INTRODUCTION. XXXIX
frant, dont le malheur nous arrache des larmes, dont nous souhaitons la délivrance. Il tient même une telle place dans la pièce que ce rôle a besoin d*ètre joué par un excellent acteur, et que Shakespeare, dit-on, ne dédaignait pas de le remplir.
Aucune discussion ne pouvait être plus humiliante pour la critique française, plus propre à détruire en Allemagne notre prestige traditionnel, à déplacer au profit de Shakespeare Fadmiration qu'inspirait notre théâtre. Le plus célèbre représentant de Tesprit français, Thomme aiiquel on attribuait la plus profonde connaissance des ressorts de Tart dramatique, y était convaincu de les connaître infiniment moins qu'un écrivain qu'il accusait, et que toute la France accusait avec lui de barbarie et d'ignorance. De quel côté se trouvaient non-seulement la puissance et le génie, mais aussi l'habileté et le bon goût? Et que devenait alors la prétention de la critique française d'avoir seule retrouvé et appliqué les lois véritables de la poétique?
La comparaison de Zaïre et à'Olhello^ quoique moins finement écrite et présentée sous une forme un peu brutalc, ne devait pas moins contribuer à ruiner en Allemagne le crédit de Voltaire. Quand on se rappelle tout ce que Shakespeare a mis de vérité, de passion, de puissance dans la conception du caractère d'Othello, combien Voltaire ne parait pas amoindrir un sujet si tragique en nous racontant lui-même qu'il écrit sa pièce pour répondre au désir de plusieurs dames, qui lui reprochaient de ne pas mettre assez d'amour dans ses tragédies! « Remercions les dames, dit Lessing... aussi bien cette pièce sera longtemps la pièce favorite des dames... Un orgueilleux vainqueur qui n'est vaincu que par l'amour, un 'sultan sans polygamie, un sérail d'un libre accès où règne une femme, voilà de quoi toucher le beau sexe. » Un critique français a beau prétendre que c'est l'amour qui a dicté Zaïre à Voltaire. « Dites plutôt la galanterie, ré)>ond Lessing. Je ûe connais qu'une tragédie à laquelle l'amour ait travaillé,