‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 157 sur 226 · ADIEUX D'ELISABETH ET D*ESSEX · texte numérisé non relu

ADIEUX D'ELISABETH ET D*ESSEX

La R. Qu'allez- vous faire?

tss. Méprisable instrument de ma vie et de mon déshonneur ! Si c'est en toi que repose toute mon espérance, que les eaux reçoivent dans leurs plus profonds abîmes toutes mes espérances! [Il ouvre la fenêtre et jette la clef, à travers la grille^ dans le canal,) Ce serait payer la vie trop cher gue de racheter parla fuites

La R. Qu'avez-vous fait, comte?... Vous avez très-mal fait...

Ess. En mourant, je pourrai- du moins dire à haute voix que je laisse une reine ingrate. Si elle ne veut pas mériter ce reproche, qu'elle songe à un autre moyen de me sauver. Je lui ai ôté celui-ci, qui est trop indigne. J'en appelle encore à mes services : il dépend d'elle de les récompenser, ou d'immortaliser le souvenir de son ingratitude avec celui de mes services.

La r. Il faut bien que je m'expose à ce danger. Car, en vérité, je ne saurais faire davantage pour vous sans sacrifier ma dignité.

Ess. Ainsi donc, il faut que je meure?

La r. Sans aucun doute. La dame voulait vous sauver; la reine doit laisser à la justice son libre cours. Vous mourrez au matin et ce matin est déjà venu. Ma pitié vous accompagne; le chagrin me brise le cœur; mais c'est la destinée fatale des rois, de pouvoir, moins que personne, suivre les mouvements de leur cœur. — Comte, je vous recommande à la Providence!

(n** lxyiii, 25 décembre 1767). — Encore quelques paroles échangées en se séparant, encore quelques exclamations au milieu du silence; et tous deux, le comte et la reine, se retirent, chacun de leur côté. 11 faut supposer qu*en sortant Essex a remis à Cosme la lettre qu'il a écrite à Blanca. Car, un moment après, Cosme entre avec cette lettre à la main et dit que Ton conduit son maître à la mort; et qu'aussitôt que ce sera fait, il remettra la lettre

Yrf Histrumento

De mi vida, y de mi infamia,

Por esta rexa cayendo

Del parque, que bâte el rio,

Eutre sus crystales quiero.

Si sois mi esperanza, hundiros, Caed al humedo centro, Donde el Tamasis sepulte Mi esperanza, y mi remedio.

ai6 QUARXNTE-QVATRIVfiÉE SOIKES.

comme il Ta promiâ. Mais, en h regardaût^ sa curiosité s'éveille.

« ftii'est-ce qvte cette kttre petit bîe» renfermer? Un contrat de mariage? Ce serait un peu tard. La copie de la sentence? mais il ne l'enverrait pas à la personne que cette sentence rené veuve ! Son testament? pas (Havantage. Mais qu'est-ce donc? »

Sa curiosité va croissant. En même temps, il songe qu une fois déjà il a failli perdre la vie pour n'avoir pas su ce que renfermait une lettre de son maître.

« Il s'en est fallu d un cheveu, dit-il, que je devinsse un coftfident. Le diable emporte le rôle de confident! Non, on ne m'y reprendra plus* »

Bref, Gosmese décide à ouvrir la lettre. Naturellement^ il est très-frappé de ce qu il lit. D ne croit pas pouvoir se défaire assez vite d'un papier qui renfer raie des choses si importantes et si dangereuses; il treroWe à la seule pensée qu'on pourrait le trouver dans ses mains avant qu ri Feût volontairement livré, et il court tout droit le porter à la reine.

Justement la reine entre avec le chancelier. Cosme veut la laisser d'abord terminer avec ce personnage, et se retire à l'écart. La reine donne au chancelier ses derniers ordres pour Texécution du ccwnle; il faut que tout soit fait sur-lecbamp'et en silence; le peuple n'en doit rien apprendre, avant que le cadavre décapité lui crie de sa voix muette : Fidélité' et obéissance'!* Le chancelier fera porter fa tête dans la grande salle, et la fera déposer sows un tapis h côté de k bâche sanglante. 11 rassemblera ensuite les grands do royaume, pour leur annoncer en même tempe le crime et le châtiment, leur enseigner leur devoir par cet exemple, et lei» faire birea comprendre que leur reine sait être anssi

I • Rasta que eT tronco cadaxer

Lt sirra de muda lengua.

LETTRE B'ESSEX A BLÀNGA. 317

sévère qu'elle souhaite de pouvoir être todulgente; et tout cela, comme le lui fait dire le poète, cooforniénieiit aux us et coutumes du pays*.

Le chancelier sort avec ces instructions, et Cosme aborde la reine.

