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LES FRANÇAIS ET LES REGLES

temps pour les fiançailles. Il se remet à bavarder avec son Érox de choses dont il n'aurait pas dû jaser ici, mais bien chez lui, dans son appartement. Puis le quatrième acte se termine absolument comme le troisième. Polyphonte somme encore la reine de se rendre au temple; Mérope elle-même s'écrie :

Courons tous vers le temple où m'attend mon outrage;

et elle dit au sacrificateur, qui doit Ty emmener :

Vous venez à l'autel entraîner la victime.

Par conséquent, au commencement du cinquième acte, ils se trouveront certainement dans le temple, s'ils n'en sont déjà revenus? Ni l'un ni l'autre. Pour bien.£^ire, il ne faut» pas se hâter. Polyphonte a encore oublié quelque chose; il revient, et la reine aussi se retrouve là tout à point. A merveille! Ainsi, entre le troisième et le quatrième acte et entre le quatrième et le cinquième, non-seulement ce qui devait se faire ne se fait pas ; mais il ne se fait rien, absolument rien : le troisième et le quatrième acte se terminent seulement pour que le quatrième et le cinquième puissent commencer.

(n° xlvi, 6 octobre 1767). — Se tirer d'affaire avec les règles est une chose, et les observer réellement en est une autre. Pour la première, les Français s'y entendent; mais quant à la seconde, il n'y a que les anciens qui paraissent l'avoir su faire.

L'unité d'action était la première loi dramatique des anciens; l'unité de temps et l'unité de lieu n'en étaient, pour ainsi dire, que des conséquences : ils ne les auraient guère observées plus strictement que ne l'aurait exigé la première, si le chœur n'était venu se placer là comme un lien. Comme l'action de leurs poèmes devait avoir pour témoin une foule de peuple, que cette foule demeurait toujours la même, qu'elle ne pouvait ni s'éloigner de ses habitations, ni s'en absenter qu'autant qu'on le peut faire

d'ordinaire par simple curiosité, les poètes ne pouvaient guère faire autrement que de limiter le lieu à un emplarcement unique et détermjné, et le temps à un seul et même jour. Ils se soumettaient donc à cette limitation bona fide; mais avec tant de flexibilité et d'intelligence, que sept fois sur neuf, ils y gagnaient plus qu'ils n'y perdaient. Cette contrainte les amenait à simplifier leur action, à en retrancher avec soin toute superfluité, si J3ien que, ramenée à ses éléments les plus essentiels, elle n'était qu'un idéal de cette action même; et la forme la plus heureuse que pût recevoir cet idéal était celle qui pouvait le plus aisément se passer de circonstances accessoires tirées du temps et du lieu. Au contraire, les Français, qui n'avaient aucun goût pour la vraie unité d'action, et qui avaient été gâtés par les intrigues ba^fjj^res des pièces espagnoles avant de connaître la simplicité grecque, ont considéré les unités de temps et de lieu, non pas comme des conséquences de l'unité d'action, mais comme des conditions indispensables en ellesmêmes de la représentation d'une action. Ils ont cru devoir les accommoder à leurs actions plus riches et plus complexes, avec la même rigueur que si elles étaient rendues nécessaires par la présence du chœur, auquel ils avaient pourtant tout à fait renoncé. Mais ils y trouvèrent de grandes difficultés et souvent même des impossibilités : alors ils imaginèrent une échappatoire pour se soustraire à la tyrannie de ces règles, dont ils n'avaient pas le courage de secouer le joug. Au lieu d'un lieu unique, ils introduisirent un lieu indéterminé, qu'on pût prendre tantôt pour ceci, tantôt pour cela. Il suffit que ces lieux ne soient pas trop éloignés les uns des autres, et qu'aucun d'eux n'exige une décoration particulière, si bien que la même décoration puisse convenir à peu près aussi bien aux uns qu'aux autres. A l'unité de jour, ils ont substitué l'unité de durée; et ils ont admis que l'on compterait pour un seul jour un certain temps, pendant lequel il ne serait question ni de lever ni de coucher du soleil, où personne ne se mettrait au lit, au moins plus d'une fois, quelle que fût d'ailleuiisla

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