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c'est Roméo et Juliette. » Et il ajoute avec ironie : « Voltaire parle à merveille le style de chancellerie de Tamour : du foyer enflammé de la poésie de Shakespeare, le poêle français n a pu prendre qu'un seul brandon, et encore un brandon qui étouffe et qui fume plutôt qu'il n'éclaire et ne chauffe. »
Ces paroles sévères retentissaient en Allemagne comme la condamnation de la tragédie française. Quoiqu'elles ne fussent point tout à fait équitables, et qu'elles méconnussent la touchante beauté du caractère de Zaïre, elles renfermaient néanmoins assez de vérité pour faire comprendre à tous l'insuffisance de notre tragédie, pour signaler surtout une disproportion sensible entre sa valeur véritable et celle que lui attribuait notre vanité. Lessing, je l'ai déjà dit, s'inquiétait moins d'être juste que d'être écouté. Il voulait frapper de grands coups, remuer l'opinion; il aimait mieux exagérer sa pensée, pour la rendre plus frappante, que la maintenir dans les limites rigoureuses de l'équité. Il dira, par exemple, qu'entre la tragédie anglaise et la tragédie française, il y a la même différence qu'entre une fresque et une miniature. C'est un mot d'une injustice marquée, mais c'est un mot qui reste, qui se grave dans les esprits, et qui leur rend plus sensible par une comparaison, la grandeur de Shakespeare, rapproché de nos tragiques. Il dira, dans un autre passage, que la tragédie de Shakespeare est plus conforme que celle de Corneille à la poétique d'Aristote. Cela n'est vrai qu'en partie, cela demande d'ailleurs à être expliqué. Oui, Shakespeare a entrevu, par un instinct de génie, les plus puissants effets de la tragédie grecque, des situations dont l'horreur nous inspire la crainte autant que la pitié et desmalheurs qui nous rappellent la destinée d'CEdipe ou celle d'Agamemnon. Oui, il retrouve aussi le double secret que possédaient les Grecs de détendre l'action, de reposer de temps en temps l'esprit des spectateurs par des scènes familières, que nous écartions de la tragédie, et d'élever le drame jusqu'à la poésie la plus haute, en y associant un élément lyrique que nous
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ne connaissions guère. Sur d'autres points, Corneille se rapproche au contraire beaucoup plus que Shakespeare de l'idéal des Grecs en concentrant l'action entre un petit nombre de personnages, en la réduisant à ses éléments essentiels, sans y admettre d'incidents secondaires, en éloignant soigneusement le comique de la tragédie, en s'e£forçant surtout de parler à l'âme plus qu'aux yeux et aux sens. Mais Lessing s'embarrasse peu de ces distinctions délicates. Il saisit des rapports visibles entre Shakespeare etles Grecs, il les affirme énergiquement, sans les affaiblir par aucune nuance, et il se sert de cette découverte pour nous enlever la réputation que nous nous faisions à nous-mêmes d'être, dans le monde moderne, les meilleurs interprètes et les plus fidèles imitateurs delà tragédie athénienne.
C'est à ce résultat que tendait la Dramaturgie. Lessing s'était proposé de détacher les Allemands de l'imitation des modèles français, en leur montrant que nous ne possédions au théâtre ni les traditions classiques dont nous étions si fiers, ni cette supériorité sur le reste de l'Europe que nous attribuaient volontiers nos critiques. Non-seulement il atteignit son but, mais il le dépassa. Lorsqu'il grandissait Shakespeare à nos dépens, il voulait simplement opposer une digue à l'influence française; il ne se proposait nullement de substituer un nouveau fétichisme à un fétéchisme ancien, de faire adorer Shakespeare par ceux qui avaient adoré Racine. 11 rêvait pour 1 Allemagne des destinées plus hautes, un plus noble essor du génie national. Il aspirait à créer un théâtre germanique, qui se développerait librement en dehors de toute influence étrangère, qui trouveraient sa voie propre, et qui prendrait rang à son tour parmi les créations originales de l'esprit humain. Il était si loin de pousser ses compatriotes à imiter Shakespeare, au lieu d'imiter nos tragiques, qu'il leur recommandait de ne lui faire aucun emprunt, de se servir simplement de ses œuvres, comme les paysagistes se servent de la chambre obscure pour déterminer leur point de vue. « On ne pille point Shakespeare, disait-il, on l'étudié. Il est comme
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Homère. Il serait plus facilje d'arracher à Hercule sa massue, que de lui dérober un vers. » Mais les plus fermes esprits ne contiennent pas toujours les mouvements qu'ils impriment. Lessing avait trop maltraité les écrivains français, et trop admiré Shakespeare, il avait trop insisté sur nos défauts et trop fait valoir les affinités du génie germanique avec le génie anglais, pour ne pas provoquer une réaction contre la France en faveur de l'Angleterre. Il s'en suivit un débordement de pièces shakespeariennes, étranges, désordonnées, violentes, où n'étaient reproduits que les défauts du maître, où les auteurs se piquaient de n'obéir à aucune règle, et que Lessing, vieillissant, voyait se multiplier avec tristesse, comme un père qui serait effrayé de la hardiesse de ses enfants. Be ce chaos dramatique, de cette période orageuse et révolutionnaire sortit cependant un grand théâtre, et Schiller reconnai3sait la part qu'avait eue Lessing à la formation du drame national, lorsqu'il écrivait ces paroles, où se résume l'esprit qui a inspiré la Dramaturgie : « Le génie allemand est arrivé à la gloire sur les pas des Grecs et de l'Anglais. »