(( Cette lettre, dit-il, m'a été donnée par mon maître pour la remettre à l^lanca après sa mort. Je Tai ouverte, je ne sais* trop moi-même pourquoi; et comme j'y trouve des choses qu'il faut que Votre Majesté sache, je l'apporte à Votre Majesté, et Don à BlaDca. »

La reine prend la lettre et lit ceci :

a Blanca, ma dernière heure est venue. On ne veut pas me permettre de te parler : reçois donc par écrit une révélation que j'ai à, te faire, et mes derniers conseils. La révélation, la voici. Je n'ai jamais été un traîti'e^ si j'ai promis de te se«cofnder dans l'affaire en question, c'était uniquement pour mieux servir la reine et pour attirer Roberto à Londres avec ses adhérents. Juge de la grandeur de mon amour, puisque malgré tout j'aime mieux mourir que de mettre ta vie en périL Voilà la révélation. Dieu soit loué! Et maintenant, mes conseils. Renonce à l'entreprise où Roberto t'engage; je suis perdu pour toi, et tu ne trouveras pas tous les jours quelqu'un qui soit prêt à subir la mort des traîtres pour l'amour de toi*. »

1 . Y asi al saloa de palacio 2. Slanea, en «1 ukimo tniiioe,

Hareia que Uamados ireogaa For que hablarte no me desan,

Los Grandes y los Hilordes, He de escribirte un cotreejo,

Y para que alli le vean, Y tambien una àdvertencia ; Debaxo de una cortina La àdvertencia es, que yo nunca Hareis poner la cabeza Fni traidor, que la promesa Con el sangriento cuchillo. De ayudar en lo que sabes, Oue amenaza juiito é ella, Fue por servir é la Reina,

For symbolo de justicia, Co^endo a Roberto «i L«uiidi«t,

Costumbre de loglaterra : Y à los que segiiûle inleoUn.;

Y en estando todos juntos, Para aquesto fue la caria : Montlrandome justieiera, S«to he qiiertdo ^ne sepac, Exhortandolos primero tPor ^He adriortas el pr«digie CoB «aor a la obediencii. De m amor, qae Mi se dexa Les nooÊlnré liiefo «1 Coade, Mtirir, p«r gaardar in vida. Fara que todoa aAiendas, Rate lia aido la advertencta : •Que ea mi hay rigor que los rinda, (Valgame dios! ) «i eonsejo Si hay piedad que los atreva. Es, que désistas la empresa

« Homme! s'écrie la reine bouleversée, que m'apportes-tu là? — Eh bien, dit Cosme, suis-je encore un confident? — Cours, vole sauver ton maître! Dis au chancelier de suspendre ! Holà, gardes! amenez-le-moi sur-le-champ, — le comte; — vite! »

Et en effet, on amène le comte, c'est-à-dire, son cadavre. •Autant était grande la joie qui inondait le cœur de la reine en découvrant l'innocence de son cher comte; autant est violente sa douleur et sa colère, quand elle le voit mort. Elle maudit la précipitation avec laquelle ses ordres ont été exécutés; et maintenant, que Blanca tremble !

Ainsi se termine cette pièce, sur laquelle j'ai peut-être trop longtemps retenu mes lecteurs, — mais aussi peutêtre pas. Nous sommes si peu familiers avec les ouvrages dramatiques des Espagnols! Je n'en connais pas un qu'on nous ait traduit, ou qu'on nous ait seulement communiqué par extraits. Car la Virginie d'Augustino de Montiano y Luyando est écrite, il est vrai, en espagnol; mais ce n*est pas une pièce espagnole : c'est un simple essai dans la manière correcte des Français; c'est régulier et glacial. J'avouerai très-volontiers que je n'en ai plus une opinion aussi avantageuse qu'autrefois ^ Si la seconde pièce du même auteur n'est pas mieux conçue, si les nouveaux poêles espagnols qui veulent suivre la même voie n'y réussissent pas mieux, ils ne trouveront pas mauvais que je m'attache de préférence à leurs vieux auteurs, Lope et Calderon, plutôt qu'à eux.

Les vraies pièces espagnoles sont entièrement faites sur

A que Boberto te incita. Quien por mucho que te quiera,

Mira que sin mi te quedas, Por Gonservarte la TÎda

T no ha de haver eada dia Por traidor la suya pierda.

1 . Theatralische Bibliotkeky 1^ Stûck. {Note de l'auteur.) " Dans ce recueil, qui date de 1751, Lessing donnait une analyse très-consciencieuse de la Virginie espagnole, avec une notice biographique sur l'auteur. On y lisait ces mots : « J'espère que mes lecteurs seront enchantés de faire connaissance avec le plus grand poète tragique que l'Espagne possède aujourd'hui , poëte qu*eUe peut opposer à ceux de ses voisins. • CEuwet de Leteing, édit. de Maltzahn, t. IV, p. 175. (Trad.)

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