DES VIEILLES PIECES ALLEMANDES
gothique. On serait tenté de croire que les inventeurs de ce genre dramatique ont été plus profonds qu'on ne le suppose généralement, et que, s'ils n'ont pas eu le dessein secret de faire la satire de la vie humaine, ils se sont du moins proposé d'imiter fidèlement la nature, autant que les Grecs s'étaient appliqués à Tembellir. On pourrait faire remarquer que dans ces pièces, comme dans la vie, les rôles les plus importants sont souvent tenus par les plus mauvais acteurs. Mais c'est là une ressemblance fortuite : je ne m'y arrêterai pas pour le moment. Peut-on voir du moins une analogie plus frappante que celle que présentent les deux espèces de grandes pièces politiques* pour le plan, pour la distribution et l'arrangement des scènes, pour le nœud et le développement de l'action? Combien il est rare, dans l'un et dans l'autre genre, que l'auteur se demande pourquoi il a fait ceci ou cela de telle façon plutôt qu'autrement! Combien de fois il nous surprend en amenant des aventures auxquelles nous ne pouvions nullement «nous attendre ! Combien de fois nous voyons des personnages entrer et sortir sans qu'on puisse comprendre pourquoi ils sont venus et pourquoi ils disparaissent ! Combien de choses laissées au hasard des deux côtés ! Combien de fois ne voyons-nous pas les événements les plus importants amenés par les causes les plus misérables ! Combien de fois les choses graves et considérables ne sont-elles pas traitées à la légère, et les choses insignifiantes avec une gravité risible ! Et quand enfin, d'un côté comme de l'autre, les affaires sont si lamentablement embrouillées et entortillées, qu'on commence à désespérer du dénoûment, avec quel bonheur ne voyons-nous pas un dieu sortir d'un nuage de papier au milieu des éclairs et des tonnerres^ ou un bon coup d'épce venir à propos pour trancher le nœud, sinon pour le dénouer! Et tout cela, de part et d'autre, aboutit au même résultat, à savoir que, de façon ou d'autre, la pièce finit et que les spectateurs peuvent applaudir ou siffler autant qu'il leur plaît, ou autant qu'ils l'osent.
wurst. En réalité, c'était lui seul qui soutenait la pièce, autant par ses tours d'agilité que par ses répliques. Un bon Hartekin devait être à la fois passé maître en fait de voltige et d'improTisation comique. » Leasing , etc., par L. Crouslé, p. 228. (Trad.)
1 . Les pièces politiques du théâtre et celles que les pouvoirs ofBciels jouent sur la scène du monde. ^Trad,)
« Au reste, on sait quel importast personnage le noble Hanswwrst^ joue dans les tragi-comédies tLontaous parlons» — (Il paraît vouloir se mainlenir -sur le théâtre de la capitale de Tempire germanitfue, pour servir d'éternel Boonument du goàit <ie nos ancêtres.) ~ Plût à Dieu qu'il ne jouât son rôle que suk le théâtre ! Mais combien de grandes scènes n'aht-oa pas vu jouer sur le théâtre du inonde avec Hanswurst, — ou, ce qui est encore un peu plus fâcheux, par Hanswurst!: Conabieni de fois les plus gran^ homfB.es, nés pour être les bodus génies d'un trône, les bieBfaâteurs d'un peuple et d'un siècle, D'ont41s. pas vu tOHte leur sagesse et leur bravoure tenue en échec par un petit tour plaisant de Hanswurst, ou d'autres gens semblables, qui, p«ur n'avoir pas sa jaquette et ses bottes jaunes, n'en avaient pas moins de tout point son caractère l Combien de fois, dans les d«ttx genres ée tragi-comédies^ l'intrigue oaii uniquement de ce que Bans^urst, par une bêtise ou uibe coqjufraerie de son cru, a gâté le jeu des gens capables, avant qpi'iia aient eu le temps de se reconnaître î »
Si, dans cette camparaison entre les deux genres de farce béFaïque, la grande et la petite, l'originale et celle d'imitatioR.... (Je dois dire quie j'ai été faieureux de tranficrire ce fragment d'un ouvrage qui compte parmi les itieilleurs de notre siècle, mais qui paraît encore avoir été écrit trop tôt paor le pub-Fic allemand. En FV'ance ou en Angleterre, îl aurait fait he plus grand bruit; le nom de Taulear serait dans toutes les bouches. Mais chez nousf.. Nous avons l'ouvrage et tout est dit. Nos grands commencent par se faire les. gencives sur l'ouvrage de***. (Évidemment un romau français est plus flatteur au goût et de plus facile digestion). Quand leurs dents seront plus fortes et leur estomac plus robuste, quand itsauront eu le temps d'apprendre l'allemand, alors ils ûniron/t par passer k — Agatàcm K Tel est le titre de l'ouvrage dont je parle ; j'ai mieux aimé en parler sans attendre loccasion la plus propice, et dire