DE LÀ LIAISON DES SCENES
sique de temps qu'en violant l'unité morale, et qui ne se fait aucun scrupule de sacrifier la seconde à la première, entend fort mal ses intérêts, et sacrifie Tessentiel à l'accessoire.
Mafifei au moins appelle encore la nuit à son aide : le mariage que Polyphonte annonce aujourd'hui à Mérope, ne s'accomplira que demain matin. Ce n'est pas d'ailleurs le jour même où Polyphonte monte sur le trône; par conséquent, les événements se pressent moins : ils se hâtent, ils ne se précipitent pas. Le Polyphonte de Voltaire est un roi de l'espèce des éphémères : il mérite de ne plus régner le second jour, puisqu'il commence son affaire dès le premier avec tant de sottise et d'aveuglement.
m. « Maffei, dit la Lindelle, oublie souvent de lier les scènes, et le théâtre reste vide : défaut qu'on ne pardonne pas aujourd'hui aux, moindres poètes. »
« La liaison des scènes, dit Corneille*, est un grand ornement dans UQ poëme, et qui sert beaucoup à former une continuité d'action par la continuité de la représentation; mais enfin ce n'est qu'un ornement et non pas une règle. Les anciens ne s'y sont pas toujours assujettis, etc. »
Quoi?latragédie a-t-elle fait tant de progrès chez lesFrançais depuis leur grand Corneille? Ce que celui-ci comptait seulement pour l'absence d'un ornement est maintenant un défaut impardonnable? Ou bien les Français ont-ils appris depuis lui à méconnaître de plus en plus ce qu'il y a d'essentiel dans la tragédie, au point de donner tant d'importance à des choses qui au fond n'en ont pas? En attendant que la question soit résolue. Corneille nous paraît au moins aussi croyable que la Lindelle; et, d'après le premier, le défaut reproché à Maffei n'est pas encore un crime irrémissible; mais le reproche tomberait avec plus de raison sur Voltaire, qui laisse souvent la scène remplie plus longtemps qu'elle ne devrai! l'être. Ainsi, dans le