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CHAPITRE IV

Importation du drainage en France

Le Journal d'Agriculture pratique n'a publié son premier article sur le drainage qu'en mai 1846; cet article est dû à M. Jules Naville , de Genève. Depuis le commencement de l'année, on se préoccupait dans le public agricole de quelques essais qui se faisaient non loin de Paris, sur la propriété de M. du Manoir, à Forges, près de Montereau (Seine-et-Marne). Ces essais de drainage, comme l'a déclaré M. du Manoir, ont eu lieu sous l'inspiration de M. Thackeray, qui a mis une grande persévérance à faire connaître, en France, les meilleurs procédés adoptés en Angleterre pour exécuter les travaux de drainage. En mars 1846, un champ d'environ 3 hectares était drainé à l'aide de 6,000 tuyaux que M. Thackeray avait fait venir d'Angleterre , à ses frais , le mois précédent. En outre, au mois de juin de la même année, M. Thackeray importa encore une machine dite d' Ainslie, pour la fabrication des tuyaux, et cette machine fut exposée au concours du Comice de Seine-et-Marne.

Mais M. du Manoir n'est pas le premier propriétaire qui ait fait en France un essai de drainage par les nouveaux procédés. L'année qui précède celle où se faisait l'essai retentissant de Montereau, M. Lupin, dans le département du Cher, introduisait de son côté une machine d'Ainslie et pratiquait en grand le drainage sur sa propriété, sans provoquer la publicité, qui n'est venue que plus tard faire connaître sa glorieuse initiative.

Déjà dès 1839 un cultivateur du département de la

Manche, M. Gallemand, avait importé les outils anglais inventés pour creuser les tranchées étroites, et il avait publié dans le bulletin de la Société d'Agriculture de Valognes une description détaillée du mode d'assèchement (M. Gallemand n'avait pas osé naturaliser le mot drainage) usité en Angleterre et en Ecosse pour l'amélioration de terres fortes, mouillantes. A cette époque, les machines à faire les tuyaux n'étaient pas encore inventées , et l'emploi des drains en poterie était fort coûteux ; c'est pourquoi M. Gallemand, tout en signalant l'usage des tuiles, ne le conseilla pas. Cet agriculteur ne s'est pas contenté, du reste, de faire connaître des travaux qui allaient jusqu'à décupler le rendement des terres humides; il se mit à drainer immédiatement sa propriété, en mettant des fascines au fond de ses tranchées.

M. Thackeray a publié plusieurs brochures et un grand nombre d'articles de journaux pour vulgariser l'assainissement des terres à l'aide des tuyaux souterrains; la première de ces brochures a paru en 1846.

Nous avons voulu , dans cet historique, rendre une complète justice à M. Thackeray, parce que beaucoup de personnes qui se sont mises à la tète du mouvement qui a lieu aujourd'hui pour pousser au drainage des terres, ont été mises au courant de la question par ses communications et ses conseils. Nous ne sommes pas, du reste , le premier à exprimer cette opinion ; M. Moll, dans son Rapport au jury de l'exposition des produits de l'industrie nationale en 1849, a été non moins explicite que nous; voici comment il s'est exprimé :

« M. Thackeray, Anglais de naissance, mais habitant la France depuis vingt-sept ans, a voulu, suivant ses expressions , payer la bonne et cordiale hospitalité qu'il a reçue dans notre pays, en faisant tourner ses connaissances agri-

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