‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 110 sur 226 · DEFAUTS DE LA MEROPE DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

DEFAUTS DE LA MEROPE DE VOLTAIRE

lieu qu'un Hédelin^ croyait pouvoir exiger en vertu des principes et des exemples des anciens. La scène ne doit pas être un palais tout entier, mais seulement une partie de palais, telJe que Toeil puisse Tembrasser d'un seul et même regard. Que ce soit un palais entier, ou une ville entière, ou toute une province, le contre-sens est toujours le même. Cependant, Corneille donnait déjà Textension la plus grande qu'il pouvait à cette loi, qui ne se trouve d'ailleurs exprimée dans aucun précepte formel chez les anciens. Il voulait que Funité de ville suffit pour l'unité de lieu. Et en effet, pour justifier sur ce point ses meilleurs ouvrages, il ne fallait pas qu'il fût moins coulant. Or,- ce qui était permis à Corneille, devient un droit pour Voltaire» J'admets donc sans réclamation, qu'il faut concevoir la scène comme étant tantôt dans l'appartement de la reine, tantôt dans telle ou telle salle, tantôt dans le vestibule, tantôt tournée dans une direction et tantôt dans une autre. Mais dans toutes ces évolutions, Voltaire aurait dû au moins observer la précaution que Corneille recommandait en ce cas : c'est que du moins les changements n'aient pas lieu dans un même acte, à plus forte raison, dans une même scène. Le lieu qui est adopté au commencement de l'acte doit demeurer le même durant l'acte entier : le changer entièrement, ou seulement Télargir ou le rétrécir dans le cours de la même scène, c'est faire le plus gros contre-sens du monde.

Le troisième acte de Mérope, par exemple, se passe-t-il dans un lieu découvert, sous un péristyle, ou dans une salle dont le fond laisse voir le tombeau de Cresphonte, sur lequel la reine veut égorger Égisthe de sa propre main? Dans tous les cas, que dire de la conception suivante? Au milieu de la quatrième scène, Euriclès, en «amenant Égisthe, doit fermer derrière lui cet enfoncement. Comment le ferme-t-il? Est-ce qu'un rideau tombe derrière lui? S'il y a jamais eu rideau dont on pût

1. Hédelio, abbé d'Aabignac, auteur de la Pratique du Théâtre, [Trad.)

dire ajuste titre ce que d'Aubignac dit en général de ce genre de rideaux \ c'est celui-ci. Et qu'est-ce donc si Ton examine en même temps pourquoi il faut qu'Égisthe soit emmené si brusquement et soustrait à la vue au moyen de toutes ces machines? Mais j'y reviendrai plus tard.

Au cinquième acte, on tire encore un rideau de la même espèce. Les six premières scènes se passent dans une salle du palais; et au commencement de la septième, nous découvrons tout d'un coup le temple, pour y voir un cadavre étendu dans un vêtement sanglant. Par quel miracle? Ce spectacle était-il bien digne de ce prodige? On dira : « Les portes de ce temple s'ouvrent tout à coup; Mérope s'élance au dehors avec tout le peuplé; et c'est ainsi que notre vue peut pénétrer au dedans. » Je comprends; ce temple était la chapelle privée de Sa Majesté la reine douairière : cette chapelle aboutissait à la salle du palais et communiquait avec elle, afin que sadite Majesté pût en même temps se rendre de plain-pied au lieu de ses dévotions. Mais alors nous ne devrions pas seulement sortir par ce chemin ; nous devrions aussi entrer par là. Au moins devrait-il en être ainsi d'Égisthe, qui a besoin de courir à la fin de la quatrième scène; et qui sans doute a pris par le plus court, puisque, huit vers après, son coup est fait.

(n° xlv, 2 octobre 1767). — IL M. de Voltaire ne s'est pas mis moins à l'aise avec l'unité de temps. Essayez de vous représenter tous les événements qui se passent dans Mérope comme accomplis en un jour; et dites combien il faut pour cela que vous supposiez d'invraisemblances. Je veux bien qu'on prenne un jour naturel plein; je consens qu'on lui donne les trente heures auxquelles Corneille veut bien permettre qu'on l'étende. Je ne vois pas, il est vrai, d'empêchement physique qui s'oppose à ce que tous

I . « On met des rideaux qui se tirent et retirent , pour faire que les acteurs paroissent et disparoissent selon la nécessité du sujet... Ces rideaux ne sont bons qu'à faire des coutertures pour berner ceux qui les ont inventés et ceux qui les approuvent. • Pr. du Théâtre, 1. II, ch. vi. {NoU de VoMieur,)

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