‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 105 sur 226 · REPONSE DE MAFFEI A VOLTAIRE · texte numérisé non relu

REPONSE DE MAFFEI A VOLTAIRE

Paris que la représention n'en serait pas achevée^ et tous lee gens sensés d'Italie en font très-peu de cas. C'est très-vainement que l'auteur dans ses voyages n'a rien négligé pour engager les plus mauvais écrivains à traduire sa tragédie; il lui était bien plus aisé de payer un traducteur que de rendre sa pièce bonne. »

De même qu'il n'y a guère de compliments sans mensonge , il n'y a guère de grossièretés sans vérité. La Lindelle a raison contre Maffei sur beaucoup de points, et peu importerait qu'il fût poli ou grossier, s'il se contestait de le blâmer. Mais il veut le fouler aux pieds, l'anéantir, et il se met à l'œuvre avec autant d'aveuglement que de perfidie. Il ne rougit pas de proférer d'insignes mensonges, de se permettre des faussetés qui sautent aux yeux, tout bonnement pour exciter un rire malin. Sur trois coups qu'il lui adresse, il y en a toujours unqui porte en l'air; sur les deux autres, qui atteignent ou effleurent l'adversaire, il y en a infailliblement un qui atteint en même temps celui que ce spadassin veut ainsi débarrasser d'un rival, à savoir Voltaire lui-même- Voltaire paraît l'avoir senti en partie ; et, dons sa réponse à la Lindelle, il ne s'endort pas pour défendre Maffei sur tous les points où il croit devoir se défendre avec lui. Dans toute cette correspondance à une seule partie, il manque, ce me semble, la pièce la plus intéressante, la réponse de Maffei. Pourquoi M. de Voltaire n a-t-il pas voulu nous la communiquer aussi? Peut-être n'était-elle pas telle qu'il espérait l'obtenir par ses cajoleries. Maffei s'était-il permis à son tour de mettre en lumière les particularités du goût français ? Lui montrait-il pourquoi la Mérope française ne pouvait pas plus réussir en Italie que la Mérope italienne en France?...

(n^xliii, 25 septembre 1767). — On peut conjecturer qu'il s'est passé quelque chose dans ce genre ^. Mais j'aime

1. Eu effet, on trouve, à la date de 1 745, une édition italienne de La Mérope^ con (Mïimtazioni delV autore , e con la tua riposta alla Letlera del Sign. di Voltaire (Verona). L'ancien traducteur français de la Dramaturgie (M. Cacault) a traduit la réponse de Maffei à Voltaire, et l'a insérée en cet endroit de l'ouvrage de LBisîng(l. I, p. 257). {Trad,)

mieux démontrer ce que j'ai dit moi-même, que de taire des conjectures sur ce que d'autres peuvent avoir dit.

Et d'abord on peut, presque sur tous les points, rabattre des reproches de la Lindelle. Si MafFei a fait des fautes, il n'en a toujours pas fait d'aussi grossières que la Lindelle voudrait bien nous le persuader. Celui-ci dit, par exemple, qu'Égisthe, au moment où Mérope veut le poignarder, s'écrie : « 0 mon vieux pèrel » et que la reine est tellement touchée de ce mot « vieux père, » qu'elle abandonne son dessein, et commence à soupçonner qu'Égisthe pourrait bien être son fils.

«Voilà-t-il pas, ajoute-t-il ironiquement, un indice bien marqué? Est-il donc si étrange qu'un jeune homme ait un père âgé? Maffei, poursuit-il, a substitué cette faute et ce manque d'art et de génie à une autre faute plus grossière qu'il avait faite dans la première édition. Égiste disait à la reine : « Ah ! Polidore , mon père ! » Et ce Polidore était en effet l'homme à qui Mérope avait confié Égiste. Au nom de Polidore , la reine ne devait plus douter qu'Egiste ne fût son fils; la pièce était finie. Ce défaut a été ôté; mais on y a substitué un défaut encore plus grand. »

Il est vrai que, dans la première édition, Égisthe appelle Polydore son père; mais dans les éditions suivantes, il n'est plus question de père. Ce qui arrête la reine, c'est seulement le nom de ce Polydore, qui avait averti Égisthe de ne pas mettre le pied sur le territoire de la Messénie. Elle ne renonce pas d'ailleurs à son dessein pour cela : elle demande seulement des éclaircissements; mais avant qu'elle les ait reçus, le roi survient. Polyphonte fait remettre Égisthe en liberté; et comme il approuve et loue l'action pour laquelle Égisthe a été amené devant lui, et qu'il promet de la récompenser comme un glorieux exploit, Mérope doit naturellement retomber dans son premier soupçon. Peut-elle voir son fils dans l'homme que Polyphonte va récompenser pour avoir tué ce même fils? Ce raisonnement doit nécessairement prévaloir auprès d'elle

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