UNE HEURBUSE CONCEPTION DE VOLTAIRE
d'avoir fait disparaître le corpus delicti? Il y a ici un témoin qui peut montrer où il est. Égisthe aurait dû s'épargner cette peine inutile, et cowrirau plus vite à la frontière, pour la franchir. A vrai dire, il fallait bien que le corps fût précipité dans Teau à cause de ce qui suit : cela était aussi nécessaire à Voltaire qu'à Mafifei. Il ne fallait pas que Mérope pût être tirée de son erreur par la vue de ce corps. Seulement ce qu'Égisthe fait là pour sa propre sûreté, il le fait ici par pure complaisance pour Fauteur. C'est que Voltaire a corrigé la cause, sans s'apercevoir qu'il avait besoin des efifets de cette cause, et que ceux-ci ne pouvaient plus naître après cela que du besoin qu'il en avait.
Une seule correction introduite par Voltairedans le plan de Maffei mérite le nom d'amélioration. C'est celle qu'il a faite en supprimant l'une des deux tentatives de Mérope pour se venger du prétendu meurtrier de son fils, et en amenant, par compensation, la reconnaissance (du côté d'Égisthe), en présence do Polyphonie. A ce trait, je reconnais le poète; et en particulier, la scène ii de l'acte IV est excellente. Je souhaiterais seulement que la division de la reconnaissance, qui devrait en apparence s'accomplir des deux côtés dans la scène iv de l'acte RI, eût été ménagée avec plus d'art. En effet Égisthe est subitement entraîné par Euriclès, etle fond du théâtre se ferme derrière lui; cequiest violent. Cela ne vaut pas un fétu de plus que la fuite précipitée d'Égisthe, dans Maffei; cette fuite dont Voltaire se moque tant par la bouche de son la Lindelle. Et encore cette fuite a-t-elle l'avantage du naturel. Seulement le poëte aurait dû après cela rapprocher tout à coup le fils, et la mère, et ne pas nous dérober tout à fait la touchante explosion de leurs sentiments mutuels. Mais peut-être Voltaire n'auraitîl pas divisé la reconnaissance en deux parties, s'il n'avait pas dû étendre sa matière pour en remplir cinq actes. Il se lamente plus d'une fois sur « cette longue carrière de cinq actes, qui est prodigieusement difficile à remplir sans épisodes. »
Et maintenant, en voilà assez pour cette fois sur Mérope,
TRENTE-NEUVIÈME SOIBÉE. - Le Philosophe marié y de Destouches; la Nouvelle Agnès, — Comparaison du Philosophe marié avec le Jaloux désabusé.
(n**li, 23 octobre 1767). — Le trente-neuvième soir (mercredi, 8 juillet), on a redonné le Philosophe marié et la Nouvelle Agnès^.
Chevrier dit^ que Destouches a tiré sa pièce d'une comédie de Gampistron, et que si celui-ci n'avait pas composé le Jaloux désabusé y il n'est pas probable que nous eussions jamais eu le Philosophe marié, La comédie de Gampistron est peu connue chez nous; je ne sache pas qu'elle ait été jouée sur aucun théâtre en Allemagne; il n'en existe non plus aucune traduction. On sera peut-être d'autant plus curieux de savoir ce qu'il y a de fondé dans le dire de Ghevrier.
Voici le sujet de la pièce de Gampistron en résumé. Un frère a entre ses mains la fortune de sa sœur, qui est considérable; et pour n'avoir pas à la rendre, il voudrait ne pas marier sa Sœur. Mais la femme de ce frère est d'un avis meilleur, ou du moins différent; et pour amener son mari à établir sa sœur, elle cherche de toutes manières à le rendre jaloux. Elle reçoit fort gracieusement plusieurs jeunes gens qui, sous le prétexte de rechercher sa bellesœur, viennent tous les jours chez elle. La ruse réussit : le mari devient jaloux; et afin d'ôter à sa femme le prétexte qu'il croit qu'elle allègue pour avoir autour d'elle ses adorateurs, il se décide enfin à donner son consentement au mariage de sa sœur avec Glitandre, parent de sa femme. G'est par complaisance pour ce jeune homme que celle-ci a joué le rôle de coquette. Le mari voit qu'il a été joué ; mais il n'en est pas moins content de voir en même temps que sa jalousie était peu fondée.