A. Mézières.
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On devinera sans peine que la naissance de la présente feuille a été provoquée par la réforme du théâtre de cette
ville \
Le but de cette publication est de seconder les bons desseins qu'on doit nécessairement supposer chez les personnes qui veulent bien se charger de l'administration du théâtre de Hambourg. Elles se sont elles-mêmes suffisamment expliquées sur leurs intentions ; et le public éclairé
I Ankiindigung. Tel est le titre de la première feuille du journal.
2. • En 1764, un direeteur priTilégié, Ackermann , organisa dans la ville de Hambourg la meilleure troupe dramatique qu'eût encore vue rAllemagne... Cependant une mauvaise administration le ruina. Douze riches bourgeois de la ville , inspirés par Loewen , poëte attaché à la troupe , s'associèrent pour traiter avec Ackermann de son théâtre et des accessoires, et se chargèrent, en gardant les acteurs, de l'entreprise du théâtre. Leur dessein , très-élevé, était de fonder une scène qui pût servir de modèle à toute l'Allemagne. Ils adoptèrent d'abord ce principe, de ne plus abandonner aux comédiens le soin de travailler à leurs risques et périls. Car l'art s'abaissait poui* subvenir aux besoins pécuniaires. Un capital de réserve fut fondé, et l'administration financière fut séparée de la direction dramatique. Celle- ci fut elle-même partagée. Un directeur était chargé de présider au choix des acteurs, de surveiller leur moralité et de guider leurs études. On prétendait fonder une véritable académie théâtrale pour former des artistes de premier ordre, et qui pussent braver les censures religieuses. La direction fut confiée à Loewen. Un dramaturge devait pourvoir à la formation du répertoire et au choix des ouvrages représentés. Nul homme en Allemagne n'était plus propre que Lessing à remplir ces fonctions : elles lui furent offertes, * L. Crouslé, ùssing et le Goût français en Allemagne, p. 155,
de la fille et du debors a' accueilli feuHrs projets avec la sympathie qui est due à ceux qui se dévouent spontanément au bien général, sympathie qui ne saurait leur faire défaut de nos jours.
Il y a partout des gan» qui jugeât des autres d'après eux-mêmes et ne voient dans un bon dessein que des arrière-pensées. On pourrait ne pas les contredire pour ce qui les regapde; mais si les arrière-pensées qu'ils supposent les ameutent contre l'entreprise elle-même ; si leur méchanceté envieuse s'applique à faire échouer l'une, pour déjouer les autres, il faut bien qu'ils sachent qu'il n'y a pas, dans la société, de membres plus méprisables qu'eux.
Heureuse la cité où de pareilles gens ne donnent pas le ton ; où les citoyens bien intentionnés, qui forment la majorité, les tiennent en respect et ne laissent pas l'intérêt général en proie h ïeurs eabaïes, des desseins patriotiques e» batte à leur malice et à leur sottise f
Ainsi puisse la ville de Hambourg réussir en tout ce q»i intéresse son bonheur et sa liberté : car elle mérite le succès t
Schtegel * a écrh un projet d'organisation du théâtre àmiKm, — dtt théâtre danois!... un poète allemand f — On piourra tongtefnps reprocher à l'Allemagne de ne lui avoir pas donné l'occasion d'en faire pour l'organisation de notre théâtre ! — Quoi qu'il ea soU, le fvemier et le pltt» impoHaftt article ée son |NPOj«t esl le suivant : « On ne doit pas abandonner aux comédiens le soin de travailler h leurs risques et périls^. » Le »yslèfae du principaht entre comédiens* a ravalé un art libéral aurangd'uiu
i. ioh. t]m ScU»9e^, d« M«i«MB(l7tg-174»), disciple de eottsehed, fAHSM dei^ succès dramatiqjaes dà» le MiUldge, •* noumiA dans s» trente et imièHie année. Il Tut chargé d'orgaaiaw le tbriâtM de Gepeabafiie, el y cHsputa la patane au poëte dftnois Qolberg. CeptadMt se» w^^fes dvanatiquM ae peuvent compter qne pt^ar de» essais de j^iumsm. ^N^tt énk tmémêèm».)
%, Œwruy t. nir p. %^%. (.Afi9«0 de roMtow*.)
3. l»e |tnf»c«fM(2al est l'aoaieni» forme de 1» muakHvléom. des ti*<nip«s âtmoL" limites en AUemagoe.. U» aeUuK prùmiifâd étaib VfpÉreprfeug «I le^ diractenr de la troupje* Voyez Bevxieati, Getciiaht^ ée9 êtiuêmktn SchaimfMkmnst, (Nbte éta traducteur,)