‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 133 sur 226 · DU STTLE ]^È LA TRAGÉDIE. T · texte numérisé non relu

DU STTLE ]^È LA TRAGÉDIE. T

et des mots longs d'une aune : voilà ce qiji fait pour eux le vrai ton de la tragédie.

« Nouê n'avons rien épargné, dit M. Diderot* (et notez que c'est surtout de ses compatriotes qu'il parle), pour corrompre le genre dramatique. Nous avons conservé des «nciens l'emphase de la versification, qui convenoit tant à des langues à quantité forte et à accent marqué, à des théâtres spacieux, à une déclamation notée et accompagnée d'instrumens : et nous avons abandonné la simplicité de l'intrigue et du dialogue et la vérité des tableaux. »

Diderot aurait pu ajouter encore une raison qui fait que nous ne pouvons prendre tout à fait pour modèle le style des tragédies de Pantiquité. Là, tous les personnages parlent et s'entretiennent dans un lieu ouvert et public, en présence d'une foule curieuse. Ils doivent donc presque toujours parler avec réserve, en songeant à garder leur dignité; ils ne peuvent pas épancher leurs sentiments et leurs pensées dans les premiers termes venus; il faut qu'ils choisissent et qu'ils pèsent leurs mots. Mais nous autres modernes, qui avons banni le chœur, qui laissons le plus souvent nos personnages entre leurs quatre murs, par quelle raison leur ferions-nous tenir toujours un langage aussi soutenu, aussi recherché, aussi oratoire? Personne ne les écoule sans leur permission; personne ne leur parle, que des gens réellement engagés avec eux dans l'action, qui, par conséquent sont eux-mêmes possédés par la passion, et n'ont ni le goût ni le loisir de contrôler des expressions. C'est ce qu'on pouvait craindre seulement de la part du chœur, qui, bien qu'enveloppé dans le mouvement de la pièce, ne prenait cependant jamais part à l'action, et jugeait les personnages plus qu'il ne s'intéressait réellement à leur sort.

Il est bien vrai que les gens d'une condition élevée savent s'exprimer mieux que le commun du peuple; mais ils n'af-

1 . Deuxième eutrefien, à la suite du Fils naturel, {Note de l'auteur.)

fectent pas de s'exprimer toujours ainsi. Et cela est vrai surtout dans la passion. Chaque passion a son éloquence propre, inspirée par la nature seule, et qu'on n'enseigne dans aucune école. L'esprit le plus grossier la oomprend aussi bien que le plus cultivé.

Le sentiment ne peut jamais se trouver dans un langage recherché, précieux et enflé. Un pareil langage ne vient pas du cœur et ne peut l'émouvoir; tandis que l'émotion peut très-bien s'allier avec les termes et les discours les plus simples, les plus communs et les plus familiers.

Je sais bien que jamais reine n'a parlé sur le théâtre français comme je fais parler Elisabeth dans la tragédie de Banks. A Paris, on trouverait que le ton familier qu elle prend dans ses confidences à ses dames d'honneur conviendrait à peine à une bonne dame de la noblesse de campagne.

« Êtes-vous souffrante?... Je me porte très-bien... Je suis seulement inquiète, un peu inquiète... Doucement, doucement! Te voilà toute hors d'haleine... Sa langue n'est que poison et pustules... Sois gaie, je te chercherai un bon mari... Elle m'a irritée au dernier point... Viens ici, ma chérie; laissemoi m'appuyer sur ton sein... Je m'en doutais!... Gela devient intolérable ^.. t*

En effet, cela devient intolérable, s'écrieraient les gens d'un goût délicat 1

Et peut-être bien plusieurs de mes lecteurs en diront autant. Car, hélas! il y a des Allemands qui sont encore plus français que les Français. Pour leur être agréable, j'ai ramassé toutes ces miettes en un las. Je connais leur manière de critiquer. Toutes les petites négligences qui offensent si cruellement leurs délicates oreilles, ces négligences que l'auteur a eu tant de peine à trouver, qu'il a semées çà et là avec tant de soin, pour donner au dialogue de la flexibilité, et pour communiquer aux discours un air d'abandon momentané, ils les relèvent très-spirituellement,

1 . Itoiis avons cru pooToir abréger la Uslede ces exemples. (Trad.)

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