XXVIII INTRODUCTION
de placer des paroles anglaises dans la bouche des contemporains de César. Samuel Johnson concluait en disant : « Celui qui conserve les unités, sans rien enlever à Texcellence de la pièce, mérite les mêmes éloges que Tarchitecte qui déploierait, dans une citadelle, tous les ordres d'architecture, sans rien diminuer de sa force... Une pièce écrite d'après l'observation des règles est une curiosité travaillée, le produit d'un art superflu, qui montre plutôt ce qui est possible que ce qui est nécessaire. » Mais à peine le critique anglais avait-il écrit ces ligues qu'il était comme étonné de son audace, et qu'il ajoutait aussitôt, comme pour s'excuser de tant de hardiesse : « Lorsque je parle ainsi légèrement des règles dramatiques, je ne puis m'empêcher de me rappeler combien d'esprit et de science on peut m'opposer; je suis effrayé de m'élever contre de telles autorités, non que je croie que cette question soit une de celles qui puissent se trancher par une pure décision de Tautorilé, mais parce qu'on doit soupçonner que ces préceptes n'ont pas été si aisément acceptés sans de meilleures raisons que celles que j'ai été capable de trouver. » Et il ajoutait un peu plus bas :
« Je suis presque effrayé de ina propre témérité. Lorsque je pèse la réputation et la force de ceux qui maintiennent l'opinion contraire, je suis prêt à m'incliner dans un respectueux silence. » Il y a loin de ces précautions, pleines d'égards, à l'énergie avec laquelle Lessing attaque l'orthodoxie de notre critique. Si ce n'est pas lui qui porte les premiers coups, c'est lui du moins qui porte les coups les plus vigoureux, et qui, dans les questions d'art dramatique, émancipe le plus énergiquement l'Europe de la domination de l'esprit français.
Excepté en ce qui concerne la question des unités, il n'ajoute cependant presque rien, ainsi que je l'ai montré, aux critiques générales que Diderot adressait, avant lui, à notre système dramatique. C'est Diderot qui lui fournit d'avance ses principaux arguments contre notre théâtre. Son grand art est d'appliquer dans le détail à l'étude de