'être certain de se débarrasser de toute l'eau excédante.

Ce drainage a parfaitement réussi; dix jours après une pluie abondante , il est vrai , chaque bouche T', T" et T'", au mois d'août 4852, donnait 100 hectolitres d'eau par 2i heures; au mois d'octobre, les bouches coulaient à gueule bée, et versaient chacune 1,300 hectolitres par 24 heures.

La pièce est parfaitement assainie, quoiqu'on n'ait exécuté que 1,2G8 mètres courants de drainage en tout, c'està-dire 227 mètres seulement par hectare.

Le prix de revient a été très-faible, il ne s'est élevé qu'à

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