‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 122 sur 226 · VOLTAIRE COPISTE DE MAFFEI · texte numérisé non relu

VOLTAIRE COPISTE DE MAFFEI

les raisons politiques pour lesquelles le tyran croit devoir, au bout de quinze ans, presser tout à coup ce mariage, emprunt; le, fils de Mérope ne se connaît pas lui-même, emprunt ; la manière dont celui-ci se dérobe à son père adoptif et les motifs de cette resolution, emprunt; l'affaire qui amène Égisthe à Messène sous l'inculpation de meurtre, emprunt; le malentendu qui le fait supposer meurtrier de lui-même, emprunt; les mouvements confus de l'amour maternel , qui portent au premier abord Mérope vers Égisthe, emprunt; le prétexte allégué pour obtenir qu'Égisthe périsse sous les yeux de Mérope et de sa main, à savoir, d'arriver à la découverte de ses complices, emprunt : en un mot, toute Tintrigue de Voltaire n'est qu'un emprunt fait à Maffei. Et ne lui a-t-il pas emprunté aussi tout le dénoûment? Car c'est de lui qu'il a tiré l'idée de lier à Taction le sacrifice où Polyphonte devait être immolé. Maffei en a fait une solennité nuptiale, et peut-être n'a-t-il condamné son tyran à succomber au moment même de son union avec Mérope que pour rendre ce sacrifice plus naturel. Maffei a imaginé, Voltaire a copié.

Il est vrai que Voltaire a donné à diverses circonstances empruntées de Maffei une tournure différente. Par exemple, Polyphonte, dans Maffei, règne déjà depuis quinze ans : Voltaire fait durer les troubles à Messène depuis quinze grandes années, et maintient l'État, durant tout ce temps, dans l'anarchie la plus invraisemblable. Chez Maffei, Égisthe est attaqué sur la route par un brigand : Voltaire le fait surprendre par deux inconnus dans le temple d'Hercule; et ceux-ci lui cherchent querelle parce qu'il implore Hercule en faveur des Hérâclides, le dieu du temple, en faveur de ses descendants ! Ce qui rend Égisthe suspect, chez Maffei, c'est un anneau; chez Voltaire, c'est une armure; etc. Mais tous ces changements ont rapport aux bagatelles les plus insignifiantes, presque toutes en dehors de la pièce, et qui n'ont aucune influence sur son économie. Et cependant je ne dejpanderais pas mieux que de les compter à Voltaire pour des marques de son génie

créatenr, si je trouvais qu'il eût su pousser jusqu'à leurs conséquences les changements qu'il a cru devoir introduire.

Je m'expliquerai en prenant Ynn des exemples que j'ai cités. Égistbe, chez Maffei, est attaqué par un brigand, qui saisit le moment où il se voit seul avec lui sur la route, non loin d'un pont sur le Paraise; Égisthe tue le brigand et jette son corps dans le fleuve, parce que, si le corps est trouvé sur la route, il craint qu'on ne poursuive le meurtrier, et qu'on ne le reconnaisse pour tel. Voltaire se dit : « Un voleur qui veut détrousser un prince, est une image trop basse pour un parterre aussi noble et aussi délicat que le mien ; il vaut mieux faire de ce voleur un mécontent, qui en veut à la vie d'Égisthe, parce que celui-ci est un partisan des Héraclides.Etpourquoiun seul? Plutôt deux; l'exploit d'Égisthe n'en sera que plus grand, et si nous supposons que le plus âgé des deux assaillants échappe, on pourra dans la suite supposer que c'était Narbas. » — Trèsbien, mon bon monsieur; mais continuons. QuandÉgisthe a tué l'un de ces mécontents, que fait-il? — Il porte aussi le corps dans l'eau. — Aussi? Mais comment? pourquoi? De la route déserte dans le fleuve, cela se comprend; mais du temple dans le fleuve? Il n'y avait donc personne qu'eux dans ce temple? Mais soit : ce n'est pas là ce qu'il y a de plus bizarre dans l'affaire. On peut encore s'expliquer le « comment; » mais le « pourquoi? » L'Égisthe de Maflfei porte le corps dans le fleuve, parce qu'il craint autrement tf être poursuivi et découvert; parce qu'il croit qu'une fois le corps écarté, rien ne pourra révéler son action; qu'elle se trouvera ensevelie dans la rivière avec le corps. Mais rÉgisthe de Voltaire peut-il avoir la même pensée? NuUefflaent; ou bien il n'aurait pas fallu que l'autre s'échappât. Cet homme se tiendra-t-il pour satisfait d'avoir sauvé sa vie? Quelque craintif qu'il soit, n'observera-t-il pas Égisthe de loin? Ne le poursuivra-t-il pas de ses cris jusqu'à ce que d'autres l'arrêtent? Ne Faccusera-t-il pas et ne porterart-il pas témoignage contre lui? Que sert donc au meurtrier

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