‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 108 sur 226 · REPROCHES DE LA LINDELLE A MAFFEI · texte numérisé non relu

REPROCHES DE LA LINDELLE A MAFFEI

multe et du massacre, n'aurait songé qu'à Tenfant, et aurait oublié de se munir d'un meuble si utile. Si Égisthe perdait le royaume de son père, il ne fallait pas du moins qu'il perdît en même temps l'armure, sous laquelle il devait le reconquérir !

En second lieu, la Lindelle n'était pas content du PolyphoDte de Maffei, qui veut épouser Mérope de force. Comme si celui de Voltaire n'en voulait pas faire autant I Voltaire lui répond donc :

« M. Maffei ni moi n'exposons des motifs bien nécessaires pour que le tyran Polifonte veuille absolument épouser Mérope. C'est peut-être là un défaut du sujet ,* mais je vous avoue que je crois qu'un tel défaut est léger, quand l'intérêt qu'il produit est considérable. »

Non, le défaut n'est pas dans le sujet. Car justement Maffei a changé le sujet en ce point. Quel besoin Voltaire avait-il d'adopter ce changement, s'il n'y trouvait pas son avantage ?

Il y a bien d'autres points où Voltaire aurait pu faire un semblable retour sur lui-même : mais où est le père qui voit tous les défauts de son enfant? L'étranger, à qui ils sautent aux yeux, n'a pas besoin pour cela d'être plus clairvoyant que le père; il suffit qu'il ne soit pas le père. Eh bien, admettons que je suis cet étranger.

La Lindelle reproche à Maffei de ne pas toujours lier ses scènes entre elles, de laisser souvent le théâtre vide, de faire entrer et sortir ses personnages sans motif; « toutes fautes capitales, qu'on ne pardonne plus aujourd'hui aux moindres poêles. » Cela des fautes capitales M . . — Mais c'est le langage des critiques français en général : il faut bien que je le lui passe, pour ne pas commencer à me quereller avec lui avant le début... Capitales ou non, croirons-

1. L'auteur s'échauffe hors de propos : Voltaire dit simplement , sous le nom de la Lindelle : n Défaut qui ne se pardonne pas aujourd'hui aux moindres poètes. • (Trad.)

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nous, sur la parole de la Lindelle, que ces fautes soient si rares chez les auteurs de son pays? Ce sont eux, il est vrai, qui se piquent le plus de régularité, mais en même temps ils donnent aux règles dont il s'agit une telle extension, que cela ne vaut guère la peine d'en faire des règles; ou bien ils les observent d'une manière si gauche et si empruntée, qu'on est bien plus choqué de les voir observées ainsi que pas du tout^. Voltaire, en particulier, est maître dans l'art d'alléger pour soi les chaînes des règles, et il sait se donner toute la liberté de mouvements qu'il lui plaît, et malgré cela, il se meut souvent avec tant de lourdeur et de maladresse; il fait de si étranges contorsions, qu'on dirait qu'il est attaché par chacun de ses membres. Il m'.en coûte de considérer un ouvrage du génie à ce point de vue, mais puisqu'il est encore de mode, parmi le commun des critiques, de n'en avoir, pour ainsi dire, pas d'autre; puisque c'est celui où se placent les admirateurs du théâtre français pour se récrier; je veux du moins y regarder d'un peu près, avant d'entrer dans le concert d'admiration.

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