‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 106 sur 226 · MAFFEI CRITIQUE PAR VOLTAIRE · texte numérisé non relu

MAFFEI CRITIQUE PAR VOLTAIRE

sur un simple nom. Elle regrette maintenant d'avoir retardé Taccomplissement de sa vengeance uniquement à cause d'un nom que bien d'autres peuvent porter :

Che dubitar? misera, ed io da un nome Trattener mi lasciai, quasi un tal nome Altri aver non potesse;...

et les actes du tyran qui viennent après ne peuvent que la confirmer dans cette opinion, qu'il faut qu'il ait reçu des avis trop certains de la mort de son fils. Tout cela est-il donc si mal conçu? Je ne le trouve pas. Je dois plutôt avouer qu'à mon avis, la correction dont Maffei s'est avisé n'était pas très-nécessaire. Pourquoi Égisthe ne dirait-il pas que son père s'appelle Polydore? Que ce soit son père ou son ami qui porte ce nom, et qui l'ait mis en garde contre Messène, la différence n'est pas grande. Il suffît que Mérope, après avoir vu le tyran conspirer si longtemps et avec tant d'acharnement contre son fils, doive attribuer évidemment plus de vraisemblance à l'opinion qu'il a d'Égisthe qu'aux inductions qu'elle pourrait tirer d'une simple ressemblance de nom. Sans doute, il en serait tout autrement, si elle savait que ses propres conjectures sont le seul fondement sur lequel le tyran suppose qu'Égisthe est le meurtrier de son fils. Mais elle n'en sait rien; elle a plutôt tout lieu de croire qu'il doit bien savoir ce qu'il fait.

Il va sans dire que je ne liens pas pour une beauté ce qu'on ne peut qu'excuser à la rigueur : certainement le poète aurait pu mettre plus de délicatesse dans l'arrangement des faits. Je veux seulement dire que, même de la manière dont il les a arrangés, Mérope n'agit pas sans motifs suffisants; et qu'il n'y a rien d'impossible ni d'invraisemblable h ce que Mérope, après s'être arrêtée dans son dessein de vengeance, fasse à la première occasion une nouvelle tentative pour l'accomplir. Ainsi, ce qui pourrait me choquer, ce ne serait pas de la voir revenir pour la seconde fois tuer son fils c#mme meurtrier de ce fils même; mais bien de. la voir

pour la seconde fois empêchée de commettre ce meurtre par une sorte de hasard heureux. Je pardonnerais au poëte de ne pas amener Mérope h se déterminer par le motif de la plus forte vraisemblance; car la passion qui la possède pourrait tout aussi bien donner l'avantage aux motifs contraires. Mais ce que je ne puis lui passer, c'est de prendre tant de liberté avec le hasard, et de prodiguer les prodiges fortuits comme si c'étaient les aventures les plus ordinaires et les plus communes. Que le hasard ait rendu une fois un service si louable à la malheureuse mère, soit; nousTadmettons d'autant plus volontiers que la surprise nous est plus agréable. Mais qu'une seconde fois il prévienne le même coup de la même façon, cela ne paraît plus un effet du hasard. Cette même surprise répétée cesse d'être une surprise; cette uniformité nous choque, et nous sommes mécontents du poëte, qui se montre aussi capricieux que le hasard, sans être aussi varié que lui.

Pour revenir aux falsifications manifestes et volontaires dont la Lindelle s'est rendu coupable, je n'en veux citer que deux.

(( Le quatrième acte, dit-il, commence encore par une scène froide et inutile entre le tyran et la suivante : ensuite cette suivante rencontre le jeune Égiste, je ne sais comment, et lui persuade de se reposer dans le vestibule, afin que, quand il sera endormi, la reine puisse le tuer tout à son aise. En effet, il s'endort comme il l'a promis. Belle intrigue ! et la reine vient pour la seconde fois , une hache à la main , pour tuer le jeune homme qui dormait exprès. Cette situation répétée deux fois est le comble de la stérilité , comme le sommeil du jeune homme est le comble du ridicule. »

Mais est-il vrai que la confidente l'engage à faire ce somme? C'est un mensonge de la Lindelle^. Égisthe aborde la confidente, et la prie de lui découvrir pour quelle cause la reine est si irritée contre lui. La confidente répond

i .' Nous supprimons une oote où l'auteur se doune la peine de surprendre la Lindelle et Voltaire en flagrant délit de mensonge concerté. {Trad.)

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